J’avançai encore en formulant, bouche close, des actes d’amour. Plus je les multipliais, plus la lumière croissait en éclat. Quand je fus à l’entrée de la grotte, je vis — de quel regard, je ne sais — l’Enfant-Jésus dans sa crèche. J’eus, en même temps, la notion que la sainte Vierge et saint Joseph se tenaient en oraison auprès de Lui. Mais je ne fis que les pressentir sans les distinguer…
L’Enfant me sourit. Et comme je tombais à genoux en m’écriant : — Mon Seigneur et mon Dieu ! il leva la main et traça sur moi le signe de la croix. Il me parut ensuite qu’il me disait ces mots : « Lapillus n’a pas craint les amertumes de la myrrhe ; il m’apporte l’encens ; je lui donnerai l’or[5]. »
[5] Lecteur, si tu es fâcheusement muni d’écus, ne vas pas te méprendre : le symbolisme mystique entend par la myrrhe, la souffrance, par l’encens, l’oraison, par l’or, l’amour de Dieu.
Je ne saurais décrire le flot d’amour qui me submergea l’âme : je vivais en Jésus, Jésus vivait moi… Ah ! les mots font défaut pour exprimer cette union totale avec le Bien-Aimé !…
Je dus rester longtemps fondu en mon Dieu, car lorsque je repris conscience des choses extérieures, la lune déclinait vers l’horizon occidental…
Ami, ne crois-tu pas que la confession fréquente qui procure de telles joies est une pratique qui vaut d’être observée ?
Note.
Il y a des gens qui non seulement ne se confessent pas souvent, mais qui, lorsqu’ils se résignent à prendre cette mesure d’hygiène, le font dans des sentiments assez… bizarres.
Un jeudi de semaine sainte, je sortais d’une église. Deux dames, issues d’un confessionnal et appartenant, je pense, à la bourgeoisie aisée, marchaient devant moi. Le portail franchi, elles se mirent à dialoguer d’une voix si perçante qu’il me fut impossible de ne pas entendre leurs propos.
L’une disait : — Tout de même, l’abbé X… est bien méticuleux. On dirait qu’il prend plaisir à vous troubler. Croiriez-vous qu’il m’a parlé de l’enfer !…