Signature de l'armistice de Znaïm le 12 juillet. L'armistice fut signé à Znaïm le 11 à minuit, et dut porter la date du 12 juillet. Napoléon, après avoir reçu les compliments de l'archiduc Charles et lui avoir fait porter les siens, après s'être fait promettre par le vaillant prince Jean de Liechtenstein qu'on imposerait silence en Autriche au parti de la guerre, et qu'on enverrait promptement des négociateurs à Vienne, partit pour Schœnbrunn, afin d'employer toutes ses ressources soit pour avoir la paix soit pour terminer la guerre par un dernier effort, court et décisif. Retour de Napoléon à Schœnbrunn, et ses efforts pour renforcer ses armées pendant l'armistice. On pouvait dans le courant du mois d'août, avoir ou fini de négocier, ou réuni tous les moyens de recommencer en septembre une dernière campagne, qui mettrait fin à l'existence de la maison d'Autriche. Napoléon ordonna donc de nouveaux préparatifs, comme s'il n'avait rien fait encore, et comme s'il avait eu, non pas des victoires à exploiter diplomatiquement, mais des échecs à réparer.
Distribution et campement des troupes pendant la durée de l'armistice de Znaïm. D'abord il répartit ses troupes entre Vienne et le cercle tracé par l'armistice, de manière à y vivre largement, et à pouvoir se concentrer rapidement sur l'un des points quelconques de ce cercle. Il plaça le général Marmont à Krems, ce qui devait le ramener en Carinthie par Saint-Polten, quand il faudrait rentrer en Dalmatie; le maréchal Masséna à Znaïm, pays qu'il venait de conquérir; le maréchal Davout à Brünn, point vers lequel il se dirigeait; les Saxons entre Marchegg et Presbourg, ligne où ils étaient déjà; le prince Eugène sur la Raab, où il avait été victorieux. Le général Grenier devait aussi occuper la Raab; le général Macdonald, Grätz et Laybach. Le général Oudinot, avec son corps et la jeune garde, dut s'établir dans la plaine de Vienne. La vieille garde vint bivouaquer dans la belle résidence de Schœnbrunn. Comme l'un des avantages de l'armistice était de pouvoir employer juillet et août à la soumission du Tyrol, les Bavarois furent reportés en entier vers le Tyrol allemand, tandis que les troupes italiennes du prince Eugène marchèrent sur le Tyrol italien. De nouvelles forces furent envoyées dans le Vorarlberg et la Franconie.
Napoléon sachant qu'il avait beaucoup de jeunes soldats dans les cadres, craignant pour leur santé le séjour des villes, pour leur esprit militaire le repos d'un armistice, ordonna de les camper sous des baraques. La saison, le pays, tout était beau. Le vin, la viande, le pain abondaient. Les contributions levées sur les provinces autrichiennes, et payables soit en papier, soit en denrées, étaient un moyen d'acquitter la valeur de tout ce qu'on prendrait, sans ruiner personne, en pesant seulement sur les finances de l'État. La solde fut mise au courant, et des ateliers furent établis à Vienne, à Lintz, à Znaïm, à Brünn, à Presbourg, à Grätz, pour confectionner des habits, des souliers, du linge, du harnachement, toujours en payant les matières premières et la main-d'œuvre. Soins de Napoléon pour nourrir, équiper et organiser l'armée pendant les mois de juillet et d'août. En un mois l'armée nourrie, vêtue, reposée, instruite, devait reparaître florissante et terrible. Ce n'était pas tout: il fallait la rendre aussi nombreuse qu'elle serait disciplinée et bien pourvue. En vertu des ordres qu'il avait expédiés en juin, Napoléon allait recevoir, dès les premiers jours de juillet, 30 mille hommes de renfort, tous partis déjà de Strasbourg. C'était plus que les pertes de la campagne, surtout après la rentrée dans les rangs des petits blessés, qualification réservée à tous ceux dont on espérait la guérison sous trois ou quatre semaines. Il donna de nouveaux ordres pour ajouter au moins 50 mille hommes aux 30 mille qui lui arrivaient, ce qui devait porter à 250 mille Français, et à 50 mille alliés, l'armée agissante au centre de la monarchie autrichienne. C'était une force double