»Sa Majesté n'approuve pas que vous ayez mêlé votre corps avec celui du maréchal Moncey; il fallait suivre Castaños et laisser le duc de Conegliano faire le siége de Saragosse. L'Empereur ne peut comprendre comment, quand vous avez quitté le 2 Saragosse, vous n'avez pas laissé la division Dessoles au maréchal Moncey, l'exposant par là à faire un mouvement rétrograde. Enfin, ce qui est passé est passé; Sa Majesté connaît trop bien votre zèle pour vous en vouloir, elle vous mettra à même de réparer tout cela. L'Empereur a hésité de donner l'ordre à la division Dessoles et aux Polonais de retourner sur Saragosse, afin de ménager la fatigue de ses troupes. Sa Majesté a préféré faire des changements à ses projets ultérieurs. Elle vient d'ordonner au maréchal Mortier de se diriger sur Saragosse.»

L'Empereur au maréchal Lannes.

«Aranda, le 27 novembre 1808.

»Votre aide de camp est arrivé le 26, à huit heures du matin, et m'a annoncé la brillante affaire de Tudela. Je vous en fais mon compliment. Le maréchal Ney n'a pas, dans cette circonstance, rempli mon but. Arrivé le 22, à midi, à Soria, il devait, selon les ordres qu'il avait reçus, être le 23, de bonne heure, à Agreda. Mais, s'étant laissé imposer par les habitants, et ajoutant foi à un tas de bêtises qu'ils lui débitaient, croyant sur leur parole qu'il y avait 80 mille hommes de troupes de ligne, etc., il a eu peur de se compromettre, et il est resté le 23 et le 24 à Soria. Je lui ai donné l'ordre de partir sur-le-champ et de ne rien craindre. Il a dû être le 25 à Agreda. Il avait entendu votre canonnade le 23 et le 24, et il avait cru que vous aviez été battu, sans raison et sans aucun indice raisonnable. Je lui ai donné l'ordre depuis de pousser Castaños l'épée dans les reins. Je m'occupe de rappeler le corps du maréchal Victor, que j'avais envoyé du côté de l'Aragon, afin de pouvoir enfin marcher sur Madrid.»

[26]: Ces paroles sont textuellement celles de Napoléon, consignées tout au long dans le Moniteur de cette époque.

[27]: On est honteux, en lisant les Mémoires si remarquables d'ailleurs du maréchal Saint-Cyr sur sa campagne de Catalogne, des petitesses qui s'y rencontrent, à côté de vues saines et profondes. J'ai lu toute sa correspondance avec l'état-major impérial, et j'affirme qu'elle dément complétement ses assertions, sous un seul rapport, bien entendu, celui du soin qu'aurait mis l'Empereur à lui marchander les moyens, afin que les succès en Catalogne n'effaçassent point les succès en Castille. On est affligé, en vérité, de voir un esprit aussi distingué s'abaisser jusqu'à de si misérables suppositions. L'Empereur n'aimait pas le caractère insociable du maréchal Saint-Cyr, mais il rendait justice à ses qualités éminentes, et n'en était pas jaloux. On voit dans son Histoire de César qu'il était jaloux peut-être de César ou d'Alexandre, mais en fait de jalousie il ne descendait pas au-dessous.

[28]: Les dépêches de John Moore, publiées par sa famille, ne peuvent laisser aucun doute sur tous ces points.

[29]: Cette circonstance est prouvée par la correspondance des maréchaux.

[30]: Voici, en effet, ce qu'il écrivait à ce sujet au ministre de la guerre et au roi d'Espagne:

Au ministre de la guerre.