Elle allait lentement, de parterre en parterre. Elle portait une amphore qui rayonnait, elle aussi, comme un astre et qui contenait une onde inépuisable.

Marie l’inclinait sur les fleurs ; elle les rafraîchissait d’une pluie de grâces lénifiantes. Cette eau était faite de nos prières et des messes offertes pour nos défunts ; et l’infusion du Saint-Esprit la douait d’une vertu rédemptrice. A son contact, les âmes chantaient plus haut, et avec une ferveur inouïe, le Salve Regina. Je voyais, en même temps, les taches de rouille, qui maculaient leurs pétales, pâlir chez les plus éloignées du sommet, s’effacer peu à peu chez celles des gradins supérieurs.

Lorsque l’Auxiliatrice fut arrivée au bord de l’abîme, elle y laissa tomber, avec un regard de pitié indicible, quelques gouttes lumineuses. — Et je compris combien elle était véridique la parole de sainte Catherine de Sienne : « La bonté de la Providence s’étend jusqu’à l’enfer ; elle y envoie un rayon de sa miséricorde et les damnés n’y souffrent pas autant qu’ils devraient souffrir. »

La Sainte Vierge, ayant rempli son office de charité, remonta le sentier. Au passage, elle effleurait les âmes d’une caresse de ses doigts maternels.

Dès qu’elle fut arrivée au sommet, je vis qu’un grand nombre de roses, les toutes blanches, qui s’en trouvaient le plus proche, se pressaient à ses pieds en ondulant avec le murmure joyeux d’un peuple d’abeilles.

Puis ce fut l’Assomption. La Vierge, les mains jointes, les yeux dirigés vers la clarté fixe — aveuglante pour moi — qu’irradiaient les profondeurs célestes, s’éleva de la montagne. Les âmes pardonnées lui firent un cortège. Puis ces roses devinrent des étoiles qui lui formèrent une auréole scintillante. Et enfin, elles se fondirent, avec la Consolatrice, dans la Lumière incréée…

Tout disparut…


« O Dame, disait Dante à la Sainte Vierge, tu es si grande et si puissante, que vouloir obtenir une grâce et ne point recourir à toi, c’est vouloir que le désir vole sans ailes. »

Comment ne serait-elle pas toute-puissante, étant unie, d’une façon si étroite, à la Trinité ! Fille de l’Ancien des jours, Mère du Rédempteur, Épouse de l’Esprit, elle est la Sagesse. Et c’est pourquoi elle s’exprime en termes si grandioses et si mystérieusement solennels dans l’Épître de son office. Rappelle-toi, elle dit : J’ai été créée dès le commencement et avant les siècles. Je ne cesserai point d’exister durant la succession des âges… J’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dont l’héritage est le domaine de mon Dieu. Et j’ai établi ma demeure dans la plénitude de l’assemblée des Saints.