Ratisbonne, 19 avril 1806.
Sire,
Le génie de Napoléon ne se borne pas à créer le bonheur de la France; la Providence accorde l'homme supérieur à l'univers. L'estimable nation germanique gémit dans les malheurs de l'anarchie politique et religieuse: soyez, Sire, le régénérateur de sa Constitution! Voici quelques vœux dictés par l'état des choses. Que le duc de Clèves devienne électeur, qu'il obtienne l'octroi du Rhin sur toute la rive droite; que le cardinal Fesch soit mon coadjuteur; que les rentes assignées sur l'octroi à douze États de l'empire soient fondées sur quelque autre base. Votre Majesté Impériale et Royale jugera dans sa sublimité s'il est utile au bien général de réaliser ces idées. Si quelque erreur idéologique me trompe à cet égard, le cœur m'atteste au moins la pureté de mes intentions.
Je suis avec un attachement inviolable et le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale le très-humble et tout dévoué admirateur,
Charles, électeur archichancelier.
La nation germanique a besoin que sa Constitution soit régénérée: la majeure partie de ses lois ne présente que des mots vides de sens, depuis que les tribunaux, les cercles, la Diète de l'empire n'ont plus les moyens nécessaires pour soutenir les droits de propriété et de sûreté personnelle des individus qui composent la nation, et que ces institutions ne peuvent plus protéger les opprimés contre les attentats du pouvoir arbitraire et de la cupidité. Un tel état est anarchique; les peuples supportent les charges de l'état civil sans jouir de ses principaux avantages, position désastreuse pour une nation foncièrement estimable par sa loyauté, son industrie, son énergie primitive. La Constitution germanique ne peut être régénérée que par un chef de l'empire d'un grand caractère, qui rende la vigueur aux lois en concentrant dans ses mains le pouvoir exécutif. Les États de l'empire n'en jouiront que d'autant mieux de leurs domaines, lorsque les vœux des peuples seront exposés et discutés à la Diète, les tribunaux mieux organisés, et la justice administrée d'une manière plus efficace. Sa Majesté l'empereur d'Autriche, François second, serait un particulier respectable par ses qualités personnelles, mais dans le fait le sceptre d'Allemagne lui échappe, parce qu'il a maintenant la majorité de la Diète contre lui; qu'il a manqué à sa capitulation en occupant la Bavière, en introduisant les Russes en Allemagne, en démembrant des parties de l'empire pour payer des fautes commises dans les querelles particulières de sa maison. Puisse-t-il être empereur d'Orient pour résister aux Russes, et que l'empire d'Occident renaisse en l'empereur Napoléon, tel qu'il était sous Charlemagne, composé de l'Italie, de la France et de l'Allemagne! Il ne paraît pas impossible que les maux de l'anarchie fassent sentir la nécessité d'une telle régénération à la majorité des électeurs; c'est ainsi qu'ils choisirent Rodolphe de Habsbourg après les troubles du grand interrègne. Les moyens de l'archichancelier sont très-bornés; mais c'est au moins avec une intention pure qu'il compte sur les lumières de l'empereur Napoléon, nommément dans les objets qui pourront agiter le midi de l'Allemagne plus particulièrement dévoué à ce monarque. La régénération de la Constitution germanique a été de tout temps l'objet des vœux de l'électeur archichancelier; il ne demande et n'accepterait rien pour lui-même; il pense que si Sa Majesté l'empereur Napoléon pouvait se réunir en personne chaque année pour quelques semaines à Mayence ou ailleurs avec les princes qui lui sont attachés, les germes de la régénération germanique se développeraient bientôt. M. d'Hédouville a inspiré une parfaite confiance à l'électeur archichancelier, qui sera charmé s'il veut bien exposer ces idées dans toute leur pureté à Sa Majesté l'empereur des Français et à son ministre M. de Talleyrand.
Charles, électeur archichancelier.
[17]: C'est de M. de Labesnardière lui-même, seul confident de cette importante création, que nous tenons tous ces détails, appuyés en outre sur une foule de documents authentiques.
[18]: Nous citons les lettres suivantes, qui montrent comment Napoléon donnait les couronnes et comment on les recevait.
«Au ministre de la guerre.