Le général Benningsen, poursuivi de la sorte, ne crut pas qu'il y eût sûreté à passer la nuit dans la ville de Landsberg, et se retira sur Eylau, où il entra dans la journée du 7 février.
Retraite des Russes sur Eylau.
Il plaça une nombreuse arrière-garde sur un plateau qu'on appelle plateau de Ziegelhoff (voir la carte no 40), et devant lequel on arrive au sortir des bois dont la route de Landsberg à Eylau est couverte. Les généraux Bagowout et Barklay de Tolly étaient en position sur ce plateau, prêts à renouveler le combat de la veille. Le général Benningsen, sentant bien qu'il était serré de trop près pour ne pas être amené à une bataille, tenait beaucoup à occuper ce plateau, sur lequel on pouvait recevoir avec avantage l'armée française débouchant de la région boisée. Il tenait de plus à protéger l'arrivée de sa grosse artillerie, à laquelle il avait ordonné de faire un détour. Par tous ces motifs sa résistance sur ce point devait être opiniâtre.
Combat de Ziegelhoff, livré le 7 février au soir.
La cavalerie de Murat, secondée par l'infanterie du maréchal Soult, déboucha des bois avec sa hardiesse accoutumée, et s'avança sur le plateau de Ziegelhoff. La brigade Levasseur, composée des 46e et 28e régiments de ligne, la suivit résolument, pendant que la brigade Viviès, filant à droite, essayait à travers des lacs gelés de tourner la position. La brigade Levasseur, que le feu d'une nombreuse artillerie excitait à brusquer l'attaque, hâta le pas. Une première ligne d'infanterie ennemie fut d'abord repoussée à la baïonnette. Mais la cavalerie russe, chargeant à propos sur la gauche de la brigade, renversa le 28e, avant qu'il eût le temps de se former en carré. Elle sabra beaucoup de nos fantassins, et enleva une aigle.
Combat dans l'intérieur de la ville d'Eylau.
Le combat bientôt rétabli, se continua de part et d'autre avec acharnement. Cependant la brigade Viviès ayant débordé la position des Russes, ceux-ci la quittèrent pour se retirer dans la ville même d'Eylau. Le maréchal Soult y pénétra en même temps qu'eux. Napoléon ne voulait pas qu'on leur laissât la ville d'Eylau, pour le cas incertain, mais probable, d'une grande bataille. On entra donc baïonnette baissée dans Eylau. Les Russes s'y défendirent opiniâtrement de rue en rue. On tourna la ville, et on trouva une de leurs colonnes établie dans un cimetière, devenu fameux depuis par de terribles souvenirs, et qui était situé en dehors à droite. La brigade Viviès emporta ce cimetière après un combat des plus rudes. Les Russes se replièrent au delà d'Eylau. De toutes les rencontres d'arrière-garde, celle-ci avait été la plus sanglante, et elle avait coûté au corps du maréchal Soult des pertes considérables. On se jeta un peu en désordre dans la ville d'Eylau, les soldats se dispersant pour vivre, et surprenant dans les maisons beaucoup de Russes qui n'avaient pas eu le temps de s'enfuir.
Les Russes s'arrêtent le 7 au soir au delà d'Eylau, et paraissent disposés à livrer bataille.
La première opinion que conçut Murat, et qu'il transmit à Napoléon, c'est que les Russes, ayant perdu le point d'appui d'Eylau, iraient en chercher un plus éloigné. Cependant quelques officiers égarés dans cette mêlée, avaient aperçu les Russes établis un peu au delà d'Eylau, et allumant leurs feux de bivouac pour y passer la nuit. Cette observation, confirmée par de nouveaux rapports, ne permit aucun doute sur l'importance de la journée du lendemain 8 février; et en effet, elle en a acquis une qui lui assure l'immortalité dans les siècles.
État de l'armée française la veille de la bataille d'Eylau.