Travaux ordonnés par Napoléon à Dantzig, et dans toutes les places du Nord restées en sa possession. Dans l'ensemble des mesures à prendre, Dantzig, par sa position sur la Vistule, par son étendue, par ses fortifications, devait être le premier objet de nos soins, car il était appelé à devenir le dépôt aussi vaste que sûr de toutes nos ressources matérielles. Après Dantzig, les places de Thorn et Modlin sur la Vistule, de Stettin, Custrin, Glogau sur l'Oder, de Magdebourg sur l'Elbe, méritaient la plus grande attention. Garnison de Dantzig. Napoléon avait déjà renforcé la garnison de Dantzig; il donna tout de suite des ordres pour la porter à 15 mille hommes. Il y augmenta les troupes d'artillerie et du génie qui étaient françaises, y joignit un régiment français de cavalerie légère, et y fit envoyer un nouveau renfort d'infanterie polonaise, laquelle était aussi sûre que la nôtre. Cette infanterie, tirée des places de Thorn, Stettin, Custrin, Glogau, y fut remplacée par des régiments du maréchal Davout, de manière que ces mouvements de troupes, exécutés de proche en proche, fussent moins remarqués. Napoléon demanda à son frère Jérôme, au roi de Wurtemberg, au roi de Bavière, de lui fournir chacun un régiment, afin d'avoir à Dantzig des troupes allemandes de toute la Confédération. Il compléta à ses frais les approvisionnements des places de Stettin, Custrin, Glogau, Magdebourg. Il exigea du roi de Saxe la reprise des travaux de Thorn sur la Vistule, de Modlin au confluent de la Vistule et du Bug, place importante, qui, on doit s'en souvenir, remplaçait Varsovie, capitale trop difficile à défendre. Le roi de Saxe manquant de ressources financières, Napoléon imagina divers moyens de lui en procurer. Il prit d'abord à la solde de la France les deux nouveaux régiments polonais qu'il venait de lui demander, puis il lui fit ouvrir un emprunt à Paris, au moyen de la maison Laffitte, qui dut adresser les fonds provenant de cet emprunt au trésor saxon comme si elle les avait reçus du public, tandis qu'en réalité elle les recevait du trésor impérial. Napoléon envoya en outre des canons et cinquante mille fusils à Dresde, sous prétexte d'une liquidation existant entre la Saxe et la France, laquelle se soldait, disait-on, en envois de matériel. Il fit partir le général Haxo, enlevé aux siéges de la Catalogne, pour qu'il traçât le plan de nouvelles fortifications, soit à Dantzig, soit à Thorn, les unes et les autres aux frais de la France. Équipages de ponts préparés à Dantzig. Les bois et les fers abondant à Dantzig, Napoléon ordonna d'y préparer plusieurs équipages de ponts, portés sur haquets, c'est-à-dire sur chariots, qui devaient être traînés par plusieurs milliers de chevaux, et servir à franchir tous les fleuves, ou, comme disait Napoléon, à dévorer tous les obstacles. Convois de munitions expédiés par les canaux. Il achemina par les canaux qui unissent la Westphalie avec le Hanovre, le Hanovre avec le Brandebourg, le Brandebourg avec la Poméranie, un immense convoi de bateaux chargés de boulets, de bombes, de poudre et de munitions confectionnées. Un détachement français établi sur ces bateaux devait veiller à leur garde, et quelquefois les traîner dans les passages difficiles. Approvisionnements en blé secrètement préparés à Dantzig. Le général Rapp eut ordre d'acheter, sous prétexte d'approvisionner la garnison de Dantzig, des quantités considérables de blé et d'avoine, et de faire un recensement secret de toutes les céréales qui existaient ordinairement dans cette place, afin de s'en emparer au premier moment. Dantzig étant le grenier du Nord, on pouvait y trouver l'aliment d'une armée de cinq à six cent mille hommes. Sur toutes les choses qui allaient passer par ses mains, le général Rapp, comme le lui écrivait Napoléon, devait agir et couper sa langue.
