Tout étant ainsi réglé sur ses ailes et ses derrières, Napoléon marcha droit sur Madrid. Il n'avait avec lui que le corps du maréchal Victor, la garde impériale, et une partie de la réserve de cavalerie, c'est-à-dire beaucoup moins de quarante mille hommes. C'était plus qu'il ne lui en fallait, devant l'ennemi qu'il avait à vaincre, pour s'ouvrir la capitale des Espagnes.

Ayant d'abord porté le maréchal Victor à gauche de la route de Madrid afin d'appuyer les derrières du maréchal Ney, il le ramena par Ayllon et Riaza sur cette route, au point même où elle commence à s'élever, pour franchir le Guadarrama. Déjà il avait envoyé Lasalle, avec la cavalerie légère, jusqu'au pied du Guadarrama. Il y envoya de plus les dragons de Lahoussaye et de Latour-Maubourg. Enfin, il y achemina la garde, dont les fusiliers sous le général Savary, qui avait pris l'habitude de les commander en Pologne, s'avancèrent jusqu'à Bocequillas, pour observer les restes du corps du marquis de Belveder réfugiés entre Sepulveda et Ségovie. Dès le 23, il était parti lui-même de Burgos pour Aranda.

Mesures prises par la junte d'Aranjuez pour couvrir la capitale.

Après la déroute de Burgos, la capitale se trouvait découverte; mais la junte d'Aranjuez ne se figurant pas encore, dans sa présomptueuse ignorance, que Napoléon pût y marcher prochainement, s'était contentée d'expédier aux gorges du Guadarrama ce qui restait de forces disponibles à Madrid. On avait donc réuni au sommet du Guadarrama, vers le col resserré qui donne passage de l'un à l'autre versant, les débris de l'armée de l'Estrémadure, et ce qui était demeuré à Madrid des divisions d'Andalousie. C'était une force d'environ 12 à 13 mille hommes, placée sous les ordres d'un habile et vaillant officier, appelé don Benito San-Juan. Celui-ci avait établi au delà du Guadarrama, au pied même du versant qu'il nous fallait aborder, et un peu à notre droite, dans la petite ville de Sepulveda, une avant-garde de trois mille hommes. Il avait ensuite distribué les neuf mille autres au col de Somo-Sierra, dans le fond de la gorge que nous avions à franchir. Une partie de son monde, postée à droite et à gauche de la route qui s'élevait en formant de nombreuses sinuosités, devait arrêter nos soldats par un double feu de mousqueterie. Précautions prises par les Espagnols pour rendre inexpugnable le col de Somo-Sierra. Les autres barraient la chaussée elle-même vers le passage le plus difficile du col, avec 16 pièces de canon en batterie. L'obstacle pouvait être considéré comme l'un des plus sérieux qu'on fût exposé à rencontrer à la guerre. Les Espagnols s'imaginaient être invincibles dans la position de Somo-Sierra, et la junte elle-même comptait assez sur la résistance qu'on y avait préparée pour ne pas quitter Aranjuez. Elle espérait d'ailleurs que Castaños, qu'elle s'obstinait à ne pas croire détruit, aurait le temps de venir par la route de Guadalaxara se placer derrière le Guadarrama, entre Somo-Sierra et Madrid, et que les Anglais, opérant un mouvement correspondant à celui de Castaños, s'empresseraient, les uns par Avila, les autres par Talavera, de couvrir la capitale des Espagnes. On vient de voir ce qu'il y avait de fondé dans de pareilles espérances.

Les ordres donnés le 26 pour la marche sur Madrid étant complétement exécutés le 29, Napoléon se rendit lui-même le 29 au pied du Guadarrama, et établit son quartier général à Bocequillas. Le général Savary avait poussé une reconnaissance sur Sepulveda, non pour disperser le corps qui s'y trouvait, mais pour connaître sa force et son intention. Après avoir fait quelques prisonniers, il s'était retiré, n'ayant pas ordre de s'avancer plus loin. Les Espagnols, surpris de conserver le terrain, avaient envoyé à Madrid la nouvelle d'un avantage considérable remporté sur la garde impériale.

Napoléon, arrivé au pied du Guadarrama, fait lui-même une reconnaissance de la position de Somo-Sierra.

Napoléon, arrivé le 29 à midi à Bocequillas, monta à cheval, s'engagea dans la gorge de Somo-Sierra, la reconnut de ses propres yeux, et arrêta toutes ses dispositions pour le lendemain matin. Il prescrivit à la division Lapisse de se porter à la droite de la chaussée, pour enlever à la pointe du jour le poste de Sepulveda, et à la division Ruffin de partir au même instant pour gravir les rampes du Guadarrama, jusqu'au col même de Somo-Sierra. Le 9e léger devait suivre de hauteur en hauteur la berge droite, le 24e de ligne la berge gauche, de manière à faire tomber les défenses établies sur les deux flancs de la route. Le 96e devait marcher en colonne sur la route même. Puis devait venir la cavalerie de la garde, et Napoléon avec son état-major. Les fusiliers de la garde étaient chargés d'appuyer ce mouvement.

LES LANCIERS POLONAIS AU COMBAT DE SOMO-SIERRA.