Marche des Autrichiens et des Français sur Landshut. Dans la nuit du 20 au 21, les Autrichiens affluèrent sur Landshut par cette double communication. Les Français, de leur côté, presque aussi matineux que les Autrichiens, s'y précipitèrent comme deux torrents.
Napoléon n'ayant pas quitté ses vêtements, et ayant à peine dormi quelques heures sur un siége, était à cheval dès la pointe du jour du 21, afin de diriger lui-même la poursuite sur la route de Landshut. Quoiqu'il ignorât toujours la présence de l'archiduc Charles vers Eckmühl, il avait fait de nouvelles réflexions sur ce sujet, et par suite de ces réflexions il avait détaché la division Demont, les cuirassiers Saint-Germain, les divisions bavaroises du général Deroy et du prince royal sur sa gauche, vers la grosse Laber, ne voulant pas, dans une situation aussi incertaine, laisser le maréchal Davout réduit à 24 mille hommes. Avec les 25 mille de Lannes, il continua de poursuivre les corps de Hiller et de l'archiduc Louis sur la route de Rottenbourg à Landshut, tandis que le général bavarois de Wrède les poussait par la route de Pfeffenhausen. Il comptait sur l'arrivée de Masséna à Landshut avec au moins 30 mille hommes.
Entrée des Français dans Landshut, à la suite d'une attaque de vive force. Marchant avec l'infanterie de Morand, les cuirassiers Saint-Sulpice et la cavalerie légère, il déboucha de fort bonne heure sur Landshut. À chaque pas on ramassait des fuyards, des blessés, du canon, de gros bagages. En arrivant à Altdorf au débouché des bois, d'où l'on dominait la plaine verdoyante de l'Isar et la ville de Landshut, on aperçut une confusion indicible. La cavalerie des Autrichiens se pressait vers les ponts avec leur infanterie, l'une et l'autre affluant par les deux chaussées que suivaient les corps de Hiller et de l'archiduc Louis. L'encombrement était encore augmenté par le matériel de l'armée, et notamment par un superbe train de pontons amené sur des chariots pour passer le Danube et le Rhin même, si le ciel avait favorisé cette levée de boucliers contre la France. Bessières, comme Lannes, comme l'Empereur lui-même, arrivé à l'improviste, et ayant à peine un ou deux aides de camp à sa disposition, conduisait les cuirassiers Saint-Sulpice, les chasseurs de Jacquinot, et le 13e léger de la division Morand. En apercevant le spectacle qui s'offrait à lui, il fit charger par ses chasseurs la cavalerie autrichienne. Celle-ci, malgré le désordre, l'encombrement, le terrain, qui était marécageux et glissant, se défendit avec valeur. Mais les cuirassiers français, la chargeant en masse, l'obligèrent à se replier. Alors les généraux autrichiens se hâtèrent de lui faire passer les ponts, en avant desquels ils nous opposèrent leur infanterie, pour donner aux bagages le temps de défiler. Ils placèrent les grenadiers d'Aspre dans Landshut même, et surtout dans des quartiers élevés de la ville. Mais la division Morand arriva bientôt tout entière. Le 13e léger et le 17e de ligne abordèrent l'infanterie autrichienne, tandis que la cavalerie française la chargeait de nouveau. Elle ne put résister à ces attaques réitérées, et fut obligée de se replier en toute hâte sur les ponts de Landshut pour les repasser à temps. Elle les repassa en effet, laissant dans les prairies beaucoup de prisonniers, une quantité considérable de voitures d'artillerie, et le train de pontons dont il vient d'être parlé. Le 13e et un bataillon du 17e se jetèrent dans le faubourg de Seligenthal, qu'ils enlevèrent sous la plus vive fusillade. Il restait à franchir le grand pont construit sur le principal bras de l'Isar. Les Autrichiens y avaient mis le feu. Le général Mouton, aide de camp de l'Empereur, à la tête des grenadiers du 17e, qu'il animait du geste et de la voix, les conduisit l'épée à la main sur le pont en flammes, le traversa sous une grêle de balles, et gravit avec eux les rues escarpées de Landshut situées sur l'autre rive de l'Isar. En ce moment arrivait Masséna avec les divisions Molitor et Boudet, avec l'une des deux divisions d'Oudinot, et la cavalerie légère du général Marulaz, trop tard pour empêcher la retraite des Autrichiens, mais assez tôt pour la précipiter. À la vue de cette réunion accablante de forces les Autrichiens évacuèrent Landshut, en nous abandonnant, outre un matériel immense, 6 à 7 mille prisonniers et quelques morts ou blessés. Leur ligne d'opération leur était donc ravie, et ils avaient perdu avec elle tout ce qu'on perd de richesses militaires quand on se laisse enlever la principale route par laquelle on a marché à l'ennemi.
