Tandis que l'armée française franchissant l'Oder allait s'avancer sur la Vistule, le prince Jérôme, ayant sous son commandement les Wurtembergeois et les Bavarois, secondé par un habile et vigoureux officier, le général Vandamme, devait envahir la Silésie, en assiéger les places, porter une partie de ses troupes jusqu'à Kalisch, et couvrir ainsi contre l'Autriche la droite du corps qui marcherait sur Posen.

Les troupes dirigées sur la Pologne pouvaient monter à environ 80 mille hommes, entre lesquels le corps du maréchal Davout figurait pour 23 mille, celui du maréchal Augereau pour 17, celui du maréchal Lannes pour 18, le détachement du prince Jérôme envoyé à Kalisch pour 14, enfin la réserve de cavalerie de Murat pour 9 à 10 mille. C'était plus qu'il n'en fallait pour faire face aux forces russes et prussiennes qu'on était exposé à rencontrer dans le premier moment.

Napoléon se réserve de suivre, avec une seconde armée de 80 mille hommes, la première armée de 80 mille acheminée sur la Vistule.

Dans cet intervalle, les corps des maréchaux Soult et Bernadotte étaient en marche de Lubeck sur Berlin. Ils devaient séjourner quelque temps dans cette capitale, s'y refaire, et s'y pourvoir de ce qui leur manquait. Le maréchal Ney s'y était rendu après la capitulation de Magdebourg, et il s'apprêtait à marcher sur l'Oder. Napoléon, avec la garde impériale, avec la division de grenadiers et voltigeurs du général Oudinot, avec le reste de la réserve de cavalerie qui se reposait à Berlin, avec les trois corps des maréchaux Soult, Bernadotte et Ney, pouvait disposer d'une seconde armée de 80 mille hommes, à la tête de laquelle il devait se transporter en Pologne, pour soutenir le mouvement de la première.

Napoléon en expédiant le maréchal Davout sur Posen, lui donne sa pensée à l'égard de la Pologne.

Le maréchal Davout, dirigé le premier sur Posen, était un homme ferme et réfléchi, duquel il n'y avait aucune imprudence à craindre. Il avait été initié à la véritable pensée de Napoléon relativement à la Pologne. Napoléon était franchement résolu à réparer le grave dommage que l'abolition de cet antique royaume avait causé à l'Europe; mais il ne se dissimulait pas l'immense difficulté de reconstituer un État détruit, surtout avec un peuple dont l'esprit anarchique était aussi renommé que la bravoure. Napoléon ne veut proclamer l'indépendance de la Pologne que si l'insurrection des Polonais est générale. Il ne voulait donc s'engager dans une telle entreprise, qu'à des conditions qui en rendissent la réussite, sinon certaine, au moins suffisamment probable. Il lui fallait d'abord d'éclatants triomphes en s'avançant dans ces plaines du Nord, où Charles XII avait trouvé sa ruine; il lui fallait ensuite un élan unanime de la part des Polonais, pour concourir à ces triomphes, et pour le rassurer sur la solidité du nouvel État qu'on allait fonder entre trois puissances ennemies, la Russie, la Prusse et l'Autriche.—Quand je verrai les Polonais tous sur pied, dit-il au maréchal Davout, alors je proclamerai leur indépendance, mais pas avant.—Il fit transporter à la suite des troupes françaises un convoi d'armes de toute espèce, afin d'armer l'insurrection, si, comme on l'annonçait, elle devenait générale.

Le maréchal Davout devançant les corps d'armée qui devaient partir de l'Oder, s'était mis en mouvement dès les premiers jours de novembre. Il marchait avec cet ordre, avec cette discipline sévère, qu'il avait coutume de maintenir parmi ses troupes. Le maréchal Davout, en entrant en Pologne, déploie un surcroît de sévérité pour le maintien de la discipline. Il avait annoncé à ses soldats qu'en entrant en Pologne on entrait dans un pays ami, et qu'il fallait le traiter comme tel. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il s'était introduit une certaine indiscipline dans les rangs de la cavalerie légère, qui prend plus de part, et contribue davantage aux désordres de la guerre. Deux soldats de cette arme ayant commis quelques excès, le maréchal Davout les fit fusiller en présence du troisième corps.

Caractère du pays lorsqu'on approche de la Vistule et du Niémen.

Il s'avança sur Posen en trois divisions. Le pays entre l'Oder et la Vistule ressemble beaucoup à celui qui s'étend de l'Elbe à l'Oder. Le plus généralement on parcourt des plaines sablonneuses, au milieu desquelles le bois pousse assez facilement, surtout le bois résineux, particulièrement le sapin; et, comme au-dessous de la couche de sable se trouve une argile propre à la culture, tantôt noyée sous le sable même, tantôt surgissant à la surface, on rencontre au milieu des forêts de sapins de vastes clairières assez bien cultivées, à travers ces clairières une population rare, pauvre, mais robuste, abritée sous le bois et le chaume. Sur ce sol les transports sont d'une difficulté sans égale, car aux sables mouvants succède une glaise, dans laquelle on enfonce profondément dès qu'elle est pénétrée par les eaux, et qui se change après quelques jours de pluie en une vaste mer de boue. Les hommes y périssent si on ne vient les en arracher. Quant aux chevaux, canons, bagages, ils s'y abîment sans pouvoir être sauvés, même par les bras de toute une armée. Aussi la guerre n'est-elle possible dans cette portion de la plaine du Nord qu'en été, lorsque la terre est entièrement desséchée, ou dans l'hiver, lorsqu'une gelée de plusieurs degrés a donné au sol la consistance de la pierre. Mais toute saison intermédiaire est mortelle aux combinaisons militaires, surtout aux plus habiles, qui dépendent, comme on sait, de la rapidité des mouvements.

Direction des cours d'eau dans la plaine du nord de l'Europe.