« Elles ont ajouté que s’il continuait, elles déserteraient l’église… »

Il ne fit pas de commentaires. Mais il leva les bras au ciel en murmurant : «  — Quelle pitié ! »

Ces dames, si sûres de leur sainteté, devaient appartenir à l’école du Pharisien dont il est parlé dans l’Évangile selon saint Luc, au chapitre XVIII : « Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi : — Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont voleurs, injustes et adultères. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède… »

Cet homme était fort content de lui-même. Mais voici que Notre-Seigneur déclare : « Je vous dis qu’il ne s’en alla pas chez lui justifié… »

LETTRE V
UNE AME DU PURGATOIRE

A la fin de 1914, au front, un sergent de la ligne me fit une confidence émouvante. Il appartenait à une division de l’armée Franchet d’Esperey. Atteint de bronchite légère, nous l’avions gardé une semaine à l’ambulance, le médecin-chef n’ayant pas jugé que son cas fût assez grave pour motiver son évacuation sur l’arrière.

A cette époque, les circonstances le permettant, je pouvais assister presque tous les matins à la messe d’un de nos prêtres-ambulanciers, engagé volontaire malgré sa santé fragile. Dès qu’il fut mieux, le sergent y vint aussi. Il montrait beaucoup de recueillement, mais je remarquai qu’il ne communiait pas.

C’était un jeune homme de haute taille, blond, aux yeux d’un bleu très pâle où flottait constamment un rêve triste. Par la suite, j’appris qu’avant la guerre, il était employé de commerce.

Tant que nous eûmes à le soigner, j’échangeais parfois une ou deux phrases insignifiantes avec lui. Mais, d’ordinaire, il parlait fort peu, se tenait à l’écart et semblait s’absorber dans un cycle de pensées solitaires qu’à l’expression de sa physionomie on pouvait conjecturer moroses.

Cependant, le jour où, tout à fait remis, il fut désigné pour rejoindre, le lendemain, son régiment dans la tranchée, il m’aborda, après la soupe de dix heures, et me demanda de lui fixer un rendez-vous.