Outre les points d'appui qu'il avait dans le Nord, tels que Dantzig, Thorn, Stettin, Custrin, Napoléon songeait à se créer au milieu de l'Allemagne un dépôt aussi vaste, aussi sûr que celui de Dantzig, mais placé entre l'Oder et le Rhin, et capable d'arrêter un ennemi qui viendrait par la mer. Il avait déjà dans cette position, Magdebourg, place d'une grande force, et à laquelle il y avait peu à faire. Mais Magdebourg était trop haut sur l'Elbe, trop loin de la mer, et n'était pas situé de manière à contenir le Hanovre, le Danemark, la Poméranie. Hambourg avait au contraire tous les avantages de situation qui manquaient à Magdebourg. Projet d'un vaste établissement de guerre à Hambourg. La nombreuse population de cette ville, si elle offrait quelque danger de rébellion, présentait aussi des ressources immenses en matériel de tout genre, et Napoléon pensait avec raison qu'une armée ne trouve tout ce dont elle a besoin qu'au milieu des populations accumulées, largement pourvues de ce qu'il leur faut pour manger, se loger, se vêtir, se voiturer. Il avait fait aussi la réflexion que Hambourg étant le principal chef-lieu des trois nouveaux départements anséatiques, on y trouverait toujours en douaniers, percepteurs des contributions, gendarmes, marins, soldats sortant des hôpitaux, bataillons de dépôt, dix ou douze mille Français, qui tous ensemble fourniraient une garnison puissante, moyennant qu'on eût laissé dans la place un fonds permanent de troupes du génie et d'artillerie. Hambourg avait de plus l'avantage de pouvoir donner asile à la flottille des côtes, car elle recevait dans ses eaux de fortes corvettes, et jusqu'à des frégates. Napoléon ordonna donc de grands travaux pour embrasser, sinon dans une enceinte continue, au moins dans une suite d'ouvrages bien liés, cette vaste cité anséatique, qui allait devenir la tête de notre établissement militaire au milieu de l'Allemagne et sur la route de Russie.
Création des moyens de transport. Aux nombreux appuis placés sur son chemin, Napoléon devait ajouter des moyens de transport extraordinaires, afin de vaincre cette redoutable difficulté des distances, qui allait être, comme nous venons de le dire, la principale dans la guerre qu'il préparait. Il avait déjà beaucoup fait pour cette importante partie des services militaires. En effet, dans les guerres du commencement du siècle, les vivres, les munitions, l'artillerie elle-même, étaient confiés à de simples charretiers, ou requis sur les lieux, ou fournis par des compagnies financières, et s'acquittant fort mal de leurs devoirs surtout dans les moments de danger. Napoléon avait le premier confié l'artillerie, les munitions dont l'artillerie a la garde et le transport, à des conducteurs soldats, gouvernés comme les autres soldats par la discipline et l'honneur militaires. Il avait fait de même pour les bagages de l'armée, tels que vivres, outils, ambulances, en instituant des bataillons dits du train, qui conduisaient des caissons numérotés sous les ordres d'officiers et de sous-officiers. Il y avait de ces bataillons en France, en Italie, en Espagne. Ceux qui se trouvaient dans cette dernière contrée, ayant perdu leurs voitures et leurs chevaux, ne comptaient presque plus que des cadres, et dans cet état ne pouvaient rendre dans la Péninsule aucun service. Napoléon, après avoir réuni dans un petit nombre de ces cadres ce qu'il restait d'hommes et de chevaux, dirigea sur le Rhin les cadres devenus disponibles, en ordonna le recrutement, et, sans dire pour quel motif, prescrivit une nombreuse fabrication de caissons à Plaisance, à Dôle, à Besançon, à Hambourg et à Dantzig. Il ne restait plus à se procurer que les chevaux, qu'il suffirait d'acheter au dernier moment en France, en Suisse, en Italie, où les chevaux de trait abondent. Napoléon avait le projet, indépendamment des vastes magasins placés sur la Vistule et le Niémen, de traîner après lui vingt ou trente jours de vivres pour une armée de quatre cent mille soldats. À aucune époque la guerre n'avait été conçue d'après de telles proportions, et si des causes morales ne venaient déjouer ces prodigieux efforts, la civilisation devait offrir en 1812 le spectacle de la plus grande difficulté qui eût jamais été vaincue par les hommes.
