Cependant les Anglais, tant de fois annoncés, paraissaient enfin. Dès l'insurrection des Asturies, et l'envoi de deux émissaires à Londres pour y faire connaître le soulèvement des Espagnes, le gouvernement anglais avait été averti de l'occasion imprévue qui s'offrait à lui de multiplier nos embarras, et de soulever contre nous les résistances les plus opiniâtres. Le ministère Canning-Castlereagh avait naturellement résolu de porter tous ses efforts vers la Péninsule, et d'y susciter dans de plus vastes proportions, et d'une manière bien autrement durable, les obstacles qu'il nous avait un moment suscités dans les Calabres. L'ordre fut envoyé à toutes les forces britanniques de terre et de mer, répandues dans la Méditerranée, le golfe de Gascogne, la Manche, la Baltique, de concourir vers cet unique but. Concentration de toutes les forces britanniques vers la Péninsule dès le commencement de l'insurrection espagnole. Des chargements d'armes, des envois d'argent, furent dirigés vers les côtes d'Espagne et de Portugal. Toutes les troupes dont l'expédition de Boulogne avait motivé l'organisation, et dont une partie venait de se signaler à Copenhague, furent destinées à opérer sur ce nouveau champ de bataille. Il était impossible en effet d'en offrir à l'Angleterre un mieux choisi, et plus commode pour elle. Avec un bon vent, on pouvait en quatre jours se transporter des côtes d'Angleterre au cap Finistère, aux baies de la Corogne et de Vigo, aux bouches du Douro ou du Tage. L'immense marine anglaise, croisant sans cesse autour de cette ceinture de côtes, pouvait toujours y approvisionner une armée de vivres et de munitions, tandis que les adversaires de cette armée sur un sol à demi sauvage, dépourvu de routes, devaient avoir la plus grande peine à se nourrir. Avantages que la péninsule présentait aux Anglais pour la guerre de terre. Les lourds et solides bataillons britanniques, débarqués dans les golfes nombreux de la Péninsule, mettant pied à terre dans des postes bien retranchés, s'avançant hardiment si l'on remportait un succès, rétrogradant promptement si l'on essuyait un revers, pour gagner cette mer qui était leur appui, leur refuge, leur dépôt de vivres et de munitions, tour à tour soutenant en cas d'offensive les agiles Espagnols contre le choc impétueux de l'armée française, ou bien les laissant en cas de retraite s'en tirer comme ils pourraient, par la dispersion ou une soumission momentanée, recommençant enfin cette manœuvre sans se lasser, jusqu'à ce que la puissance française succombât d'épuisement, les bataillons britanniques allaient faire, disons-nous, la seule guerre qui leur convînt, et qui pût leur réussir sur le continent.
Forces britanniques réunies sur les côtes de Portugal.
Première apparition sur le théâtre des guerres européennes de sir Arthur Wellesley.
