— « Oui ou non, avez-vous promis de venir à la messe tous les jours ? Oui, n’est-ce pas ? Donc il n’y a pas de Grotte qui tienne — d’autant que rien ne vous empêche d’y aller plus tard. Que cela ne se renouvelle pas, sinon vous voudrez bien vous adresser à un autre confesseur. »

Je me récriais, n’ayant pas du tout envie de le quitter. Alors, il m’infligeait une pénitence avec l’ordre de la faire aussitôt. Et le diable déçu battait en retraite.

D’autres fois, à l’heure du lever, surtout l’hiver, quand il ne faisait pas jour et qu’il avait gelé, les yeux encore mi-clos, je trouvais plus agréable de rester sous la couverture bien chaude que de gravir, en grelottant sous la bise, la pente ardue qui menait à la chapelle. Je rusais avec moi-même, j’inventais des excuses à ma mollesse — tant notre nature est ingénieuse et féconde en subterfuges quand il s’agit de nous éviter un effort. Je me disais par exemple : — Hier j’ai beaucoup travaillé, un peu de repos en surcroît me fera du bien. D’ailleurs, il me semble, en m’examinant bien, que j’éprouve une velléité de névralgie. M’exposer au froid serait imprudent…

Ce raisonnement me paraissait si solide que je m’enfonçais dans les draps et que je manquais la messe. Mais quand était venu le moment de comparaître devant le Père, celui-ci me proposait immédiatement de m’enclore dans un coffret garni de ouate. Puis il me faisait convenir de ma fainéantise — et vlan, une pénitence ! Il ajoutait aussi que si, d’aventure, quelque malaise me tenait au réveil, je devais le surmonter ; je m’apercevrais bientôt que la prière en union avec le Saint-Sacrifice et l’Eucharistie étaient d’excellents remèdes contre les défaillances passagères ou même assez graves du physique. Indication dont j’ai reconnu, par la suite, le bien-fondé. J’y reviendrai.

Le Père concluait : — « C’est seulement dans le cas de maladie réelle et si vous ne pouvez absolument pas sortir du lit que je vous dispenserai de la messe. »

Or, cela n’arriva point car, cette année-là, grâce à la Sainte Vierge, je jouissais d’une bonne santé.

Voici maintenant le bénéfice que mon âme retira de la messe et de la communion de chaque jour. Suivant, par obéissance, le texte liturgique, je ne tardai pas à le savoir par cœur, ou à peu près. Alors, je pus en goûter toute la splendeur et en dégager le symbolisme admirable. Puis, de la contrainte qui m’avait été imposée, naquirent une aisance et une liberté dans l’oraison telles que j’en vins parfois à voir les péripéties de ce drame incomparable : la Sainte Messe comme une suite d’images lumineuses, riches de sens et d’une beauté dont rien n’approche sur la terre. J’en acquis de la ferveur, du zèle pour combattre mes vices et surtout le moyen d’aimer Dieu en connaissance de cause[2].

[2] Si Dieu me prête vie, j’écrirai quelque jour un commentaire mystique de la messe.

Le Père me dit, quand je lui exprimai ma reconnaissance de m’avoir amené à cette contemplation, malgré mes dérobades, qu’il avait visé ce résultat et qu’à l’avenir, je devais prendre garde de ne pas galvauder, par infidélité ou relâchement, la grâce ainsi reçue…

L’habitude, une fois prise, on se dit, avec joie, au réveil, quand l’aube innocente teinte de ses clartés baptismales l’orient du ciel :