En conséquence le général Laborde, avec les troupes du général Margaron, dut par Leiria se porter le premier à la rencontre des Anglais, tandis que le général Loison, revenant de l'Alentejo à marches forcées, le rejoindrait par Abrantès, et que Junot lui-même irait compléter cette concentration de forces, en amenant avec lui tout ce qu'il pourrait distraire de la garde de Lisbonne.

Le général Laborde, en marche sur la route de Leiria, fut dès le 14 ou le 15 en vue des Anglais. Il attendait, avant de les aborder de près, la jonction du général Loison, qui faisait de son mieux pour arriver, mais dont les troupes étaient exténuées de fatigue et accablées par la chaleur. Le 16 août il rencontra les avant-postes ennemis, et le 17 il eut à les combattre d'une manière qui prouva quels avantages on aurait pu se ménager en laissant aux Anglais l'initiative des attaques.

Le général Laborde, vieil officier plein d'énergie et d'expérience, côtoyait les Anglais sur cette route du littoral, qui venait aboutir vers Torres-Vedras aux montagnes dont Lisbonne est entourée, et le 16 au soir il les avait joints aux environs d'Obidos. Beau combat de Roliça. Il se retirait tranquillement devant eux, attendant qu'il s'offrît une position favorable pour leur faire sentir la valeur de ses soldats, sans toutefois engager un combat décisif, qu'il ne devait pas et ne voulait pas risquer avant la concentration générale des troupes françaises. Cette position qu'il cherchait, il la trouva aux environs de Roliça, au milieu d'une plaine sablonneuse, traversée par plusieurs ruisseaux, fermée par des hauteurs sur lesquelles la grande route s'élevait en serpentant, pour redescendre ensuite au village de Zambugeiro. Le 17 au matin, l'armée anglaise suivait la division du général Laborde, forte de moins de trois mille hommes, à travers cette plaine de Roliça. Les Anglais marchaient lentement et avec ensemble, à la suite des Français alertes, résolus, nullement intimidés par leur infériorité numérique, quoiqu'ils ne fussent qu'un contre cinq, trois mille environ contre quatorze ou quinze mille. Le général Laborde ne crut pas devoir s'attacher à défendre Roliça au milieu de la plaine, car même en défendant ce point avec succès, il ne pouvait manquer d'y être bientôt enveloppé, et réduit pour n'être pas pris à en sortir avec précipitation et désordre. Il aima mieux se retirer spontanément au fond de la plaine, sur les hauteurs que la route gravissait pour descendre à Zambugeiro. Il se plaça en effet au sommet des collines le long desquelles la route s'élevait, et y attendit les Anglais avec résolution. Ceux-ci continuèrent à s'avancer. La brigade du général Nightingale marchait la première sur une seule ligne, appuyée par les brigades Hill et Fane en colonnes serrées, tandis qu'à sa gauche la brigade Crawfurd faisait un détour pour déborder les Français, et qu'à sa droite le détachement portugais en faisait un aussi pour les prévenir à Zambugeiro.

Le général Laborde, laissant les Anglais s'engager péniblement dans des ravins remplis de myrtes, de cistes, et de ces forts arbrisseaux qui naissent dans les contrées méridionales, choisit pour les attaquer le moment où ils étaient le plus empêchés par les obstacles du terrain. Il les fit fusiller d'abord par des tirailleurs adroits, puis charger vivement à la baïonnette par ses bataillons, et culbuter au pied des hauteurs. Plusieurs fois il renouvela cette manœuvre, et il blessa ainsi ou tua douze ou quinze cents hommes à l'ennemi. Il soutint ce combat quatre heures de suite, toujours manœuvrant avec un art, une précision rares, et détruisant deux ou trois fois plus de monde qu'il n'en perdait. Il ne se retira que lorsqu'il se sentit exposé à être débordé par les colonnes qui de droite et de gauche marchaient sur Zambugeiro. Plusieurs détachements essayèrent en vain de l'arrêter: il leur passa sur le corps, et arriva à Zambugeiro, ayant lui-même cinq ou six cents hommes hors de combat, mais n'abandonnant que ses morts, emmenant tous ses blessés, et laissant dans le cœur de l'ennemi une redoutable impression de ce que pouvaient les troupes françaises bien conduites, car que ne fallait-il pas craindre de leur réunion générale, lorsque moins de trois mille hommes avaient opposé une si vigoureuse résistance!

Le général Laborde se porta à Torres-Vedras, où il devait se joindre au général Loison venant d'Abrantès, au général Junot venant de Lisbonne.

Sir Arthur Wellesley avait appris par sa propre expérience, dans ce combat, ce qu'il savait d'ailleurs, qu'il avait affaire à un ennemi fort difficile à vaincre, et il était décidé à ne s'avancer qu'avec une extrême circonspection. On venait d'apercevoir en mer un nombreux convoi chargé de nouvelles troupes. C'étaient les brigades Anstruther et Ackland, embarquées récemment, et suivies d'assez près par le corps d'armée de John Moore. Ces deux brigades lui apportaient un renfort de cinq mille hommes au moins, et n'amenaient point le général en chef sir Hew Dalrymple, ce qui avait le double avantage de le rendre plus fort sans le rendre dépendant. Débarquement à Vimeiro des deux nouvelles brigades Anstruther et Ackland. Il résolut donc de s'approcher de la mer par Lourinha, afin de recueillir les deux brigades Anstruther et Ackland, et pour cela il vint prendre position sur les hauteurs de Vimeiro, qui couvrent un mouillage favorable au débarquement. Le 19 au soir il fut rejoint par la brigade Anstruther, et le 20 par la brigade Ackland. En défalquant les morts et les blessés de Roliça, ce renfort portait son armée à 18 mille hommes présents sous les armes.

Junot, réuni aux généraux Loison et Laborde, marche aux Anglais.

Le général Junot, à la nouvelle de l'approche des Anglais, s'était hâté de quitter Lisbonne avec tout ce qu'il avait de disponible, et s'était dirigé sur Torres-Vedras, où venait d'arriver le général Loison. Pour avoir voulu conserver trop de postes, bien qu'il en eût évacué beaucoup; pour avoir voulu courir sur les insurrections principales, bien qu'il eût négligé les insurrections secondaires, le général Junot ne pouvait réunir plus de 9 mille et quelques cents hommes présents sous les armes. Il fallait donc combattre, dans la proportion d'un contre deux, cette redoutable infanterie anglaise qu'amenait sir Arthur Wellesley. On avait sur elle une grande supériorité de cavalerie, arme peu utile dans les positions qui allaient servir de champ de bataille. Néanmoins neuf mille Français, conduits comme l'avaient été les trois mille du général Laborde, pouvaient, en défendant bien les positions qui sont en avant de Lisbonne, tenir tête à 18 mille Anglais, et les réduire à l'impossibilité de conquérir la capitale du Portugal, pourvu toutefois qu'on choisît son terrain aussi habilement qu'on l'avait fait à Roliça.

Les Anglais avaient à franchir le promontoire qui forme la droite du Tage, et sur le revers duquel Lisbonne est assise. Ce promontoire présente des défilés étroits, qu'il fallait traverser pour arriver à Lisbonne, et dans lesquels on aurait pu accabler les Anglais une fois qu'ils s'y seraient engagés, en leur laissant tous les inconvénients de l'offensive. Junot, emporté par son ardeur excessive, ne voulut pas les attendre dans ces passages où il aurait été possible de les battre, et résolut d'aller les chercher dans leur position pour les y forcer, et les jeter à la mer. Il arriva le 20 au soir devant les hauteurs de Vimeiro.

Position de l'armée anglaise à Vimeiro.