Enfin, j’aperçois les volumes de Louis Le Cardonnel[16]. Ici nous nous arrêterons, car il ne s’agit plus de ces clowneries désossées où, sous prétexte d’assouplir les rythmes, d’éternels apprentis — qui se croient des Maîtres — réduisent la forme à l’état de poussière amorphe.

[16] Louis Le Cardonnel, Poèmes, Carmina sacra, 2 volumes, librairie du Mercure de France.

Dans les vers de Le Cardonnel, on admire des cadences disciplinées par un art sûr de soi. Ce ne sont pas des sensations troubles, vagies par de jeunes vieillards, qu’on y cueille, mais des pensées hautes qui embaument notre méditation, semblables à de grandes roses, cultivées par une fille de Sainte-Claire, sous les arceaux sévères d’un cloître ombrien.

Vous dites que Le Cardonnel pèche par abus des procédés oratoires ? Il se peut, en effet, qu’il y ait quelque verbalisme dans les moins bienvenus de ses poèmes. Mais comme, plus souvent, le sentiment se concentre et, pénétré de la sève catholique, s’épanche en des strophes d’une sonorité grave et dont l’éloquence ne doit rien aux rhétoriques artificieuses !

Seul un contemplatif, comprenant, aimant les cruautés saintes et les splendeurs du Sacrifice, a pu écrire les vers suivants :

A CELLE QUI VA FAIRE SES VŒUX

Demain les glas sacrés annonceront tes vœux,

O toi qui vas t’offrir, en un chaste offertoire,

Pour être, en ce couvent, colombe expiatoire.

L’an se meurt, où tu vins immoler tes cheveux,