Chacune de ces paroles ouvre à l’oraison des perspectives infinies sur le privilège de Marie au sein des trois Églises : la militante qui est la foi, la souffrante qui est l’espérance, la triomphante qui est l’amour. Parce qu’elle est au-dessus des temps, parce qu’elle est immaculée, elle rayonne dans le sanctuaire aux trois coupoles : de rubis, d’émeraude et de saphir : foi encore et espérance et amour, où nous l’honorons. Elle concentre enfin ce dogme de la communion des Saints où s’harmonisent les âmes de tous les fidèles dans notre existence transitoire et dans l’éternité.
Je voudrais, ah ! je voudrais te montrer l’océan d’une profondeur d’azur inouïe que certains découvrent s’ils osent plonger un regard dans les yeux de la Vierge. Je voudrais aussi t’expliquer le symbole de la grenade, aux grains innombrables, qu’Elle tient dans sa main droite… Je ne puis pas, car comment formuler par des phrases enchaînées à la suite les unes des autres, une grâce d’oraison qu’ils reçoivent simultanément par la sensibilité, par l’imagination, par la raison, par toutes les puissances du cœur et de l’esprit ?
Il y a pourtant un effet que tu comprendras parce qu’il est possible que tu l’aies éprouvé.
Voici ce que quelqu’un, qui l’éprouva, m’en rapporte : — Quand Notre-Seigneur se rend sensible à une âme, la lumière qu’il dégage, l’ardeur qui émane de Lui, on peut — quoique cela soit trop faible — les comparer à l’or effervescent du soleil de midi aux plus longs jours de l’été. Quand c’est la Sainte Vierge, sa clarté ressemble à celle de la lune par une nuit de septembre sans nuage. Et son rayonnement argentin rafraîchit, repose l’âme, calcinée d’amour au contact de son Dieu…
Mais Marie n’est pas seulement la Reine de sapience ; elle est aussi la maîtresse de notre maison terrestre. C’est elle qui commande, avec sollicitude, aux serviteurs que nous sommes en ces noces de Cana perpétuelles : la vie catholique. Elle ne cesse de nous désigner son Fils, et chaque fois qu’elle remarque que nous allons négliger son service, elle nous prescrit : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
Dès que nous lui avons obéi, l’eau se change en vin — notre routine se change en zèle — notre âme se fond en Jésus-Christ…
Lorsqu’on récapitule tout ce que nous devons à la Vierge, on prend en grande pitié nos frères séparés du protestantisme qui se divisent chaque jour davantage parce qu’ils ne veulent pas la connaître. Et l’on prie pour que cette autre parole de la Sagesse les éclaire : « Heureux celui qui m’écoute, qui veille, avec diligence, à l’entrée de ma demeure et qui se tient au seuil. Celui qui m’a trouvé, trouve la Vie et il puise son salut dans le Seigneur. »
Ah ! qu’ils l’entendent, les protestants, cette monition. Alors ils deviendront les bergers « de bonne volonté ». Ils recevront l’hospitalité dans la grotte de Bethléem. Il n’y aura plus qu’un bercail et qu’un troupeau…
LETTRE VII
LE PRINCE DE L’USURE
Te voici bien ennuyé, mon cher Ami ! Tu m’écris que, par suite d’un héritage pour lequel vous vous trouvez plusieurs légataires, des cousins rapaces te chicanent, te cherchent noise, te souhaitent male-mort et, avec la complicité des pieuvres légales qui s’embusquent autour des tribunaux, contestent ton droit. Tu ajoutes : Quelle saleté que l’argent qui souille ainsi les âmes ! »