Combat de Schierling livré par le maréchal Davout aux troupes de l'archiduc Charles. Tandis que Napoléon exécutait cette poursuite triomphante avec son centre accru d'une partie des forces de Masséna, le canon se faisait entendre à sa gauche du côté du maréchal Davout, auquel il avait ordonné de pousser ce qui était devant lui, et qui venait de rencontrer encore une fois les masses de l'archiduc Charles. La canonnade, en effet, était des plus retentissantes, quoiqu'on fût à huit ou neuf lieues de Landshut, et elle avait de quoi inquiéter Napoléon, qui, tout en croyant poursuivre le gros de l'armée autrichienne, n'était pas bien assuré de n'en avoir pas laissé à combattre une forte partie au maréchal Davout. Celui-ci n'aurait-il eu affaire qu'à l'armée de Bohême, que c'était déjà beaucoup pour les deux divisions dont il pouvait disposer. Voici du reste ce qui lui était arrivé.
Ayant reçu la veille au soir, comme on l'a vu, l'ordre de balayer en quelque sorte les faibles troupes qu'on supposait être restées sur la Laber après la bataille d'Abensberg, il s'était mis en mouvement dès le matin, au moment même où Napoléon marchait sur Landshut. Les deux divisions Saint-Hilaire et Friant, après s'être reposées le 20 du combat du 19, avaient quitté Tengen le 21 à cinq heures du matin, suivant les corps de Hohenzollern et de Rosenberg, qui allaient prendre les positions que l'archiduc Charles leur avait assignées sur le penchant des hauteurs, entre la vallée de la grosse Laber et la plaine de Ratisbonne. L'avant-garde de nos deux divisions, en débouchant du vallon de Tengen dans la vallée de la grosse Laber, rencontra l'arrière-garde des Autrichiens sur un plateau boisé entre Schneidart et Päring. (Voir la carte no 47.) Les tirailleurs du 10e se répandirent en avant pour repousser ceux de l'ennemi, tandis que nos hussards chargeaient sa cavalerie légère. On força les Autrichiens de rétrograder, et bientôt une batterie attelée, amenée au galop, les couvrit de mitraille, et les obligea de se retirer en toute hâte. Les corps de Rosenberg et de Hohenzollern, craignant d'avoir affaire à une partie considérable de l'armée française, crurent devoir se replier immédiatement, pour ne perdre ni le temps, ni le moyen d'occuper les postes qui leur étaient désignés sur la chaussée de Landshut à Ratisbonne, à droite et à gauche d'Eckmühl. Nos deux divisions s'avancèrent donc, celle de Saint-Hilaire à droite côtoyant les bords de la grosse Laber, celle de Friant à gauche longeant le pied des hauteurs boisées qui forment l'un des côtés de la vallée. La division Friant, en longeant ces hauteurs remplies des tirailleurs de Rosenberg, avait beaucoup plus de peine que la division Saint-Hilaire en parcourant le vallon ouvert de la grosse Laber. Le général Friant, voulant se débarrasser de ces tirailleurs, fit sortir des régiments une masse considérable de voltigeurs, lesquels, conduits par le brave capitaine du génie Henratz, délogèrent les Autrichiens et firent évacuer les bois qui menaçaient notre gauche. On continua de marcher ainsi, Friant le long des coteaux, Saint-Hilaire au bord de la rivière. En avançant, deux villages se présentèrent, celui de Päring au pied des rochers, celui de Schierling au bord de l'eau. Il fallait les emporter l'un et l'autre. Tandis que nos tirailleurs pénétraient dans les bois, le général Friant poussa le 48e sur le village de Päring. Au moment où il donnait ses ordres avec sa résolution et son habileté accoutumées, ayant à ses côtés le maréchal Davout, un boulet renversa son cheval. Remonté aussitôt sur un autre, il fit enlever sous ses yeux le village de Päring à la baïonnette, et y recueillit 400 prisonniers. Au même instant le général Saint-Hilaire, dirigeant une semblable attaque sur le village de Schierling, le fit enlever avec une égale vigueur, et y prit aussi quelques centaines d'hommes. On aperçut alors les Bavarois, la division Demont, les cuirassiers Saint-Germain, arrivant du côté de Landshut, par les ordres fort prévoyants de Napoléon. On se hâta de rétablir les ponts de la grosse Laber pour communiquer avec ces utiles renforts. Il était midi, et c'était l'heure même où Napoléon venait d'entrer dans Landshut.
