Munich, 5 janvier 1806.

«Expédiez le général Berthier, votre frère, avec le décret qui nomme le prince Joseph commandant de l'armée de Naples. Il gardera le plus profond secret, et ce ne sera que lorsque le prince arrivera qu'il lui remettra le décret. Je dis qu'il doit garder le plus profond secret, parce que je ne suis pas sûr que le prince Joseph y aille, et, sous ce point, il ne faut pas que rien soit connu.»

«Au prince Joseph.

»Stuttgard, le 19 janvier 1806.

»Mon intention est que dans les premiers jours de février vous entriez dans le royaume de Naples, et que je sois instruit dans le courant de février que mes aigles flottent sur cette capitale. Vous ne ferez aucune suspension d'armes ni capitulation. Mon intention est que les Bourbons aient cessé de régner à Naples, et je veux sur ce trône asseoir un prince de ma maison, vous d'abord, si cela vous convient, un autre si cela ne vous convient point.

»Je vous réitère de ne point diviser vos forces; que toute votre armée passe l'Apennin, et que vos trois corps d'armée soient dirigés droit sur Naples, de manière à se réunir en un jour sur un même champ de bataille.

»Laissez un général, des dépôts, des approvisionnements et quelques canonniers à Ancône pour défendre la place. Naples pris, les extrémités tomberont d'elles-mêmes, tout ce qui sera dans les Abbruzzes sera pris à revers, et vous enverrez une division à Tarente, et une du côté de la Sicile pour achever la conquête du royaume.

»Mon intention est de laisser sous vos ordres dans le royaume de Naples pendant l'année, jusqu'à ce que j'aie fait de nouvelles dispositions, 14 régiments d'infanterie française, complétés au grand complet de guerre, et 12 de cavalerie française aussi au grand complet.

»Le pays doit vous fournir les vivres, l'habillement, les remontes, et tout ce qui est nécessaire, de manière qu'il ne m'en coûte pas un sou. Mes troupes du royaume d'Italie n'y resteront qu'autant de temps que vous le jugerez nécessaire, après quoi elles retourneront chez elles.

»Vous lèverez une légion napolitaine où vous ne laisserez entrer que des officiers et soldats napolitains, des gens du pays qui voudront s'attacher à ma cause.»