de celle que pouvait réunir l'Autriche, dans l'hypothèse la plus favorable. Renvoi des cadres des quatrièmes bataillons à la frontière, pour y chercher les conscrits déjà formés. Pour y parvenir Napoléon imagina un moyen singulièrement propre à faciliter le recrutement des corps. À l'armée, par suite des pertes, les cadres étaient loin d'être remplis, tandis que dans les dépôts il y avait abondance de conscrits, au delà même de ce que les cadres pouvaient contenir, de manière que, très-ordinairement, on manquait de soldats à l'extérieur, et de cadres dans l'intérieur. Napoléon fit verser tous les soldats de la division Puthod, qui comprenait les quatrièmes bataillons du corps du maréchal Davout, dans les trois premiers bataillons de ce corps, ce qui devait les reporter à un effectif considérable, surtout après la rentrée des petits blessés. Il en fit de même pour l'ancienne division Barbou de l'armée d'Italie, laquelle contenait les troisièmes et quatrièmes bataillons du corps de Marmont. Elle eut ordre de verser ses soldats dans le corps du général Marmont, qui se trouva reporté de même à un effectif très-élevé. Les quatrièmes bataillons composant le corps du général Oudinot appartenaient à plusieurs des régiments du maréchal Masséna. Ils fournirent leurs soldats à ces régiments, et restèrent vides comme ceux des divisions Puthod et Barbou. Après avoir vidé ces cadres, par le versement de leurs soldats dans les corps dont ils dépendaient, Napoléon les expédia aussitôt sur Strasbourg, afin d'aller y chercher des conscrits tout formés, et de revenir ensuite prendre rang dans l'armée active. Ils devaient, chemin faisant, rendre un autre service, c'était de conduire à Strasbourg vingt mille prisonniers, qu'on avait déposés dans l'île de Lobau, et qu'on ne voulait pas y laisser, dans le cas, qu'il fallait prévoir, d'un renouvellement d'hostilités.
Napoléon, comme nous l'avons dit bien des fois, avait créé des demi-brigades provisoires, avec les cinquièmes et quatrièmes bataillons de certains régiments plus avancés que les autres dans leur organisation. Il fit dissoudre onze de ces demi-brigades, comprenant au moins 20 mille hommes, lesquels eurent ordre de se rendre à Strasbourg, où les cadres des quatrièmes bataillons devaient les recevoir. Il fit une nouvelle revue des dépôts qui ne s'étaient pas épuisés pour former des demi-brigades, et leur demanda à tous des bataillons de marche, distingués entre eux par les numéros des divisions militaires auxquelles ils appartiendraient. Transports des recrues sur le Danube de Ratisbonne à Vienne. Une fois arrivés à Ratisbonne, ils auraient en quelque sorte achevé leur voyage, car des moyens de transport étaient préparés dans cette ville pour les conduire à Vienne par le Danube. Napoléon exigea en outre une dizaine de mille hommes de l'Italie. Quant à la cavalerie il n'avait presque pas d'hommes à demander, car, suivant l'usage, il avait perdu peu de cavaliers et beaucoup de chevaux. Pour réparer ces pertes il établit de nouveaux marchés de chevaux à Passau, à Lintz, à Vienne, à Raab. Enfin, satisfait du service de l'artillerie, il voulut la renforcer encore, et de 550 bouches à feu la porter à 700, non pas en augmentant l'artillerie des régiments, ce qui était un retour à d'anciennes coutumes peu justifié jusqu'ici, mais en augmentant l'artillerie des corps, et particulièrement celle de la garde impériale. Nouvelle augmentation de l'artillerie. Cette artillerie de la garde avait admirablement servi à Wagram, où elle comptait 60 pièces. Il décida qu'elle serait portée à 120. Dix-huit compagnies d'artillerie tirées des dépôts, et en particulier des dépôts d'Italie, fournirent le personnel de cette augmentation. Le matériel en fut tiré de Strasbourg et des places fortes d'Italie. Tous les calibres furent élevés. L'artillerie de marine dut remplacer l'artillerie de terre dans la garde des côtes, et les compagnies des côtes remplacer au dépôt des régiments les compagnies envoyées à l'armée active.
