«Aranda, le 27 novembre 1808, à dix heures du matin.

»Il paraît qu'après la bataille de Tudela, l'armée d'Aragon s'est retirée dans Saragosse, et que l'armée de Castaños s'est retirée sur Tarazona, et si vous vous fussiez trouvé le 23 à Agreda, elle aurait été prise.

»Sa Majesté me charge de vous réitérer l'ordre de poursuivre Castaños; ne le quittez pas, et poursuivez-le la baïonnette dans les reins. Point de repos que votre armée n'ait aussi un morceau de l'armée de Castaños.

»N'écoutez pas les bruits du pays. On disait qu'à Tudela il y avait au delà de 80 mille hommes, et il n'y en avait pas 40 mille, y compris les paysans, et ils ont fui aussitôt qu'on a marché sur eux, abandonnant drapeaux et canons. Cette canaille n'est pas faite pour tenir devant vous, et rien en Espagne ne peut résister à vos deux divisions quand vous êtes à leur tête. Ne quittez donc pas Castaños, et ayez-en votre part. Voilà votre but.»

Le major général au maréchal Ney, par Agreda.

«Aranda, le 28 novembre 1808, à sept heures du soir.

»L'Empereur me charge de vous donner l'ordre de poursuivre Castaños l'épée dans les reins. S'il va sur Madrid, vous le suivrez. Soyez toujours sur sa piste. L'Empereur passe demain la Somo-Sierra, et son projet est de faire couper, s'il est possible, Castaños sur Guadalaxara. Mais il est essentiel que vous, monsieur le maréchal, vous le poursuiviez et que vous ne le laissiez point se jeter sur le corps français qui marche à Madrid, et qui pourrait avoir en même temps à lutter contre les efforts des Anglais, qui, suivant les nouvelles, se mettent en mouvement. Le quartier général de l'Empereur sera demain à Bocequillas, et après-demain à Buytrago. Ainsi, monsieur le duc, le but que vous avez à remplir n'est ni la défense, ni la conquête, ni l'occupation d'un territoire, mais bien de suivre, d'attaquer et de combattre l'armée de Castaños, surtout si elle se portait sur Madrid.»

Le major général au maréchal Ney, à Guadalaxara.

«Chamartin, le 8 décembre 1808.

»Les Anglais se sauvent à toutes jambes; mais nous avons été ici un moment dans une situation sérieuse. C'est une faute d'être arrivé ici trop tard, c'en est une de n'avoir pas suivi l'esprit de vos premières instructions: elles vous faisaient connaître que le maréchal Lannes attaquait l'ennemi le 23, que vous étiez destiné à couper et poursuivie Castaños, et par conséquent à vous porter rapidement sur Agreda, sans vous arrêter deux jours comme vous avez fait en pure perte à Soria.