Je ne suis pas le seul à penser de la sorte. Je reçois assez souvent de délicieuses lettres signées d’une grande chrétienne qui habite une ville de l’Amérique du Sud et qui a donné trois de ses enfants à l’Église. Elle m’écrivait récemment que, touchée à l’extrême par les vers frémissants d’humanité saignante et d’espoir en Dieu où Verlaine épancha ses souffrances, elle priait tous les jours à son intention et qu’elle faisait dire des messes pour le repos de son âme.

Ame exquise, âme d’indulgence, exacte à suivre les enseignements du bon Maître, comme tes appels au Dieu de pardon en faveur de Verlaine me réjouissent au regard des grimaces pudibondes qu’affichent les marguilliers badigeonnés d’austérité feinte qui vident leur seau de toilette sur le crâne dénudé du pauvre Lélian !…

Donc, afin de placer cette mise en lumière de quelques beaux vers catholiques sous l’égide du poète pénitent de Sagesse, nous citerons l’un de ses derniers poèmes, écrit à l’hôpital. Il y résuma sa vie, ses douleurs, ses fautes et ses humiliations, — sa foi aussi, et son espérance, et son humble et tremblant amour de Dieu. Mieux qu’aucun commentaire, à ceux qui savent lire, ces strophes feront comprendre tout Verlaine. Une science parfaite du métier, un art accompli s’y dissimulent sous une forme très simple. C’est sa vie intérieure elle-même qui parle :

Seigneur, vous m’avez laissé vivre

Pour m’éprouver jusqu’à la fin.

Vous châtiez cette chair ivre

Par la douleur et par la faim.

Et vous permîtes que le diable

Tentât mon âme misérable

Comme l’âme forte de Job ;