Pendant que Friant et Saint-Hilaire s'avançaient ainsi, les corps de Rosenberg et de Hohenzollern étaient allés prendre position sur les hauteurs qui bordent la grosse Laber, au point même où la chaussée transversale de Landshut à Ratisbonne coupe ces hauteurs. Cette chaussée, franchissant ici la grosse Laber devant le château d'Eckmühl, s'élevait en formant des rampes à travers les bois, et débouchait ensuite par Egglofsheim dans la plaine de Ratisbonne. (Voir les cartes nos 46 et 47.) À gauche de cette chaussée, au-dessus d'Eckmühl, se trouvaient deux villages, ceux d'Ober-Leuchling et d'Unter-Leuchling, appuyés l'un à l'autre, et dominant un petit ravin qui débouche dans la grosse Laber. Le corps de Rosenberg était venu s'établir dans ces deux villages. Le corps de Hohenzollern, ayant une avant-garde au delà de la grosse Laber dans la direction de Landshut, était accumulé sur la chaussée même, le long des rampes qui s'élèvent au-dessus d'Eckmühl. On le voyait très-distinctement dans cette forte position, barrant la route qu'il était chargé de défendre.
Le maréchal Davout s'approcha et vint se déployer en face des Autrichiens, à portée de canon, ayant Friant à gauche, devant les villages d'Ober et d'Unter-Leuchling, Saint-Hilaire et les Bavarois à droite, dans les terrains bas que baigne la grosse Laber. Tandis qu'on se déployait devant cette position, une colonne de Hongrois s'avança comme pour faire une sortie contre nous. Le maréchal Davout, placé à la tête de son avant-garde, avait sous la main une batterie attelée. Il la fit tirer sur-le-champ avec tant d'à-propos que la colonne autrichienne, renversée sous un flot de mitraille, se replia en désordre sur la position d'où elle avait voulu déboucher. On s'établit alors en face des Autrichiens à petite portée de canon, et on commença à échanger avec eux une effroyable canonnade. Cette canonnade dura plusieurs heures sans résultat, car les Autrichiens, n'ayant d'autre mission que celle de couvrir les approches de la plaine de Ratisbonne, n'étaient pas gens à prendre l'offensive; et de son côté le maréchal Davout, se doutant qu'il avait devant lui des forces considérables, probablement l'archiduc lui-même à la tête de sa principale armée, ne voulait pas engager une bataille décisive sans les ordres de l'Empereur, et sans des moyens suffisants. Il se contenta donc de régulariser sa position, de la rendre sûre pour la nuit, commode pour l'attaque du lendemain, si, comme il en était persuadé, Napoléon ordonnait l'offensive avec des moyens proportionnés à la difficulté. À la nuit, il fit cesser un feu inutile; et les Autrichiens se hâtèrent de suivre cet exemple pour prendre un repos dont ils avaient grand besoin. Le général Friant s'établit en face d'Ober-Leuchling, la gauche appuyée aux sommets boisés qui nous séparaient de la plaine de Ratisbonne. Le général Saint-Hilaire, appuyant légèrement à gauche, s'établit devant Unter-Leuchling, séparé des Autrichiens par le petit ravin qui allait se jeter dans la grosse Laber. Les Bavarois et la cavalerie s'étendirent dans la plaine au bord de la rivière. Cette journée, mêlée de combats d'arrière-garde, d'enlèvements de diverses positions, et d'une longue canonnade, avait encore coûté 1,100 hommes à la division Friant, 300 à la division Saint-Hilaire, total 1,400, et au moins 3 mille aux Autrichiens. En y joignant pour la prise de Landshut 300 hommes de notre côté, 7 mille environ du côté des Autrichiens, c'était, dans cette journée du 21 avril, 1,700 pour nous, 10 mille pour les Autrichiens, en morts, blessés ou prisonniers. Les hommes que cette suite de revers décourageait, et portait à se débander, étaient aussi très-nombreux du côté de l'ennemi.
