[5]:

Au prince Murat.

«Schœnbrunn, 25 brumaire an XIV (16 novembre 1805),
à huit heures du matin.

«Il m'est impossible de trouver des termes pour vous exprimer mon mécontentement. Vous ne commandez que mon avant-garde, et vous n'avez pas le droit de faire d'armistice sans mon ordre. Vous me faites perdre le fruit d'une campagne. Rompez l'armistice sur-le-champ et marchez à l'ennemi. Vous lui ferez déclarer que le général qui a signé cette capitulation n'avait point le droit de le faire; qu'il n'y a que l'empereur de Russie qui ait ce droit.

«Toutes les fois, cependant, que l'empereur de Russie ratifierait ladite convention, je la ratifierais; mais ce n'est qu'une ruse; marchez, détruisez l'armée russe; vous êtes en position de prendre ses bagages et son artillerie. L'aide de camp de l'empereur de Russie est un... Les officiers ne sont rien quand ils n'ont pas de pouvoirs: celui-ci n'en avait point. Les Autrichiens se sont laissé jouer pour le passage du pont de Vienne, vous vous laissez jouer par un aide de camp de l'empereur...»

[6]: Les Russes l'ont portée à beaucoup moins le lendemain de leur défaite, Napoléon à beaucoup plus dans ses bulletins. Après la confrontation d'un grand nombre de témoignages et d'états authentiques, nous croyons présenter ici l'assertion la plus exacte.

[7]: Il vient de paraître un écrit traduit du russe par M. Léon de Narischkine, lequel contient un grand nombre d'assertions inexactes, quoique publié par un auteur en position d'être bien informé. Dans cet écrit il est dit que Napoléon eut avant la bataille d'Austerlitz communication du plan du général Weirother. Cette allégation est tout à fait erronée. Une pareille communication ne serait explicable que si le plan, communiqué longtemps d'avance aux divers chefs de corps, avait pu être exposé à une divulgation. On verra ci-après, par le rapport d'un témoin oculaire, que c'est seulement dans la nuit qui précéda la bataille, que le plan fut communiqué aux chefs de corps. Du reste, tous les détails des ordres et de la correspondance prouvent que Napoléon prévit et ne connut pas le plan de l'ennemi. Notre résolution étant d'éviter toute polémique avec les auteurs contemporains, nous nous bornerons à redresser cette erreur, sans nous occuper de beaucoup d'autres, que renferme encore l'ouvrage en question, dont nous reconnaissons d'ailleurs le mérite très-réel, et jusqu'à un certain point l'impartialité.

[8]: Nous croyons utile de citer un fragment des mémoires manuscrits du général Langeron, témoin oculaire, puisqu'il commandait l'un des corps de l'armée russe.

Voici le récit de cet officier:

«On a vu que, le 19 novembre (1er décembre), nos colonnes ne parvinrent à leur destination que vers les dix heures du soir.