Tous les ordres pour une grande expédition furent donnés avec une extrême promptitude. Cinq mille hommes sous le général Spencer, venus d'Égypte en Sicile, avaient été transportés à Gibraltar, de Gibraltar à Cadix, où les Espagnols, se faisant un scrupule de les recevoir, avaient ajourné l'acceptation de leurs services. Ces cinq mille Anglais, refusés à Cadix, avaient été débarqués aux bouches de la Guadiana, sur le territoire du Portugal, attendant le moment favorable pour agir. Dix mille hommes se trouvaient à Cork en Irlande. Première apparition sur le théâtre des guerres européennes de sir Arthur Wellesley. Ils furent immédiatement embarqués sur une flottille escortée de plusieurs vaisseaux de ligne; on leur donna pour chef un officier qui s'était déjà fait connaître dans l'Inde, et qui venait de rendre de grands services au général Cathcart devant Copenhague: c'était sir Arthur Wellesley, célèbre depuis par sa bonne fortune autant que par ses grandes qualités militaires, sous le titre de duc de Wellington. Il avait pour instructions de faire voile vers la Corogne, d'offrir aux Espagnols des Asturies et de la Galice le concours des forces anglaises, et partout enfin de s'employer contre les Français autant qu'il le pourrait. Le général Spencer avait ordre de venir se placer sous son commandement dès qu'il en serait requis. Sir Arthur Wellesley allait donc se voir à la tête de 15 mille hommes. Mais ces troupes n'étaient qu'une partie de celles qu'on destinait à la Péninsule. Cinq mille hommes sous les généraux Anstruther et Ackland se trouvaient à Ramsgate et Harwich. Des bâtiments de transport étaient déjà dirigés sur ces points d'embarquement pour les conduire auprès de sir Arthur Wellesley. Grâce à la proximité des lieux et aux vastes moyens de la marine anglaise, c'était une opération de dix à douze jours que de rassembler toutes ces forces en un même endroit. Enfin sir John Moore, revenant de la Baltique avec 11 mille hommes de troupes, devait être acheminé prochainement vers le point que les généraux anglais auraient désigné sur les côtes de la Péninsule pour y opérer une concentration générale.
Commandement provisoire attribué à sir Arthur Wellesley.
Cette force de 30 mille hommes environ une fois réunie, on n'avait pas cru pouvoir la mettre tout entière sous les ordres de sir Arthur Wellesley, trop jeune encore d âge et de renommée pour commander à une armée qui, aux yeux des Anglais, pouvait passer pour très-considérable; et on en avait attribué le commandement supérieur à sir Hew Dalrymple, gouverneur actuel de Gibraltar, lequel devait avoir au-dessous de lui sir Henri Burrard pour chef d'état-major. En attendant la réunion de toutes ces troupes, et l'arrivée de sir Hew Dalrymple, sir Arthur Wellesley devait diriger les premières opérations à la tête des 10 mille hommes partis de Cork, et des 5 mille débarqués sur le rivage des Algarves. L'amiral sir Charles Cotton, commandant les forces navales de l'Angleterre dans ces mers, avait ordre de seconder tous les mouvements des armées.
Embarquées le 12 juillet, les troupes anglaises de Cork étaient le 20 devant la Corogne, et montraient aux Espagnols, enchantés de se voir si bien soutenus, une immense flottille. La vue de cette force considérable, qui en présageait beaucoup d'autres, les avait consolés un peu de la défaite des généraux Blake et de la Cuesta à Rio-Seco, et leur avait fait concevoir de nouvelles et grandes espérances de la lutte engagée contre Napoléon. Toutefois ils n'avaient pas plus voulu que les Andalous recevoir les troupes anglaises sur leur sol, si près surtout de l'arsenal du Ferrol. Ils avaient donc accepté des armes en quantité, de l'argent pour une somme de 500 mille livres sterling (12 millions et demi de francs), mais ils avaient engagé les Anglais à tourner leurs efforts vers le Portugal, qu'il n'importait pas moins d'enlever aux Français que l'Espagne elle-même.
D'après le désir des Espagnols les forces anglaises sont dirigées sur Oporto plutôt que sur la Corogne.
Sir Arthur Wellesley s'était aussitôt transporté à Oporto, où il avait été reçu avec une joie extrême, car les commerçants portugais, ne vivant que de leurs relations commerciales avec les Anglais, sentaient à leur aspect leurs intérêts aussi satisfaits que leurs passions. Dès cet instant, l'action de l'armée britannique avait été décidément dirigée vers le Portugal. Cette résolution, qui convenait aux Espagnols, toujours ombrageux vis-à-vis de l'étranger, convenait aussi aux Anglais, lesquels devaient désirer avant tout la délivrance du Portugal; et elle servait à un même degré la cause commune, le but de la nouvelle coalition étant de chasser les Français de la Péninsule tout entière. Restait à savoir quelle partie du Portugal on choisirait pour y aborder en présence de l'armée française, sans courir la chance d'être brusquement jeté à la mer.