Ensuite, l’Église fait mémoire du sacrifice d’Abel, du sacrifice d’Abraham et « des offrandes du prêtre suprême Melchisédec », elle établit un rapport entre ces préfigures de la Messe et l’oblation de l’Hostie consacrée. Elle relie l’Ancien Testament à l’Évangile et elle confirme par là notre titre d’héritiers de la Nation élue.

Mentionnant Abel, nous nous souvenons que son sacrifice d’une brebis fut agréable au Seigneur parce qu’il l’offrit d’un cœur droit. Notre Seigneur, dans l’Évangile selon saint Mathieu, le nomme « le juste Abel ». En outre, il a été tué par Caïn comme Jésus le sera par les Juifs. « En Abel, dit saint Ambroise, la Rédemption de l’humanité a été annoncée, comme sa déchéance avait été soulignée par Caïn. En celui-là, il y a le sacrifice du Christ, en celui-ci, la rage fratricide du démon. »

Abraham, il est notre Patriarche, père de tous les croyants, qu’ils appartiennent à l’Ancienne Loi ou qu’ils relèvent de la Bonne Nouvelle. « Il est appelé le Patriarche, c’est-à-dire le premier entre les Pères, explique saint Thomas d’Aquin, non parce qu’il n’a pas eu de père mais parce que la promesse lui a été faite qu’il serait le père des nations. »

Ancêtre de Jésus selon la chair, il eut la gloire d’offrir son fils comme le symbole de l’Hostie que nous offrons. L’holocauste, par soumission héroïque, d’Isaac est donc un emblème de l’Eucharistie. C’est pourquoi il est si souvent reproduit dans les peintures des Catacombes. Et c’est pourquoi saint Paul a dit : « C’est par la foi qu’Abraham offrit Isaac, lorsqu’il fut éprouvé de Dieu, lui qui avait reçu la promesse : C’est en Isaac que sera ta postérité. Il crut que Dieu est puissant jusqu’à ressusciter les morts. Aussi ce fils lui fut-il rendu pour que fussent préfigurées la mort et la résurrection du Sauveur. »

Non seulement l’Église sanctionne à la Messe cette signification mystique du sacrifice d’Abraham, mais encore elle le place à côté de la manne et de l’agneau pascal lorsqu’elle récite la belle prose Lauda Sion :

In figuris præsignatur,

Cum Isaac immolatur :

Agnus Paschæ deputatur :

Datur manna patribus.

Melchisédec est une des figures les plus mystérieuses de la Bible. Il apparaît, au lointain des âges, dans une pénombre solennelle où résonne, en un chant prophétique, l’annonce du Messie. Son nom signifie Roi de Justice et il règne sur Salem, c’est-à-dire sur la Paix. Dans la Genèse, il offre le pain et le vin pour célébrer la victoire d’Abraham sur les infidèles. Étant « roi-prêtre du Dieu très haut », il bénit le patriarche et il en reçoit la dîme.