Au surplus, l’auteur ne se borne pas à signaler la plaie purulente. Il apporte, à l’appui de ses dires les témoignages de plusieurs saints touchant les conséquences de ce sacrilège. En voici deux.

D’abord saint Benoît Labre. « Le saint mendiant était venu à Fabriano. Il fut prié de visiter une pieuse famille dont il partagea le modeste repas. A table, comme on vint à parler de la confession, Benoît raconta qu’une nuit, il avait vu, en un songe mystique, trois processions de pénitents. La première, se composant de personnages habillés de blanc, était peu nombreuse ; ceux qui formaient la seconde portaient des habits rouges et leurs files étaient assez longues ; la troisième semblait innombrable et la multitude qui s’y pressait portait des habits lugubres et noirs.

« Je demandai, ajouta le Saint, la signification de cette diversité de couleurs et de nombre. Il me fut répondu que la procession en habits blancs se composait de ceux qui, ayant la conscience purifiée de tout péché, montaient au ciel aussitôt après leur mort. La deuxième était formée des âmes qui se rendaient en purgatoire pour achever de satisfaire à la justice divine. La troisième comprenait les malheureux pécheurs qui courent vers l’abîme… Oh ! toutes ces âmes que j’ai vues précipitées aux gouffres éternels par le mépris de la confession ou par des confessions incomplètes et sacrilèges ! Elles tombent dans l’enfer aussi pressées que les flocons de neige pendant l’hiver !… »

Maintenant sainte Térèse. « Dans l’ouvrage du P. Segneri, dont le titre est : l’Instruction du Pénitent, — écrit le P. Zelle, — on trouve ces remarquables paroles :

« Il est certain que sainte Térèse avait coutume de dire que l’enfer se remplissait continuellement par les confessions sacrilèges. Écrivant un jour à un prédicateur, elle lui donnait cet avis : — Mon Père, prêchez contre les confessions mal faites, parce que le démon n’a pas de piège avec lequel il prenne tant d’âmes que celui-là…

« Ici je ne veux pas dissimuler que cette affirmation de la Sainte, toujours si raisonnable et mesurée, me causa d’abord quelque étonnement. Mais ensuite, la longue expérience que j’ai acquise dans les missions, où l’on traite avec toutes sortes de personnes, m’a fait connaître avec évidence que la Sainte n’avait rien exagéré. Beaucoup de pécheurs se rassurent parce qu’ils se sont confessés souvent et ils ne considèrent pas que, peut-être, ils ne se sont jamais bien confessés. Sous ce prétexte trompeur ils marchent à leur perte… »

Grâce à Dieu les bons prêtres zélés pour obtenir de leurs pénitents des aveux intégraux ne manquent pas. Mais c’est parfois le troupeau des soi-disant fidèles qui regimbe.

Un ami me racontait : «  — Je suivais un Carême prêché par un Capucin dans l’une des plus grandes paroisses de Paris. Ce religieux, peu enclin aux homélies sirupeuses, consacra ses trois premiers sermons à l’enfer. Et je vous prie de croire qu’il nous fit comprendre que nous avions beaucoup à nous réformer pour y échapper. Après le troisième sermon, j’allai à la sacristie saluer le curé, prêtre excellent qui voulait bien m’honorer de son amitié. Je ne pus m’empêcher de lui dire que le prédicateur m’avait fait grand bien en m’avertissant du risque effroyable que je courrais par des confessions incomplètes.

« Le curé m’écouta en souriant d’un air mélancolique.

«  — Eh bien, me répondit-il, tout le monde ne partage pas votre sentiment. Je viens de recevoir une délégation de dames qui, se disant les fondées de pouvoir d’un certain nombre d’auditrices, me firent entendre que le bon Père les offensait en leur parlant de l’enfer avec tant d’insistance.