Aveugles, ignorant le chemin parcouru,

Emportant, comme un pain de pauvres, leur pensée,

Ils trébuchent sur Dieu dans la nuit apparu.

Tel est, trop sommairement présenté, ce volume. Offrez le même sujet à l’un de ces rhéteurs blafards ou mignards qui encombrent la poésie, quels développements de bavardages il en tirera ! Que de prosopopées geignardes ! Que de fleurs d’autel en papier peint outrageant la saine nature !

Ici rien de semblable : mais des images aussi imprévues qu’exactes ; aucune rhétorique mais l’effusion profonde de la sainte Pitié.

C’est pourquoi je vous dis que c’est là du grand art catholique. Je vous dis que c’est un chant d’orgue dans une cathédrale aux lampes d’oraison. Je vous dis que Jeanne Termier est un poète[15]

[15] J’aurais pu relever, çà et là, dans ces poèmes, des gaucheries, des inexpériences, des trous dans le rythme. A quoi bon ? L’ensemble est d’une qualité rare. Cela suffit.


J’avise, sur les rayons de la bibliothèque, d’autres recueils de vers. Je les prends, je les ouvre au petit bonheur, je les feuillette ; — je bâille et je les remets en place… Qu’une poussière bénévole les couvre. Que l’araignée tisse sa toile entre les gardes : de longtemps je ne troublerai son industrie.

Pourquoi existe-t-il tant de rimeurs qui « savent le métier », qui pondraient, sur commande, du symbolisme, du naturisme, voire du dadaïsme ou des logogriphes mallarméens ? Leur virtuosité stérile, leur empirisme dénué d’âme ne sauraient nous émouvoir. Ah ! plutôt qu’un merle facétieux leur siffle : — Vous n’irez plus au bois : — les lauriers sont coupés ; et que ces rhapsodes se taisent…