Travaux pour consolider notre établissement sur la basse Vistule et dans le Nehrung.
Après ce combat, notre établissement sur la basse Vistule et dans le Nehrung parut assuré. On s'appliqua néanmoins à le consolider. On éleva un double épaulement en terre, afin de se garder à la fois contre le fort et contre la place, et on l'étendit assez loin pour qu'il joignît, d'un côté le fleuve, de l'autre les bois qui couvraient cette partie du Nehrung. De vastes abatis rendirent ces bois presque inaccessibles. Un fort blockhaus fut placé au centre de nos retranchements. À ces précautions on ajouta une garde de chaloupes sur le canal et le fleuve, laquelle devait empêcher les embarcations ennemies de remonter ou de descendre la Vistule. Pendant que ces travaux s'exécutaient à la rive droite, les troupes du quartier général, à la rive gauche, descendant des hauteurs au bord de la Vistule, y avaient construit des redoutes, afin de croiser leurs feux avec ceux des troupes établies dans le Nehrung. On se garantit de ce côté par une gabionnade de 200 toises de longueur. Un brave officier nommé Tardiville, s'était logé avec une centaine d'hommes dans une maison au bord de la Vistule, et s'y soutenait malgré les projectiles de l'ennemi avec une telle opiniâtreté, que cette maison prit son nom pendant la durée du siége. Il restait à conquérir l'île de Holm pour que l'investissement fût complet et définitif. Mais, en attendant, les bâtiments ennemis ne pénétraient qu'avec peine jusqu'à Dantzig. Plusieurs barques en effet avaient été prises, et une corvette ayant essayé de remonter la Vistule, s'était vue arrêtée par le feu des deux rives. Les soldats conduits par un officier du génie nommé Lesecq, avaient sauté par-dessus les retranchements, s'étaient placés à découvert sur la rive du fleuve, et, accablant de leur mousqueterie le bâtiment ennemi, l'avaient obligé à se retirer. Le capitaine Lesecq eut son sabre emporté par un biscaïen, sans être atteint lui-même.
On était au 20 avril. Il y avait un mois et demi qu'on se trouvait devant la place, et 20 jours que la tranchée était ouverte. La grosse artillerie venait d'arriver, partie de Breslau, partie de Stettin, partie de Thorn et Varsovie. Il ne manquait que des munitions. Cependant on pouvait ouvrir le feu des batteries de la première et de la seconde parallèle. Horrible tempête qui interrompt les travaux du siége. On avait tout disposé pour le commencer le 20, lorsqu'une affreuse tempête d'équinoxe, apportant des torrents de neige, encombra les tranchées, et y interrompit le travail. Il fallut passer deux jours à les déblayer, et nos soldats bivouaqués en plein air, sous ce rude climat, rendu plus rude encore par un hiver retardé, eurent cruellement à souffrir. Ouverture du feu dans la journée du 23 avril. Enfin, le 23 dans la nuit, cinquante-huit bouches à feu, qui consistaient en mortiers, obusiers, pièces de vingt-quatre et de douze, tirèrent à la fois, et continuèrent à battre la place pendant toute la journée du 24. L'artillerie ennemie qui avait réservé ses moyens pour tenir tête à la nôtre, riposta vivement et avec assez de justesse. Mais après quelques heures de ce combat à coups de canon, supérieurement dirigé par le général Lariboisière, un grand nombre d'embrasures de l'ennemi furent bouleversées, beaucoup de ses pièces démontées, et un violent incendie, allumé par des obus partis de la fausse attaque, éclata dans l'intérieur de la ville. Plusieurs incendies éclatent dans la ville, et sont éteints par la garnison. On voyait des colonnes de fumée s'élever à la hauteur des plus grands édifices, témoignage sinistre des ravages que nous avions causés. Néanmoins le maréchal Kalkreuth réussit à éteindre le feu, au moyen des eaux abondantes dont la ville était pourvue. Il ne parut nullement ébranlé. Le lendemain 25, le maréchal Lefebvre, pour sonder ses dispositions, lui fit annoncer qu'on allait tirer à boulets rouges. Il ne répondit pas. Alors on recommença le feu de toutes nos pièces avec plus d'énergie, et on alluma un nouvel incendie, encore éteint par le concours de la garnison et des habitants. Le feu violent de notre artillerie, attirant sur elle les projectiles ennemis, avait produit une diversion utile à nos travaux d'approche, qui, devenus plus faciles, avancèrent plus rapidement. Commencement de la troisième parallèle dans la nuit du 25 au 26 avril. Grâce au dévouement des troupes du génie, creusant le sable au milieu des boulets qui bouleversaient la tête des sapes, qui emportaient les gabions et les sacs à terre, on poussa les zigzags jusqu'à la troisième parallèle, ouverte enfin dans la nuit du 25 au 26 à la sape volante.