Premières dispositions de Napoléon en apprenant le combat de Leuchling, et la présence de forces considérables du côté d'Eckmühl. La journée finie, le maréchal Davout envoya sur-le-champ le général Piré à l'Empereur pour le renseigner exactement sur ce qui s'était passé, et lui mander ce qu'on apercevait de la position et de la force des Autrichiens, dans ce dédale de bois, de rivières, compris entre Landshut et Ratisbonne. L'Empereur, soucieux de la canonnade entendue sur sa gauche vers Eckmühl, ne s'était pas couché, afin de recevoir les avis qui ne pouvaient manquer de lui parvenir de toutes parts. Avec sa prodigieuse pénétration, il avait déjà découvert en partie l'état des choses, et il commençait à ne plus douter de la position prise par l'ennemi. En effet, Masséna venant d'Augsbourg par Pfaffenhofen sur Landshut, n'avait rencontré qu'un corps de quelques mille flanqueurs, qu'il avait poussé devant lui, et jeté en désordre au delà de l'Isar. Les masses de l'archiduc Louis et du général Hiller, qu'on avait poursuivies à travers la ville de Landshut, ne dénotaient ni par leur nombre, ni par aucun autre signe, la présence de l'armée principale. Le dernier combat du maréchal Davout, dont la nouvelle venait d'arriver dans la nuit, achevait d'éclaircir cette situation. Napoléon entrevoyait clairement qu'il avait sur sa gauche, le long de la chaussée de Landshut à Ratisbonne par Eckmühl, ou l'archiduc Charles lui-même avec la masse principale de ses forces, ou tout au moins l'armée de Bohême, transportée par le pont de Ratisbonne de la gauche à la droite du Danube. Dans le premier cas, il fallait se porter à Eckmühl avec toutes ses forces; dans le second, il fallait renforcer considérablement le maréchal Davout. Les esprits fermes mettent dans leurs résolutions toute la décision de leurs pensées. Napoléon, sur ce qu'il apprit du combat de Leuchling, fit partir à deux heures après minuit les cuirassiers Saint-Sulpice et les Wurtembergeois sous le général Vandamme, les uns et les autres restés un peu en arrière de Landshut, et ayant par conséquent moins de chemin à faire pour rétrograder vers Eckmühl. Il renvoya sur-le-champ le général Piré au maréchal Davout avec l'annonce de ce renfort, et la promesse de renforts plus considérables lorsque la situation serait définitivement éclaircie.
En effet, les indices qui pour tout autre que lui auraient été chose confuse, se multipliaient d'instant en instant, et achevaient de former sa conviction[16]. Entre autres il lui en arriva un qui dissipa tous ses doutes, c'était la prise de Ratisbonne par l'armée autrichienne. On se souvient que Napoléon avait ordonné au maréchal Davout de laisser à Ratisbonne un régiment pour garder cette ville, ce qui eût été une faute, un régiment ne pouvant y suffire, s'il n'avait été urgent de marcher vers Abensberg avec la plus grande masse possible de forces. Le maréchal Davout avait donc laissé le 65e, excellent régiment, commandé par le colonel Coutard, avec ordre, comme nous l'avons dit, de barricader les portes et les rues de la ville, car Ratisbonne n'avait qu'une simple chemise pour toute fortification, et de s'y défendre à outrance. Le colonel Coutard avait eu affaire le 19 à l'armée de Bohême, et lui avait résisté à coups de fusil avec une extrême vigueur, si bien qu'il avait abattu plus de 800 hommes à l'ennemi. Mais le lendemain 20, il avait vu paraître sur la rive droite l'armée de l'archiduc Charles venant de Landshut, et il s'était trouvé sans cartouches, ayant usé toutes les siennes dans le combat de la veille. Le maréchal Davout averti lui avait envoyé par la route d'Abach deux caissons de munitions conduits par son brave aide de camp Trobriant, lesquels avaient été pris sans qu'il pût entrer un seul paquet de cartouches dans Ratisbonne. Le colonel Coutard, pressé entre