— Parce que j’aime mon Jésus, j’irai partager son holocauste quotidien ; j’irai puiser à ce réservoir d’énergie : son sang adorable, les vertus dont j’ai besoin pour purifier ma nature, toujours encline à mal faire, pour tenir à distance les meutes galeuses du démon.
Et l’on va ; et, chemin faisant, il semble, même par les matins brumeux ou neigeux de décembre, il semble qu’une lumière d’or rose caresse vos prunelles et que les ailes des anges, qui vous survolent, laissent tomber des plumes. Ah ! comme ils voltigent autour de vous, les flocons de neige pareils aux pétales délicats des fleurs de pommiers, en avril !
Entré dans le sanctuaire, fît-il dehors très sombre et très froid, n’y eût-il au dedans qu’une humble veilleuse à luire devant la Présence Réelle, il vous apparaît qu’une brûlante atmosphère d’amour s’irradie du tabernacle pour réchauffer votre âme et votre corps et que le Crucifix qui surmonte l’autel brille comme un astre dont l’éclat de nul soleil n’approche…
Quant à la communion, elle m’était devenue aussi très vite un besoin. Je m’aperçus qu’elle aiguisait mes facultés naturelles et me rendait l’esprit davantage lucide pour mon travail. Mais aussi elle agissait merveilleusement sur le physique. — Que de fois, depuis ce temps-là, il m’est arrivé de me traîner à la messe, le corps tout souffrant et le cerveau semblable à un morceau de bois ! Eh bien, presque toujours, je revenais de la Sainte Table doué d’une vigueur renouvelée et avec quarante idées dans la tête. Ou si Notre-Seigneur jugeait bon de me laisser dans le malaise corporel et dans la vacuité de l’intellect, il m’accordait une grâce de patience. Si bien que, offrant, offert avec Lui, je portais ma croix à sa suite sans regimber.
Mon ami, comme tu n’es pas le mulet rétif que j’étais, lorsque je me mis sous l’obédience du Père Burosse, tu n’imiteras pas les tièdes qui tentent de se faire une religion d’après une cote mal taillée entre leurs devoirs envers Dieu et ce qu’ils appellent « leurs devoirs envers le monde ».
Ceux-là, sous prétexte d’obligations professionnelles, ne communient que le plus rarement possible. Je les compare à d’étranges convives aux noces de Cana. Ils ne tiennent pas du tout à ce que l’eau de leur indifférence soit changée en vin d’amour de Dieu. Et si, cependant, Notre-Seigneur opère le miracle, par leurs communions peu fréquentes, ils témoignent d’une préférence pour le « moins bon vin » du début. Le grand cru surnaturel que le Maître leur offre de boire à tous les repas, ils le dédaignent. En punition, leur âme s’ankylose et ils deviennent incapables de gravir allégrement la Voie douloureuse — seul chemin qui mène en Paradis, à travers les roses rouges et les épines.
Note.
Pour la confession, le Père Burosse n’agissait pas avec moins de sollicitude et de nécessaire rigueur. Les pénitences dont il me faisait la faveur étaient — rudes. Comme dit sainte Marguerite-Marie, « il m’en donnait de fortes et auxquelles je ne m’attendais pas ». Si je mentionne le fait, c’est afin de démontrer combien il est utile à un converti récent d’avoir auprès de soi quelqu’un qui lui concasse l’amour-propre et qui possède le discernement des esprits. Sans cela, point de progrès dans la vie purgative.
D’ailleurs, en dehors de cette excellente discipline, le Père me laissait la plus grande latitude pour suivre mes attraits dans l’oraison. Même, il encourageait le penchant à la contemplation affective que Dieu m’avait donné et mon goût très vif pour la méditation des œuvres de sainte Térèse et de saint Jean de la Croix.