Mais un jour, la Sagesse vint à lui. Car la Sagesse « s’en va par le monde, cherchant, elle-même, ceux qui sont dignes d’elle ; elle se montre en riant sur les chemins et elle accourt à leur rencontre avec toute sa providence »[1].

[1] Quoniam dignos se ipsa circuit quaerens ; et in viis ostendit se hilariter et in omni providentia occurit illis. Sapientia : VI, 17.

Ah ! la sagesse humaine n’apportait que spéculations moroses et rongement d’esprit. Pour la Sagesse divine, elle rit d’un rire de béatitude. Messagère d’aurore, créée avant tous les siècles, Vierge et immaculée en sa conception, elle rafraîchit le front fiévreux de l’égaré aussitôt qu’elle y a posé ses mains fraîches et odorantes comme des roses et elle lui dit : — La vérité et la vie c’est le Seigneur Jésus, et toi, tu es sur la terre pour mériter l’amour de ce radieux Maître en l’aimant de toutes tes forces.

La lumière se fait et l’égaré croit en elle et il est sauvé.

Et maintenant que pourraient contre cette âme reconquise à Dieu les pâteux racontars et les affirmations sacrilèges des sciences et des philosophies ? Celles-ci ont beau s’attifer de fanfreluches aguichantes et lui chuchoter :

— Mange mon fruit, tu connaîtras toutes choses.

Elle reste sourde à leurs ritournelles et demeure éperdue d’adoration devant les plaies de son Rédempteur.

Mais le diable, qui est parfois très sot, ne veut pas admettre que Dieu ait enfoncé la foi d’un tel coup de maillet dans cette tête que rien ne puisse plus l’en arracher. Et voici comment il procède pour récupérer son ascendant.

On est, je suppose, en oraison devant le Saint Sacrement exposé. A l’improviste, la pensée vous traverse que vous n’avez devant vous qu’une rondelle de pâte et que vous êtes stupide de vous laisser suggestionner par un aussi pauvre simulacre.

Eh bien, je l’affirme parce que je le sais, il suffit, à ce moment, de réciter avec réflexion le Credo pour que la tentation se ratatine et crève comme une puce sous un ongle alerte.