« Eh bien, parce que vous êtes les frères du Fils de l’Homme, je vous pardonne votre inconstance. Aujourd’hui, comme tous les jours, je veux souffrir pour votre rédemption : à l’appel du prêtre, je descendrai sur l’autel. Voici mon corps ; Voici mon sang. Il dépend de vous que mon sacrifice ne soit pas offert en vain. Efforcez-vous d’y correspondre, tâchez, une minute, de vous oublier, de ne penser qu’à moi seul. — Alors vous ne lirez plus cette tristesse dans mon regard. »


Lapillus ajouta : « Je ne saurais te rendre combien je me sentis de peine à considérer le peu que je faisais pour Notre Seigneur. Je me rappelai les mille circonstances où j’étais venu à Lui les mains vides tandis qu’il me prodiguait les richesses innombrables de son amour. Je compris mon néant.

« Alors pour réduire définitivement ma nature arrogante, parmi les merveilles de la Grâce, je lui demandai la souffrance quotidienne avec Lui.

« Oh ! je sais, cette imploration, c’était comme si un jonc du ruisseau demandait à Dieu d’être changé en un cèdre de la montagne sainte. J’osai pourtant la réitérer, une deuxième fois, puis une troisième fois, au nom de la Trinité, car je ne pouvais plus supporter la tristesse de Jésus lorsqu’il fixe les yeux sur mon âme…

« Je crois que j’ai été exaucé… Maintenant, il y a un sourire dans ce divin regard. Je souffre tous les jours avec Jésus, je souffre particulièrement lorsque le pain et le vin de l’autel se changent en son Corps et en son Sang — et j’aime ma souffrance pour l’amour de Lui. »

IX
Abel, le patriarche et l’ange

Dans la prière qui suit immédiatement la Consécration, l’Église se qualifie « le peuple saint se souvenant de la Passion et offrant à Dieu le Pain sacré de la vie éternelle et le Calice du salut perpétuel. »

Peuple saint, parce qu’il a été régénéré par le sacrement de baptême ; peuple saint, parce qu’il est la propriété de Dieu qui se l’est acquis au prix du sacrifice de Jésus ; peuple saint, parce que la grâce se répand sur les fidèles pour que s’y conformant, ils marchent dans sa Lumière, loin des ténèbres du monde. Ainsi, comme le dit saint Paul, ils « renoncent aux désirs du siècle et vivent dans l’attente de l’avènement du Sauveur qui s’est livré lui-même pour nous afin de se faire un peuple pur et zélé pour son service ».

Lorsque je médite cette prière, je sens une fois de plus, d’une façon intense, mon privilège de Racheté par Jésus et je comprends les responsabilités qui en découlent. Me dire l’enfant du peuple saint et me conduire comme ceux qui ne veulent pas être sanctifiés, ce serait comme si j’habillais de soie blanche le corps purulent d’un lépreux.