Le cabinet britannique se doutait bien qu'en demandant l'admission des insurgés espagnols aux conférences qui seraient ouvertes pour traiter de la paix, toute négociation deviendrait impossible; car, entre les rois Joseph et Ferdinand VII, il n'y avait pas de transaction imaginable. C'était tout ou rien, Madrid ou Valençay, pour l'un comme pour l'autre.

Embarras de MM. de Romanzoff et de Champagny relativement à la condition proposée.

Lorsque M. de Romanzoff et M. de Champagny reçurent cette réponse, qui était accompagnée d'excuses à M. de Romanzoff de ce qu'on ne répondait pas directement aux souverains eux-mêmes, mais à leurs ministres, vu que l'un des deux empereurs n'était pas reconnu par l'Angleterre, ils furent assez embarrassés. Recours à Napoléon pour la réponse à faire. Prendre sur eux de s'expliquer affirmativement ou négativement sur la condition essentielle, celle de l'admission des insurgés, leur semblait bien hardi, même en s'autorisant du conseil de M. de Talleyrand. Il fut décidé qu'on en référerait à Napoléon. En attendant on procéda envers M. Canning comme il avait procédé lui-même, et on lui adressa un simple accusé de réception, en remettant à plus tard la réponse à son message.

L'impatience de M. de Romanzoff, relativement à la possession des provinces danubiennes, calmée par le désir de réussir dans les négociations entreprises avec l'Angleterre.

Son désir est de faire durer les négociations, et il s'exprime dans ce sens en écrivant à Napoléon.

M. de Romanzoff, d'abord si pressé de conduire à leur terme les négociations avec Londres, afin de pouvoir s'approprier plus tôt les provinces du Danube; M. de Romanzoff, maintenant qu'il était à Paris, publiquement engagé dans une tentative de paix avec l'Angleterre, mettait un véritable amour-propre à la faire réussir, la convention d'Erfurt ayant bien stipulé d'ailleurs que, dans tous les cas, la Finlande, la Moldavie et la Valachie seraient assurées à la Russie. Il fut donc d'avis avec MM. de Talleyrand et de Champagny que le message anglais, en demandant la présence de tous les alliés de l'Angleterre à la négociation, y compris les insurgés espagnols, n'offrait cependant dans sa forme rien de tellement absolu qu'il fût impossible de s'entendre. Par ce motif, tous les trois écrivirent à l'Empereur, pour le supplier de faire une réponse qui permît de continuer les pourparlers, et d'arriver à une réunion de plénipotentiaires.

Nov. 1808.

Napoléon était en ce moment sur l'Èbre, tout entier à la guerre, à l'espérance d'accabler les Espagnols et les Anglais, et sous les nouvelles impressions qui le dominaient, n'attachant plus aux pourparlers avec l'Angleterre autant d'importance que d'abord. Le message de M. Canning ne lui laissait guère d'illusion, et il ne comptait que sur un grand désastre infligé à l'armée britannique, pour fléchir l'obstination du cabinet de Londres. Napoléon, tout entier aux soins de la guerre, laisse à MM. de Romanzoff, de Champagny et de Talleyrand le soin de conduire la négociation. Dès lors il était plus disposé à abandonner à d'autres la conduite de cette affaire, et il permit aux trois diplomates qui étaient à Paris de répondre comme ils l'entendraient, moyennant que les insurgés fussent formellement exclus de la négociation. Il envoya un modèle de réponse que de MM. de Champagny, de Romanzoff et de Talleyrand furent autorisés à remanier à leur gré, et qu'ils eurent soin en effet de modérer notablement.

Ce nouveau message, porté à Londres par les mêmes courriers, relevait quelques allusions blessantes du message anglais, puis admettait sans difficulté tous les alliés de l'Angleterre à la négociation, sauf les insurgés espagnols, qui n'étaient que des révoltés, ne pouvant pas représenter Ferdinand VII, puisque celui-ci était à Valençay, d'où il les désavouait et confirmait l'abdication de la couronne d'Espagne.