[2]: Parmi ces correspondants se trouvaient MM. Fiévée, de Montlosier, madame de Genlis, qui n'écrivaient pas pour dénoncer, mais pour dire leur opinion sur ce qu'ils voyaient, et sur ce qui se passait tous les jours sous leurs yeux. Les correspondances de M. Fiévée ont été imprimées, et prouvent que Napoléon se laissait dire beaucoup de choses, et des plus hardies.

[3]: Le véridique et honnête duc de Gaëte, témoin oculaire de cette scène, me l'a racontée avec les moindres détails quelques jours avant sa mort.

[4]: Nous citons cette lettre extraordinaire, qui est du nombre de celles qu'il écrivit lorsqu'il commençait à ordonner en Espagne même ses premiers préparatifs.

Au ministre de la police.

«Benavente, le 31 décembre 1808.

»Je suis instruit que des familles d'émigrés soustraient leurs enfants à la conscription, et les retiennent dans une fâcheuse et coupable oisiveté. Il est de fait que les familles anciennes et riches qui ne sont pas dans le système sont évidemment contre. Je désire que vous fassiez dresser une liste de dix de ces principales familles par département, et de cinquante pour Paris, en faisant connaître l'âge, la fortune, et la qualité de chaque membre. Mon intention est de prendre un décret pour envoyer à l'école militaire de Saint-Cyr les jeunes gens appartenant à ces familles, âgés de plus de seize ans et de moins de dix-huit. Si l'on fait quelque objection, il n'y a pas d'autre réponse à faire sinon que cela est mon bon plaisir. La génération future ne doit point souffrir des haines et des petites passions de la génération présente. Si vous demandez aux préfets des renseignements, faites-le dans ce sens.»

[5]: Ceci pourra paraître obscur aux lecteurs qui ne se rappellent pas ce qui a été dit dans les volumes précédents, ou qui sont étrangers à la connaissance des finances. Ils se demanderont comment les receveurs peuvent avoir à verser des fonds qu'ils ne doivent pas encore. Voici l'explication de cette apparente singularité. Les contributions directes, qui constituent en France la principale branche du revenu public, sont dues par mois, c'est-à-dire par douzièmes. Or certains contribuables payent six mois, un an à l'avance, tandis que d'autres demeurent en retard. Les receveurs de l'État balancent l'arriéré des uns par les avances des autres, et de plus on les intéresse à l'exactitude des rentrées en leur donnant à eux-mêmes, sous le nom de bonifications, deux ou trois mois de délai, ce qui constitue pour eux une jouissance d'intérêts. C'est ce qui explique comment ils pouvaient avoir en caisse des fonds qu'ils ne devaient pas encore. Ce sont ces fonds qu'ils furent obligés de verser à la caisse des services, moyennant l'intérêt jusqu'au jour où ils les devraient.

[6]: La mission du prince de Schwarzenberg, qui eut à cette époque une grande importance, fut entièrement connue du cabinet français par les confidences de l'empereur Alexandre à M. de Caulaincourt.

[7]: Ceux qui ont dépeint Alexandre comme toujours faux avec Napoléon se sont trompés autant que ceux qui l'ont représenté comme toujours sincère. Il fut sincère tant que durèrent son engouement et la fortune prodigieuse de Napoléon. Il le fut moins quand à la conquête de l'empire turc succéda dans ses rêves la conquête de la Valachie et de la Moldavie, quand surtout Napoléon lui apparut moins irrésistible et moins constamment heureux. Le calcul remplaça alors l'enthousiasme pour faire place plus tard à un sentiment pire encore. Mais, il faut l'avouer, Napoléon s'était attiré ce changement, et il est difficile de prononcer une condamnation morale contre l'un ou contre l'autre. Les entretiens secrets d'Alexandre avec M. de Caulaincourt, que celui-ci mettait une scrupuleuse exactitude à rapporter, révèlent ces changements successifs avec une vérité frappante, même à travers toutes les flatteries dont Alexandre accompagnait ses discours. Le changement se produisait avec une naïveté qui prouve que l'homme le plus fin (et Alexandre l'était beaucoup) a bien de la peine à cacher la vérité. Napoléon lui-même, quoique de loin, ne pouvait pas s'y tromper, et tout prouve en effet qu'il ne s'y trompa guère.

[8]: M. de Schwarzenberg se vantait d'avoir fait baisser les yeux à Alexandre lorsqu'il lui avait rappelé qu'il se rendait le complice d'une odieuse spoliation en secondant l'auteur de la guerre d'Espagne.