Le détestable foin de nos passions fut coupé une première fois et jeté au feu de la pénitence. Mais voici qu’un regain sournois lui succède qui ne sera pas moins difficile à faucher. Il nous faut acquérir, par la prière continuelle et par une vie mortifiée, des habitudes de retenue. Il nous faut écarter l’essaim des souvenirs sensuels, les maintenir à distance, surtout en ces heures nocturnes où le Diable les fait défiler devant nous comme les belles esclaves d’un bazar d’Orient.

Parfois nous n’allons pas jusqu’au bout de la tentation ; néanmoins, nous permettons aux yeux de notre mémoire de la fixer avec convoitise et nous caressons la possibilité d’y céder. Nous péchons alors par délectation morose. Et nous ne nous ressaisissons qu’après avoir connu l’horreur d’étreindre des fantômes dont le contact nous laisse l’âme affreusement triste et le corps souillé.

Pourquoi Dieu permet-il que nous succombions ainsi à l’attrait des chimères de notre vieux péché ?

C’est afin de nous prouver que nous avons besoin d’une rédemption perpétuelle et que, sans le secours de sa grâce, nous ne sommes qu’instincts bas et que recherche affriandée de l’ordure.

Tant que nous ne sommes point tentés, la vertu nous est aisée : il nous faut l’épreuve pour que nous soyons mis à même de vérifier notre acquis dans le bien. En constatant le peu de chemin que nous avons fait depuis notre conversion, nous apprenons à craindre notre orgueil et cette confiance en nous-mêmes qui président, d’une façon si arrogante, à l’incubation de tous les péchés. Nous distinguons, dans une clarté toujours plus vive, que c’est par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ bien plus que par les nôtres que nous pouvons être sauvés.

Alors nous nous humilions et pour nous rapprocher de l’exemple donné par le bon Maître, nous nous appliquons, d’un cœur patient, à la formation sédimentaire des vertus dans notre âme. Labeur que nous ne pouvons entreprendre qu’en état de grâce, tâche infiniment complexe que celle de cette réforme. En effet, la vertu est un émail délicat qu’il nous faut fixer, couche à couche sur l’argile poreuse de notre être intérieur de manière à ce qu’il la pénètre et ne fasse plus qu’un avec elle. Le vice, au contraire, est un oxyde qui a beaucoup d’affinité pour notre limon et qui s’y amalgame de lui-même.

Ou si l’on veut encore une comparaison : la vertu vient du ciel ; elle est un blanc rayon émané du cœur solaire de Jésus ; elle purifie et elle assèche les marécages de notre âme. Le vice est une vapeur roussâtre qui s’envole aisément des forges où le Démon fait retentir ses enclumes ; et il aime à s’étaler sur nos tourbières intimes pour en accroître les miasmes.

A nous de choisir.

Qu’on ne dise pas que le choix est parfois malaisé. Comme l’Église nous l’enseigne, nous ne sommes jamais tenté au delà de nos forces. Cela s’entend de ceux qui pratiquent les sacrements et non, bien entendu, de ceux qui, par ignorance ou de propos délibéré, vivent constamment en état de péché mortel.

En effet, si nous gardons le désir intense de nous amender, quelle que soit l’impétuosité de la tentation, à la minute même où le péché se présente dans l’éclat le plus ardent de sa fausse splendeur, alors qu’il nous semble que nous allons nous coller à lui comme une paillette de fer à l’aimant, notre libre-arbitre ne s’abolit pas.