deux armées, n'ayant plus un coup de fusil à tirer, et ne pouvant du haut des murs ou des rues barricadées se défendre avec ses baïonnettes, avait été contraint de se rendre. L'archiduc Charles était donc maître de Ratisbonne, des deux rives du Danube, et du point de jonction avec les troupes de Bohême, ce qui le dédommageait en partie d'avoir été séparé de l'archiduc Louis et du général Hiller, mais ce qui ne le dédommageait ni des vingt-quatre mille hommes déjà perdus en trois jours, ni de sa ligne d'opération enlevée, ni surtout de l'ascendant moral détruit en entier et passé complétement du côté de son adversaire. Dès que Napoléon eut appris la mésaventure du 65e, il fut à la fois plein du désir de le venger, et convaincu que l'archiduc Charles était à sa gauche, entre Landshut et Ratisbonne, puisque le 65e avait été pris entre deux armées; que le maréchal Davout avait devant lui à Eckmühl la plus grande partie des forces autrichiennes, et qu'il fallait à l'instant même se rabattre à gauche, avec tout ce dont on pourrait disposer, pour appuyer le maréchal Davout et accabler l'archiduc Charles. La nouvelle de la prise de Ratisbonne achève d'éclairer Napoléon et le décide à marcher sur Eckmühl avec toutes ses forces. Napoléon avait expédié dans la nuit, comme on vient de le voir, le général Saint-Sulpice avec quatre régiments de cuirassiers, le général Vandamme avec les Wurtembergeois. Il fit partir immédiatement le maréchal Lannes avec les six régiments de cuirassiers du général Nansouty, avec les deux belles divisions des généraux Morand et Gudin, lui ordonnant de marcher toute la nuit, de manière à être rendu à Eckmühl vers midi, et à pouvoir donner une heure de repos aux troupes avant de combattre. Napoléon ne faisant rien à demi, parce qu'il ne saisissait pas la vérité à demi, voulut faire plus encore, il voulut partir lui-même avec le maréchal Masséna et les trois divisions que commandait ce maréchal. Il y joignit de plus la superbe division des cuirassiers du général Espagne. Le maréchal Davout avec les divisions Friant et Saint-Hilaire fort réduites par les combats du 19 et du 21, avec les Bavarois et la division Demont, comptait 32 ou 34 mille hommes. Les généraux Vandamme et Saint-Sulpice lui en amenaient 13 ou 14 mille. Le maréchal Lannes avec les divisions Morand et Gudin, avec les cuirassiers Nansouty, lui en amenait 25 mille, ce qui formait un total de 72 mille hommes. Napoléon, suivi du maréchal Masséna et des cuirassiers d'Espagne, allait porter à 90 mille le total des combattants devant Eckmühl. C'était plus qu'il n'en fallait pour accabler l'archiduc Charles, fût-il déjà réuni à l'armée de Bohême. Napoléon fit dire au maréchal Davout qu'il arriverait avec toutes ses forces entre midi et une heure, qu'il signalerait sa présence par plusieurs salves d'artillerie, et qu'il faudrait à ce signal attaquer sur-le-champ.
Avant de partir de sa personne, Napoléon prit encore quelques dispositions. Il donna au maréchal Bessières, chargé de poursuivre au delà de l'Isar les deux corps de Hiller et de l'archiduc Louis, outre la cavalerie légère de Marulaz et une portion de la cavalerie allemande, la division bavaroise de Wrède, et la belle division française Molitor. Il ne borna pas là ses précautions. La division Boudet, l'une des quatre de Masséna, et la division Tharreau, la seconde d'Oudinot, restaient disponibles. Napoléon les échelonna entre le Danube et l'Isar, de Neustadt à Landshut, pour veiller à tout ce qui pourrait survenir entre les deux fleuves, et se porter ou à Neustadt sur le Danube, si une partie de l'armée de Bohême essayait de menacer notre ligne d'opération, ou à Landshut sur l'Isar, si l'archiduc Louis et le général Hiller, séparés du généralissime, voulaient réparer leur échec par un retour offensif contre le maréchal Bessières.