Le général Moore s'avance sur Sahagun à la rencontre du maréchal Soult.

Le général Moore réuni à son lieutenant sir David Baird, et comptant 29 mille hommes de bonnes troupes, avec environ 10 mille Espagnols, utiles au moins comme troupes légères, commença à s'avancer à pas de loup vers le maréchal Soult, désirant, craignant tout à la fois de le rencontrer, le désirant quand il songeait au petit nombre des soldats du maréchal, le craignant quand il songeait à la masse des Français répandus en Espagne, et à la rapidité avec laquelle Napoléon savait les mouvoir. Le 21, il se porta à Sahagun, où le général Paget enleva quelques hommes à un détachement des dragons de Lorge. (Voir la carte no 43.)

Napoléon est averti le 19 décembre, par des déserteurs, de la marche des Anglais.

Promptitude et sûreté de ses déterminations.

C'est le 19 décembre que Napoléon apprit d'une manière certaine, par des déserteurs du général Dupont, que l'armée anglaise, forte, disaient ces déserteurs, de 15 à 20 mille hommes, avait quitté Salamanque pour se rendre à Valladolid. Des rapports de cavalerie l'informèrent en même temps de la prise de quelques Anglais en avant de Ségovie, lesquels appartenaient probablement au corps qui, sous le général Hope, avait eu tant de détours à faire pour rejoindre le général Moore à Salamanque. Napoléon savait de plus avec certitude qu'un autre corps était venu par la Corogne à Astorga. Il supposait donc que l'armée anglaise pourrait s'élever à trente mille hommes, et il eut d'abord un peu de peine à s'expliquer ses mouvements, car jusque-là il l'avait crue plutôt disposée à s'enfuir en Portugal, qu'à courir sur les derrières des Français. Mais bientôt il devina la vérité en concluant de sa marche au nord qu'elle voulait changer sa ligne de retraite, et la placer sur la route de la Corogne. Son parti fut pris à l'instant avec cette promptitude de détermination et cette sûreté de coup d'œil qui ne l'abandonnaient jamais.

Loin d'être inquiet de trouver les Anglais sur sa ligne d'opération, il souhaita de les y voir engagés plus encore qu'ils ne l'étaient, pour se porter lui-même sur leurs derrières. Il prescrivit au maréchal Soult et à tous les corps qui étaient en marche sur Burgos, ou au delà, tels que la division Laborde du corps de Junot, et les dragons de Lorge, de se concentrer entre Carrion et Palencia, et d'employer le temps, non pas à marcher en avant, mais à se rallier, car il aimait mieux attirer les Anglais que les repousser. Manœuvre de Napoléon pour envelopper les Anglais. Quant à lui, par un mouvement en arrière vivement exécuté, il songea à passer le Guadarrama entre l'Escurial et Ségovie, c'est-à-dire à la droite de Madrid, et à se jeter dans le flanc des Anglais, si par bonheur ils s'engageaient assez avant dans la Vieille-Castille pour rencontrer le maréchal Soult. S'ils avaient, comme on le disait, paru à Valladolid, il était possible en s'avançant rapidement par l'Escurial sur Villa-Castin, Arevalo, et Tordesillas, de les envelopper, et de les prendre jusqu'au dernier. Mais il fallait se porter en toute hâte dans cette direction, et profiter du temps, qui était superbe encore autour de Madrid, pour exécuter cette marche décisive.

Départ du maréchal Ney pour passer le Guadarrama avec les divisions Marchand et Maurice-Mathieu.

Napoléon, informé le 19 décembre, ordonna au maréchal Ney de se mettre en route le 20 avec deux divisions, qui, outre l'avantage d'avoir ce maréchal à leur tête, étaient au nombre des meilleures de la Grande Armée. Le maréchal Ney devait être rejoint en route par les dragons de Lahoussaye, qui allaient se diriger vers lui par Avila. La division Dessoles et la division Lapisse, celle-ci empruntée au corps du maréchal Victor, devaient suivre aussi vite que le permettrait leur emplacement actuel autour de Madrid. Départ de Napoléon avec la division Dessoles, la division Lapisse et la garde impériale. Au cas où les renseignements encore incertains, d'après lesquels on avait résolu ce mouvement considérable, se confirmeraient, l'Empereur avait le projet de partir avec toute la garde impériale à pied et à cheval, et une immense réserve d'artillerie, pour joindre le maréchal Ney, et accabler les Anglais si on parvenait à les atteindre. Il emmenait ainsi une quarantaine de mille hommes; le maréchal Soult en pouvait rallier une vingtaine; c'était plus qu'il n'en fallait pour écraser les Anglais et les faire tous prisonniers en manœuvrant bien.

Forces laissées à Madrid pour la garde de cette capitale.

Napoléon confia au maréchal Victor le soin de garder Madrid et Aranjuez avec les divisions Ruffin et Villatte, plus la division allemande Leval, que le maréchal Lefebvre n'avait pas conduite avec lui à Talavera. Il lui adjoignit en outre la division des dragons Latour-Maubourg, la plus nombreuse de l'armée. Mouvement du maréchal Lefebvre pour se porter sur les derrières des Anglais. Quant au maréchal Lefebvre, qui avait à Talavera la belle division française Sébastiani, une bonne division polonaise, la cavalerie de Lasalle, et les dragons de Milhaud, c'est-à-dire 10 mille fantassins et 4 mille cavaliers excellents, il lui ordonna de partir de Talavera, où il avait eu le loisir de se reposer, de courir promptement au pont d'Almaraz sur le Tage, d'enlever ce pont à l'armée d'Estrémadure, de la repousser au delà de Truxillo, de s'en débarrasser ainsi pour long-temps, et puis de se dérober par sa droite pour se porter par Plasencia sur la route de Ciudad-Rodrigo. Il était possible en effet que si les Anglais, battus, mais non enveloppés, prenaient pour se retirer le chemin du Portugal, on réussît à leur couper la retraite par Ciudad-Rodrigo. Il y avait donc beaucoup de chances de leur fermer le retour vers la mer. Quant à l'ancienne armée de Castaños, retirée à Cuenca, le maréchal Victor avec les divisions françaises Ruffin et Villatte, avec la division allemande Leval, avec les dragons Lahoussaye, était bien assez fort pour lui interdire toute tentative, si par hasard elle songeait à en faire une. En tout cas, des instructions étaient laissées pour qu'au premier signal le maréchal Lefebvre fît un mouvement rétrograde vers Aranjuez et Madrid.