»Le général Dejean, qui commande mille chevaux à Miranda, a eu ordre de protéger le passage des Espagnols qui sont avec vous, des parcs qui se dirigent sur Burgos, du trésor, etc.

»Napoléon.»

[25]: Nous citerons ici, sur ce fait important de la carrière de l'illustre maréchal, diverses lettres du quartier général, qui prouvent le cas que Napoléon faisait de ce grand homme de guerre, et la manière dont il jugea les motifs de son hésitation. On y verra d'abord que les instructions furent très-claires, très-positives, que les dates furent indiquées avec une grande précision; que s'il y eut de l'incertitude d'abord sur les deux routes de Soria et de Calatayud, le 21 toute incertitude avait cessé au quartier général, et qu'Agreda, route de Soria, fut indiqué. Évidemment les faux bruits recueillis à Soria firent seuls hésiter le maréchal Ney. Au surplus, on jugera mieux ce fait important par les documents originaux. Nous ajouterons que, quant au reproche adressé au maréchal Ney, d'avoir perdu son temps par jalousie pour le maréchal Lannes, il n'y a pas le moindre fondement à un tel reproche, quoiqu'il ait été souvent mérité en Espagne par nos généraux. La meilleure part du triomphe fût revenue au maréchal Ney s'il eût réussi, car c'est lui qui aurait pris Castaños. La cause véritable est celle que Napoléon assigna lui-même à la conduite du maréchal, et que j'ai indiquée dans mon récit. On peut s'en rapporter à un juge tel que Napoléon, surtout quand il ne jugeait pas sous l'impression d'un mouvement d'humeur; car, outre son infaillibilité en cette matière, il avait l'avantage d'être près des événements, il savait tous les faits, et ne se laissait influencer par aucune considération. Du reste, voici les documents jusqu'ici inédits; le lecteur prononcera lui-même en les lisant:

Le major général au maréchal Ney, à Aranda.

«Burgos, le 18 novembre 1808, à midi.

»L'Empereur ordonne que vous partiez demain avant le jour, avec vos deux divisions, toute votre artillerie, le 26e régiment de chasseurs à cheval et la brigade de cavalerie du général Beaumont, que le maréchal Bessières mettra à vos ordres, et que vous vous rendiez sur San Estevan de Gormaz, pour de là vous diriger sur Almazan ou sur Soria, à votre choix, selon les renseignements que vous recevrez. Vous intercepterez à Almazan la route de Madrid à Pampelune, et vous vous trouverez dès lors sur les derrières du général Castaños. En route, et surtout à Almazan, vous aurez les renseignements les plus précis. Si vous apprenez, ou que le général Castaños se soit retiré sur Madrid, ou qu'il se soit retiré de Calahorra ou d'Alfaro, et que sa ligne de communication avec Madrid fût celle de Saragosse par Calatayud ou Daroca, votre expédition aurait pour premier but alors de soumettre la ville de Soria, qu'il est important de réduire avant de marcher outre. À cet effet, vous vous dirigerez sur cette ville, vous la désarmerez et ferez sauter les vieilles murailles; vous y ferez arrêter les comités d'insurrection; vous formerez un gouvernement composé des plus honnêtes gens, et vous direz à la ville d'envoyer une députation au roi. Vous vous mettrez en communication avec le maréchal Lannes, qui marche avec la division Lagrange, la brigade Colbert, et tout le corps du maréchal Moncey, sur Calahorra, Alfaro et Tudela. Le maréchal Lannes se portera sur Lodosa le 21, il y sera le 22, où il se réunira au corps du maréchal Moncey, marchera sur Calahorra, et le 23 sur Tudela. Vous, monsieur le duc, vous serez le 21 au soir à Almazan, et le 22 à Soria. L'Empereur sera le 21 à Aranda. Ainsi, le 22 la gauche sera à Calahorra, le centre, que vous formez, sera à Almazan ou Soria, la droite sur Aranda.»

Le major général au maréchal Ney, à Almazan.

«Burgos, le 21 novembre 1808, à quatre heures du soir.

»Les maréchaux Lannes et Moncey attaquent, le 22, l'ennemi à Calahorra; vous devez donc continuer votre mouvement sur Agreda pour vous trouver sur les flancs de l'ennemi, et faire votre jonction avec le maréchal Lannes, si cela est nécessaire.»

Le major général au maréchal Ney, par Agreda.