Sur les pentes de la montagne, étagées en gradins, se pressait un peuple innombrable de grandes roses dont les massifs, couleur de sang caillé, tout en bas, s’éclairaient, d’une façon progressive, à chaque étage ascendant, selon les teintes de la lumière miséricordieuse. Et, ainsi, elles devenaient d’un blanc radieux au sommet. Mais quelle que fût leur variété, les pétales de toutes s’épanouissaient autour d’un cœur de feu vermeil.
C’étaient toutes ces fleurs qui chantaient et j’entendis leurs paroles.
Je reconnus les implorations de la séquence au Paraclet :
« Viens, ô Esprit-Saint, du ciel envoie-nous un rayon de ta splendeur.
Viens, Père des pauvres, viens donateur des biens uniques, viens, illumination des cœurs !
Consolateur débordant de bonté, hôte suave de mon âme, rafraîchissement velouté !
Pour mon labeur, tu es le repos, pour l’ardeur dont je brûle, une modération, un soutien dans les larmes de l’exil.
O lumière bienheureuse, remplis jusqu’au plus intime mon cœur qui t’est fidèle.
Sans ta divinité, il n’y aurait rien en moi, rien qui ne soit impur.
Lave donc les souillures de mon âme, arrose ma sécheresse, guéris ma blessure,
Plie ma raideur, échauffe ma froideur, redresse mes déviations.
J’ai confiance, je suis ton féal : donne-moi le Septenaire sacré ;
Donne-moi la vertu méritoire, ouvre-moi l’asile du salut, accorde-moi le bonheur éternel,
Amen. — Alléluia !… »
Alors je sus que ces roses étaient les âmes du Purgatoire et que leurs nuances signifiaient le degré de purification où elles étaient parvenues, leur place sur les gradins, le temps d’épreuve qu’elles avaient encore à subir avant leur admission dans la Béatitude.
Un arome de myrrhe amère et d’encens très suave s’effusait des corolles ; ce parfum mélangé voulait dire : amour par la souffrance. Et une brise brûlante, qui soufflait avec une impétuosité régulière, l’emportait vers le Ciel.
Tout pénétré, moi aussi, de cette flamme mobile, qui me causait joie et douleur, je ne me rassasiais pas d’y baigner mon âme. Je découvris ensuite qu’un sentier, pareil à un ruban d’or limpide, commençait à la cime, longeait, en lacets circulaires, les gradins et descendait jusqu’à l’extrême bord de l’abîme.
Je me demandais quel était le sens de cette voie quand je vis y paraître, descendant du séjour des Bienheureux, la Jardinière du jardin des roses souffrantes — des roses heureuses de souffrir.
Drapée d’une robe de lumière candide dont le rayonnement me fit, par souvenir, trouver bien obscur celui de notre pauvre soleil, elle avait la chevelure fauve et les yeux bleu-sombre des filles de Galilée. Une adolescence éternelle fleurissait sur ses joues. Son sourire exprimait une telle plénitude de charité divine que j’essaierais vainement d’en donner une approximation.
Tu comprendras mon impuissance quand je t’aurai dit que c’était la Sainte Vierge…