David, au psaume 109, ayant vision du Sauveur dans la Lumière incréée, le salue par ce cri : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédec ! » Cela veut dire que Jésus inaugure le sacerdoce éternel non d’après la Loi périmée mais par une institution directe semblable à celle que reçut Melchisédec. De même, pour établir la filiation divine de Jésus par l’exemple de Melchisédec, saint Paul rappelle, dans l’Épître aux Hébreux, que ce dernier « est sans père ni mère, sans généalogie, sans commencement de jours ni fin de vie et qu’il préfigure ainsi le Fils de Dieu. »

Melchisédec fut donc plus qu’un homme. La tradition de l’Église le considère comme un ange envoyé par Dieu pour confirmer la vocation d’Abraham et préparer, en quelque sorte, par l’oblation du pain et du vin, le sacrifice de la Messe.

Dans l’une de ses incomparables visions, Catherine Emmerich rapporte que le calice dont Jésus se servit, pour la Cène, provenait de Melchisédec. Je ne puis mieux faire que de la citer :

« Le grand calice de Jésus était déjà chez Abraham. Melchisédec l’apporta du pays de Sémiramis, dans la terre de Chanaan, lorsqu’il commença quelques établissements au lieu où fut plus tard Jérusalem. Il s’en servit lors du sacrifice où il offrit le pain et le vin en présence d’Abraham et il le laissa à ce patriarche. »

En une autre vision, ce qui suit lui fut représenté :

« Le sacrifice de Melchisédec eut lieu dans la vallée de Josaphat, sur une hauteur. Abraham devait savoir d’avance qu’il viendrait sacrifier car il avait élevé un autel et, au-dessus, un berceau de feuillage. Il y avait aussi une espèce de tabernacle où Melchisédec plaça le calice…

« Lorsque le patriarche avait reçu le mystère de la Promesse, il lui avait été révélé que le prêtre du Très-Haut célébrerait devant lui le sacrifice qui devait être institué par le Messie et durer éternellement. C’est pourquoi lorsque Melchisédec fit annoncer son arrivée par deux coureurs dont il se servait souvent, Abraham l’attendit avec une crainte respectueuse…

« Il alla à la rencontre de Melchisédec. Je vis celui-ci entrer dans le berceau de feuillage ; il offrit le pain et le vin, en les élevant dans ses mains ; il les bénit et les distribua. Il y avait dans cette cérémonie quelque chose de la sainte Messe. Abraham reçut un pain plus blanc que les autres et but au calice qui servit, par la suite, à la Cène de Jésus et qui n’avait pas encore de pied. Les plus distingués d’entre les assistants distribuèrent après du pain et du vin au peuple qui entourait l’autel…

« Il n’y eut pas de consécration : les anges ne peuvent pas consacrer. Mais les oblations furent bénies et je les vis rayonner. Tous ceux qui les reçurent furent fortifiés dans leur âme et dans leur corps et élevés vers Dieu. Pour la bénédiction d’Abraham par Melchisédec, je vis que c’était une préfigure de l’ordination des prêtres…

« Melchisédec ne paraissait pas vieux. Il était svelte, haut de taille ; ses gestes avaient une douce majesté. Il portait un long vêtement plus blanc qu’aucun vêtement que j’aie jamais vu ; la tunique blanche d’Abraham semblait grise à côté. Lors du sacrifice il mit une ceinture où étaient brodés quelques caractères et une coiffure blanche assez semblable à une mitre. Sa longue chevelure était d’un blond clair et luisant ; on aurait dit de la soie. Il avait une barbe blanche, courte et pointue. Son visage resplendissait.