Déroute de la gauche et du centre des Espagnols.
Ce fut dès lors une déroute générale, car les Espagnols, culbutés par les divisions Maurice-Mathieu et Morlot des hauteurs qui entourent Tudela sur la ville même, et au milieu d'une vaste plaine d'oliviers qui s'étend au delà, s'enfuirent dans un affreux désordre, laissant beaucoup de morts et de blessés, un nombre de prisonniers plus considérable que de coutume, toute leur artillerie, ainsi qu'un immense parc de munitions et de voitures de bagages.
Poursuite des fuyards par la cavalerie.
Il était trois heures de l'après-midi. Lannes ordonna au maréchal Moncey de les poursuivre sur la route de Saragosse avec les divisions Maurice-Mathieu, Morlot et Grandjean, la cavalerie légère de Colbert, et les lanciers polonais sous les ordres du général Lefebvre-Desnoette. Cette cavalerie passant par la trouée du centre, entre Tudela et Cascante, s'élança au galop sur les fuyards par toutes les routes pratiquées à travers les champs d'oliviers qui environnent Saragosse. Lannes avec la division Musnier et les dragons fait tête à la gauche des Espagnols, qui n'est pas encore entrée en action. Lannes resta avec la division Musnier et les dragons pour tenir tête à la gauche des Espagnols, composée des troupes de la Peña qu'on voyait au loin du coté de Cascante.
Castaños, emporté par la déroute, n'avait pu rejoindre sa gauche. La Peña s'y trouvait seul avec une masse imposante d'infanterie, celle qui avait pris Dupont par derrière à Baylen, et qui avait tout l'orgueil de cette journée sans en avoir le mérite. La Peña l'amena en ligne de Cascante vers Tudela, dans une plaine où la cavalerie pouvait se déployer. Lannes lança sur elle les dragons de la brigade Dijeon, qui, par plusieurs charges répétées, la continrent en attendant la division Lagrange, laquelle n'était pas encore entrée en action. Celle-ci arriva enfin à une heure fort avancée. Le général Lagrange, la disposant en échelons très-rapprochés les uns des autres, se porta sur-le-champ à l'attaque de Cascante. Attaque vigoureuse de la division Lagrange, et déroute du seul corps espagnol gui fût resté entier. Il conduisait lui-même le 25e léger, formant le premier échelon. Ces vieux régiments de Friedland ne regardaient pas comme une difficulté d'avoir affaire aux prétendus vainqueurs de Baylen. Le 25e marcha baïonnettes baissées sur Cascante, culbuta la division de la Peña et la rejeta sur Borja, à droite de la route de Saragosse. Le général Lagrange, chargeant à la tête de sa division, reçut une balle au bras.
Retraite désordonnée des Espagnols, les uns sur Saragosse, les autres sur Calatayud.
La nuit mit fin à la bataille, qui à la droite comme à la gauche ne présentait plus qu'une immense déroute. Les Aragonais étaient rejetés sur Saragosse, les Andalous sur Borja, et par Borja sur la route de Calatayud. La retraite devait être divergente, quand même les sentiments des généraux ne les auraient pas disposés à se séparer les uns des autres après un échec commun. Cette journée nous valut environ quarante bouches à feu, trois mille prisonniers, presque tous blessés, parce que la cavalerie ne parvenait à les arrêter qu'en les sabrant, indépendamment de deux mille morts ou mourants restés sur le champ de bataille. La dispersion, ici comme à Espinosa, était toujours le résultat principal. Les jours suivants devaient nous procurer encore beaucoup de prisonniers faits comme les autres par le sabre de nos cavaliers.
Lannes, retombé malade, laisse au maréchal Moncey et au général Maurice-Mathieu le soin de poursuivre l'ennemi.
Le lendemain matin Lannes ne pouvait plus supporter la fatigue du cheval, pour avoir voulu s'y exposer trop tôt. Il chargea le maréchal Moncey de continuer la poursuite des Aragonais sur Saragosse avec les divisions Maurice-Mathieu, Morlot, Grandjean et une partie de la cavalerie. Il confia la division Lagrange, dont le chef venait d'être blessé, au brave Maurice-Mathieu, lui adjoignit la division Musnier, les dragons, les lanciers polonais, et ordonna à ces troupes, placées sous le commandement supérieur du général Maurice-Mathieu, de poursuivre Castaños l'épée dans les reins sur Calatayud et Siguenza, route de Saragosse à Madrid. Il espérait, quoiqu'il n'eût rien appris de la marche du maréchal Ney, que les Andalous le trouveraient sur leur chemin, et expieraient sous ses coups la journée de Baylen.
Motifs qui avaient retardé le maréchal Ney dans sa marche à travers la province de Soria.