»Le général Sébastiani avait reçu ordre de laisser à Murguia le 5e régiment de dragons; mais, comme chacun fait ce qui lui convient, il a mené avec lui, à ce qu'on m'a dit, le moitié du régiment avec le colonel: de manière qu'il va fourrer la moitié d'un régiment de dragons dans un pays où il est presque impossible d'aller à cheval. Ah! mon cher général, si vous pouviez coopérer à me sortir de la maudite galère où je suis, vous me rendriez un grand service! Combien je me trouverais heureux d'aller planter mes choux, si toutefois les choses doivent rester dans l'état où elles sont!

»Le roi a reçu la nuit dernière une lettre du maréchal Victor, datée de Mondragon. Monsieur le maréchal se plaint d'une manière un peu vive de ce qu'on a retenu une de ses divisions à Durango. Il aurait peut-être préféré trouver l'ennemi à Mondragon et à Salinas. Chacun a son goût et sa manière de voir.

»Le roi aurait grande envie de faire attaquer l'ennemi à Durango, mais je crois qu'il craint que cette attaque ne soit désapprouvée par l'Empereur. J'ignore encore à quoi Sa Majesté se décidera, mais très-certainement le succès est assuré. Il est vrai que si on attend encore quelques jours, et que monsieur Blake ait la bonté de rester où il est, il aura de la peine à en sortir. L'obstination de ce général me paraît une chose fort extraordinaire. Attendrait-il des renforts par mer? Si cela était, on ferait bien de le culbuter tout de suite. Mais comment prendre un parti lorsqu'on n'est pas le maître?

»Je vous écris, mon cher général, tout ce que je pense, tout ce que je sais et tout ce qui se passe. Je n'ai d'autre désir ni d'autre intérêt que de voir triompher les armes de l'Empereur, et de voir le roi assis sur le trône d'Espagne. Si ce que je vous écris peut être de quelque utilité, faites-en usage comme vous l'entendrez.»

[22]: Je cite deux lettres de Napoléon au ministre Dejean, remarquables par ses vues sur la régie et les marchés.

Au ministre Dejean, directeur de l'administration de la guerre.

«Bayonne, 4 novembre 1808.

»Vous trouverez ci-joint un rapport de l'ordonnateur. Vous y verrez comme je suis indignement servi. Je n'ai encore eu que 1,400 habits, que 7,000 capotes au lieu de 50,000; 15,000 paires de souliers au lieu de 129,000. Je manque de tout; l'habillement va au plus mal; mon armée qui va entrer en campagne est nue, elle n'a rien. Les conscrits ne sont pas habillés; vos rapports ne sont que du papier. Ce sont des convois qui m'étaient nécessaires; il fallait les faire partir en règle, et y mettre à la tête un officier ou un commis, et alors on eût été sûr de leur arrivée.

»Vous trouverez ci-joint des lettres du préfet de la Gironde et un rapport de l'inspecteur aux revues Dufresne; vous y verrez que tout est vol et dilapidation. Mon armée est nue, et cependant elle entre en campagne. Je n'en ai pas moins dépensé beaucoup d'argent, mais c'est autant de jeté dans l'eau.»

Au ministre Dejean, directeur de l'administration de la guerre.