[25]: Il est rare qu'on parvienne à constater les pertes essuyées dans une bataille avec autant de précision qu'on peut le faire pour la bataille d'Eylau. Je me suis livré, afin d'y réussir, à un travail attentif, et voici la vérité, autant du moins qu'il est possible de l'obtenir en pareille matière. L'inspecteur des hôpitaux constata le soir même, à Eylau, l'existence de 4,500 blessés, et le lendemain, après avoir fait le tour des villages environnants, il en porta le nombre total à 7,094. Son rapport a été conservé. Les rapports des divers corps présentent, au contraire, un chiffre beaucoup plus considérable, et qui ferait monter à 13 ou 14 mille le nombre des hommes atteints plus ou moins gravement. Cette différence s'explique par la manière dont les auteurs de ces rapports entendent le mot de blessés. Les chefs de corps comptent jusqu'aux moindres contusions, chacun d'eux naturellement cherchant à faire valoir les souffrances de ses soldats. Mais la moitié des hommes désignés comme blessés ne songeaient pas même à se faire soigner, et la preuve en est dans le rapport du directeur des hôpitaux. Du reste, un mois après, une controverse fort curieuse s'établit par lettres, entre Napoléon et M. Daru. M. Daru ne trouvait pas plus de six mille blessés dans les hôpitaux de la Vistule. Cela paraissait contestable à Napoléon, qui croyait en avoir davantage, surtout en comprenant dans ce nombre les blessés de la bataille d'Eylau, et ceux des combats qui l'avaient précédée, depuis la levée des cantonnements. Cependant, après mûr examen, on n'en trouva jamais plus de six mille et quelques cents, et moins de six mille pour Eylau même, ce qui, en tenant compte des morts survenues, s'accorde parfaitement avec le chiffre de 7,094 fourni par le directeur des hôpitaux. Nous croyons donc être dans le vrai en portant à 3 mille morts et 7 mille blessés les pertes de la bataille d'Eylau. Napoléon, en parlant dans son bulletin de 2 mille morts et de 5 à 6 mille blessés, avait, comme on le voit, peu altéré la vérité, en comparaison de ce qu'avaient fait les Russes. On peut même dire que le soir de la bataille, il était fondé à n'en pas supposer davantage.
Quant aux pertes des Russes, j'ai adopté leurs propres chiffres, et ceux qui furent constatés par les Français. Nous trouvâmes 7 mille cadavres, et dans les lieux environnants 5 mille blessés. Ils durent en emmener un beaucoup plus grand nombre. L'Allemand Both dit qu'ils ramenèrent 14,900 blessés à Kœnigsberg, lesquels moururent presque tous de froid. Il admet d'ailleurs qu'ils eurent 7 mille morts, et laissèrent 5 mille blessés sur le champ de bataille. Ajoutez 3 à 4 mille prisonniers, et on arrive à une perte totale de 30 mille hommes, qui ne peut guère être contestée. Le général Benningsen, toujours si peu exact, avoua lui-même dans son récit une perte de 20 mille hommes.
[26]: L'Empereur ne put jamais le fixer exactement, par suite de la mobilité continuelle de l'effectif des corps.
[27]: «Une rivière ni une ligne quelconque, écrivait-il à Bernadotte (6 mars, Osterode), ne peuvent se défendre qu'en ayant des points offensifs; car, quand on n'a fait que se défendre, on a couru des chances sans rien obtenir. Mais, lorsqu'on peut combiner la défense avec un mouvement offensif, on fait courir à l'ennemi plus de chances qu'il n'en fait courir au corps attaqué. Faites donc travailler jour et nuit aux têtes de pont de Spanden et de Braunsberg.»
[28]: 13 avril.
[29]: Nous avons cru devoir raconter avec quelque détail le siége de Dantzig, parce que c'est un beau modèle de siége régulier, et le plus remarquable peut-être de notre siècle, parce que les exemples de siéges réguliers, si fréquents et si parfaits sous Louis XIV, sont devenus fort rares de nos jours, parce que celui de Dantzig eut l'insigne honneur d'être couvert par Napoléon à la tête de deux cent mille hommes, parce qu'il est enfin l'épisode indispensable, qui lie la campagne d'hiver à la campagne d'été, dans l'immortelle guerre de Pologne.
[30]: Ces nombres sont empruntés aux états trouvés dans la place.
[31]: Il est fort difficile de connaître au juste ce qui se passait entre ces souverains, vivant dans un tête-à-tête continuel, et ne faisant guère au public qui les entourait la confidence de leurs dispositions secrètes. Mais on a su par les communications de la cour de Prusse à plusieurs petites cours allemandes ce qui se passait au quartier général, et d'ailleurs l'assertion que je produis ici est tirée des récits que la reine de Prusse fit elle-même à l'un des diplomates respectables du temps.
[32]:
| Effectif. | Présents sous les armes. | |||
| Ney | 25 | mille | 17 | mille. |
| Davout | 40 | 30 | ||
| Soult | 43 | 31 ou 32 | ||
| Bernadotte | 36 | 24 | ||
| Murat | 30 | 20 | ||
| Garde | 12 | 8 ou 9 | ||
| Lannes | 20 | 15 | ||
| Mortier | 15 | 10 | ||
| —— | —— | |||
| 221 | mille | 155 | mille. | |