« Jésus, dit-elle, écartant ses vêtements, me montra son Cœur ; il me parut être un trône tout de feu, transparent comme le cristal. La plaie qu’il avait reçue y paraissait visiblement et, autour de ce Cœur sacré il y avait une couronne d’épines et une croix le surmontait. »

Une plaie, une croix, une couronne d’épines. Croyez-vous que quand il nous montre sa blessure et les instruments de son supplice, Notre-Seigneur a l’intention de nous provoquer à des pamoisons de modiste effervescente réclamant le chéri de ses rêves ?

Ce ne sont point par des roucoulades efféminées, où il entre beaucoup de sensualité trouble et fort peu d’amour divin, que nous devons répondre au don inestimable qu’il nous fait de son Cœur. Souffrir pour lui, souffrir avec lui, souffrir en lui, voilà ce qu’il nous propose.

Quelle doctrine rébarbative ! s’écrient les caillettes énervées qui considèrent la religion comme une ouate mollasse où prélasser leur sentimentalisme.

Il faut leur répondre : — C’est votre lâcheté que vous adorez lorsque vous vous imaginez que vous adorez le Sacré-Cœur. Au surplus c’est à de telles âmes que Jésus adresse les paroles terribles transmises par la Visitandine inspirée ; et combien de catholiques inertes doivent également s’y voir désignés :

« Mon peuple choisi attaque et blesse mon Cœur qui n’a pas cessé de l’aimer. Mais mon amour cédera enfin à ma colère pour châtier ces orgueilleux attachés à la terre qui me méprisent et ne s’affectionnent qu’à ce qui m’est contraire. Ils me délaissent pour les créatures et ils fuient l’humilité pour s’estimer eux-mêmes. Leur cœur étant vide de charité, il ne leur reste plus que le nom de chrétiens. Mais je les séparerai de mes bien-aimés… »

Et pourtant la pitié que nous inspirons à Jésus est plus forte que notre ingratitude. Pour compenser nos désertions, il a suscité les monastères où des âmes généreuses expient, à son exemple, les péchés du « peuple choisi ».

Les reclus de ces tabernacles appliquent avec héroïsme la loi de substitution qui régit l’univers. Elle promulgue que si nous refusons de payer la dette que nous avons contractée envers Dieu, d’autres la paieront pour nous. Ces moines et ces moniales, qui se donnent à la contemplation dans une rigoureuse pénitence, nous disent : — Il vous répugne de porter la croix avec Jésus dans la voie douloureuse ? Eh bien, nous la porterons à votre place afin que Dieu vous octroie la grâce du repentir…

C’est parmi ces victimes volontaires qu’on apprend à vivre cœur à cœur avec Jésus. Il plut au Bon Maître de me le faire sentir : en cette Trappe où je me réfugie le plus souvent que je peux, je me vivifie de solitude sanctifiée et d’oraison silencieuse. Là, plus je me tais, plus j’entends la Parole divine. Là, plus je suis seul, moins je suis seul. Là mon âme se rend pleinement compte de sa misère. Là, elle donne flamme pour flamme à Celui qui a dit : Je suis venu apporter le Feu dans le monde et que veux-je sinon qu’il s’allume. Là, soutenu par la prière perpétuelle des âmes élues qui m’entourent, j’acquiers un peu le droit d’implorer pour les pécheurs, mes frères, et de lancer vers la Miséricorde éternelle le cri où l’Église a rassemblé toute sa foi, toute son espérance, toute sa charité : Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous !…

Imprimerie Bussières. — Saint-Amand (Cher).