Ressources financières pour payer les préparatifs de la guerre de Russie. Napoléon, pour faire face à toutes ces dépenses, avait le produit des saisies de denrées coloniales, lesquelles avaient procuré des sommes considérables, surtout dans le Nord. Il avait donc l'argent sur place. Aux soins pour le matériel devaient se joindre les soins pour le personnel de la future armée de Russie. Pour la première fois depuis longtemps il avait laissé passer une année, celle de 1810, sans lever de conscription. Troupes qui doivent composer l'armée de Russie. Il est vrai que la classe de 1810 avait été levée en 1809, par l'habitude antérieurement contractée de prendre chaque classe un an à l'avance. Mais enfin les yeux de la population s'étaient reposés toute une année du spectacle affligeant des appels, et la conscription de 1811 restait intacte au commencement de 1811, sans avoir été appelée avant l'âge révolu du service. Napoléon résolut de la lever immédiatement, en réservant pour 1812 celle de 1812, si des préparatifs il fallait passer à la guerre même. Il ordonna donc au ministre Clarke (duc de Feltre) de vider les cinquièmes bataillons (qui étaient ceux de dépôt) pour verser dans les quatrièmes bataillons les conscrits déjà formés, et faire place dans les cinquièmes à la conscription qui allait être appelée. Corps de l'Elbe. Il décida que les superbes régiments du corps du maréchal Davout, destinés à être le noyau de la grande armée, seraient accrus en nombre d'un régiment léger, ce qui devait les porter à seize, recevraient immédiatement leur quatrième bataillon (il n'y en avait que trois au corps), et qu'on leur adjoindrait les régiments hollandais récemment incorporés dans l'armée française, ainsi que les tirailleurs du Pô et les tirailleurs corses. Cette belle infanterie avec quatre régiments de cuirassiers, six régiments de cavalerie légère, et 120 bouches à feu, devait présenter un corps de 80 mille hommes, sans égal en Europe, excepté parmi certaines troupes de l'armée d'Espagne. Napoléon ordonna le recrutement immédiat des cuirassiers, chasseurs, hussards, répandus dans les cantonnements de la Picardie, de la Flandre et de la Lorraine, comprenant plus de vingt régiments, pouvant fournir encore vingt mille cavaliers accomplis, les dignes compagnons de l'infanterie du maréchal Davout. Corps du Rhin. Les rives du Rhin, les côtes de la Manche et de la Hollande contenaient les régiments d'infanterie des fameuses divisions Boudet, Molitor, Carra Saint-Cyr, Legrand, Saint-Hilaire, qui avaient soutenu les combats d'Essling et d'Aspern. En reportant encore des bataillons de dépôt dans les bataillons de guerre les conscrits déjà formés, on pouvait procurer à ces régiments trois beaux bataillons, et plus tard quatre, si la guerre n'avait lieu qu'en 1812. Ils devaient présenter les éléments d'un second corps aussi puissant que le premier, échelonné un peu au delà du Rhin, et appelé à remplacer sur l'Elbe celui du maréchal Davout, lorsque ce dernier s'avancerait sur l'Oder. Corps d'Italie. Restait l'armée d'Italie, appuyée à droite par celle d'Illyrie, en arrière par celle de Naples. Napoléon avait déjà attiré en Lombardie plusieurs régiments du Frioul, et leur avait substitué dans cette province un nombre égal de régiments d'Illyrie. Il avait attiré aussi plusieurs régiments de Naples dont Murat pouvait se passer. Ne craignant pas de se dégarnir vers l'Italie, dans l'état de ses relations avec l'Autriche, il se proposait de former entre Milan et Vérone un beau corps de 15 à 18 régiments d'infanterie, de 10 régiments de cavalerie, auquel viendraient s'ajouter les 30 mille Lombards composant l'armée propre du royaume d'Italie. Il était facile de le recruter avec les hommes déjà instruits dans les dépôts, et qui allaient y être remplacés par la conscription de 1811. On pouvait donc avoir en très-peu de temps au débouché des Alpes un troisième corps qui au premier signal passerait du Tyrol en Bavière, de la Bavière en Saxe, où il rencontrerait toutes préparées et l'attendant les armées saxonne et polonaise.