C'est ainsi que dans le courant du mois d'août 50 mille hommes allaient suivre les 30 mille qui étaient actuellement en marche vers les camps de l'armée d'Allemagne. Les travaux de défense à Raab, Vienne, Mölk, Lintz, Passau furent poussés avec une nouvelle activité. Les blessés furent divisés en trois catégories: les amputés furent expédiés sur Strasbourg; les hommes gravement atteints furent répartis entre Mölk, Lintz, Passau, de manière qu'ils pussent rejoindre leurs régiments dans deux ou trois mois. Les petits blessés furent dirigés sur chaque camp. De la sorte aucun embarras ne gênerait les mouvements de l'armée, si elle reprenait les hostilités. Tandis que tout se préparait pour la renforcer, elle devait faire succéder à ses moments de repos des exercices fréquents, mener ainsi une vie mêlée d'activité, de jouissances et de loisirs, car il régnait une abondance générale dans les camps. Afin de donner à tous l'exemple du dévouement, la jeune garde eut ordre de camper sous Vienne avec ses officiers, jusqu'au grade de colonel. Fusiliers, tirailleurs, conscrits, au nombre de huit régiments, furent baraqués entre Vienne et Wagram. Les grenadiers et chasseurs de la vieille garde, qui n'avaient rien à apprendre, furent seuls dispensés de cette tâche, et vécurent dans la paisible retraite de Schœnbrunn autour du maître qu'ils aimaient et dont ils étaient aimés.
LE MARÉCHAL MACDONALD.
Récompenses décernées aux généraux, officiers et soldats, à la fin de la campagne de 1809. À tant de travaux se joignirent les récompenses, en commençant comme d'usage par les chefs de l'armée. Le général Oudinot qui avait bien remplacé le maréchal Lannes à la tête du deuxième corps, le général Marmont qui avait fait du fond de la Dalmatie jusqu'au milieu de la Moravie une marche hardie et prudente, le général Macdonald qui avait montré dans toute la campagne d'Italie une profonde expérience de la guerre, et à Wagram la plus rare intrépidité, furent nommés maréchaux. Des gratifications furent accordées aux corps, et surtout aux blessés. Un acte de sévérité vint se mêler à ces actes de gratitude et de munificence. Le maréchal Bernadotte, qui, par sa faute ou celle de son corps, n'avait pas su garder le poste qui lui était assigné entre Wagram et Aderklaa, n'en avait pas moins publié un ordre du jour adressé aux Saxons, dans lequel il les remerciait de leur conduite dans les journées des 5 et 6 juillet, et leur attribuait pour ainsi dire le gain de la bataille. Cette manière de distribuer à lui-même et à ses soldats des louanges qu'il aurait dû attendre de Napoléon, blessa vivement celui-ci, parce qu'elle blessait l'armée tout entière et ses chefs. Napoléon rédigea, pour l'en punir, un ordre du jour des plus sévères, qui fut communiqué circulairement aux maréchaux seuls, mais qui était suffisant pour réprimer un tel emportement de vanité, car adressé à des rivaux il n'était pas probable qu'il restât secret[45]. Enfin Napoléon alla lui-même visiter ses camps de la Haute-Autriche, de la Moravie et de la Hongrie, sachant que par cette vigilance menaçante il assurait mieux la conclusion de la paix, que par tous les efforts de ses négociateurs. Réunion des plénipotentiaires à Altenbourg, pour la négociation de la paix. La ville d'Altenbourg venait d'être désignée pour les réunir. C'est ainsi que cet infatigable génie employait le temps de l'armistice de Znaïm, infatigable génie, disons-nous, qui comprenait tout, excepté cette vérité si simple, que le monde n'était pas aussi infatigable que lui.
FIN DU LIVRE TRENTE-CINQUIÈME ET DU DIXIÈME VOLUME.