Sortie de l'ennemi contre la troisième parallèle, dans la nuit du 27 avril.
Dans la nuit du 26 au 27 on traça une grande partie de cette parallèle, toujours à la faveur du combat des deux artilleries. Malheureusement nous ne possédions pas une assez grande quantité de bouches à feu et de munitions. Nous tirions à peine deux mille coups par jour, quand l'ennemi en tirait trois mille. Nous avions beaucoup de pièces en fer, qui éclataient dans les mains de nos artilleurs, et faisaient autant de mal que les projectiles ennemis. Nos soldats suppléaient cependant à l'infériorité du nombre par la justesse du tir. Le 27, l'ennemi voulut reprendre l'offensive au moyen des sorties. Profitant de ce que les travaux de la troisième parallèle n'étaient pas encore achevés, il résolut de les détruire, et suspendit tout à coup son feu vers les sept heures du soir. Cet indice fit présumer une entreprise de la part des assiégés. Des compagnies du 12e léger, récemment arrivé, furent placées à droite et à gauche, derrière des épaulements qui les cachaient. Six cents grenadiers prussiens, suivis de 200 travailleurs, s'avancèrent sur la parallèle, encore imparfaite et d'un accès facile. Un poste couché ventre à terre, les ayant aperçus, se retira, afin de les laisser pénétrer. Alors les compagnies du 12e léger s'élancèrent sur eux à l'improviste, les abordèrent à la baïonnette dans le fossé, et engagèrent un combat homme à homme. La lutte fut meurtrière, mais on les chassa, et 120 restèrent sur le carreau, morts ou blessés. On en prit un certain nombre, et on ramena les autres la baïonnette dans les reins jusqu'aux glacis de la place.
Suspension d'armes de deux heures pour enterrer les morts, et ramasser les blessés.
Le maréchal Kalkreuth demanda deux heures de suspension d'armes, pour enlever les morts et les blessés. Sur l'avis de l'artillerie et du génie, qui désiraient cette suspension d'armes, afin d'exécuter quelques reconnaissances, le maréchal Lefebvre l'accorda. Les généraux Lariboisière et Chasseloup coururent aussitôt sous les murs de la place, pour chercher des positions, d'où l'on pût battre plus sûrement les ouvrages des assiégés. Ces reconnaissances terminées, on se remit au travail, et on s'occupa d'établir de nouvelles batteries sur les points dont on avait fait choix, en ayant soin de les lier par des boyaux à nos tranchées.
Dans la nuit du 28 au 29, l'ennemi essaya encore une sortie, avec une colonne de 2 mille hommes, distribuée en trois détachements. Il marcha comme l'avant-veille sur notre troisième parallèle, dont il voulait à tout prix interrompre le travail. Deux compagnies du 19e de ligne, à l'aspect du premier détachement, se jetèrent sur lui à la baïonnette, le poussèrent jusqu'aux glacis du Hagelsberg, mais accueillies là par un feu très-vif, parti du chemin couvert, et enveloppées par le second détachement qu'elles n'avaient point aperçu, elles perdirent une quarantaine d'hommes. Néanmoins elles furent bientôt secourues et dégagées à temps. L'ennemi ramené nous laissa 70 morts et 130 prisonniers.
Perfectionnement de la troisième parallèle, et redoublement du feu de notre artillerie.