Plan de rassemblement pour les divers corps dont l'organisation est préparée. Le projet de Napoléon si la guerre avec la Russie le surprenait dans l'année même, c'est-à-dire en 1811, ce qu'il ne croyait point, était de porter immédiatement sur la Vistule le corps du maréchal Davout, qui était de 80 mille hommes, et dont les avant-postes étaient déjà sur l'Oder, mouvement qui pouvait s'exécuter en un clin d'œil, aussitôt que les Russes inspireraient une inquiétude sérieuse. Ces 80 mille Français devaient trouver 50 mille Saxons et Polonais échelonnés de la Wartha à la Vistule, une garnison de 15 mille hommes à Dantzig, et présenter ainsi à l'ennemi une première masse d'environ 140 mille combattants, très-suffisante pour arrêter les Russes si ceux-ci avaient déployé une activité peu présumable. Vingt mille cuirassiers et chasseurs, les plus vieux cavaliers de l'Europe, devaient suivre sans retard. Le corps formé sur le Rhin, et fort d'au moins soixante mille hommes, serait prêt à peu de jours d'intervalle. Un mois après, l'armée d'Italie, les contingents allemands, la garde impériale, porteraient à plus de trois cent mille hommes les forces de l'Empire contre la Russie. Il est douteux que les Russes, même en sacrifiant la guerre de Turquie, eussent pu, dans cet espace de temps, réunir des moyens aussi étendus.
En supposant donc une surprise peu vraisemblable, c'est-à-dire les hostilités en 1811, Napoléon devait être plus préparé que les Russes. Étendue des forces sur lesquelles comptait Napoléon. Mais si, comme tout l'annonçait, la guerre était à la fois inévitable et différée, Napoléon ayant le temps d'appeler la conscription de 1812 à la suite de celle de 1811, était en mesure de se procurer des forces bien plus imposantes encore, car il pouvait porter les régiments du maréchal Davout à cinq bataillons de guerre, ceux du Rhin à quatre, ceux d'Italie à cinq, tous ses régiments de cavalerie à onze cents hommes, et verser enfin le surplus des conscriptions de 1811 et de 1812 dans une centaine de cadres de bataillons tirés d'Espagne, en ayant soin de ne prendre que le cadre, et de laisser en Espagne l'effectif tout entier. Grâce à ces divers moyens il pouvait avoir 300 mille Français et 100 mille alliés sur la Vistule, une réserve de 100 mille Français sur l'Elbe, 135 bataillons de dépôt occupés dans l'intérieur de l'Empire à instruire les recrues et à garder les frontières, sans que par toutes ces mesures les forces consacrées à la Péninsule eussent été sensiblement affaiblies: armement formidable, qui devait faire trembler l'Europe, enivrer d'un fol orgueil le conquérant possesseur de ces multitudes armées, et peut-être même assurer le triomphe de ses gigantesques prétentions, si le lien qui tenait unie cette immense machine de guerre ne venait à se briser par des accidents physiques toujours à craindre, par des causes morales déjà trop faciles à entrevoir.
Les mesures diplomatiques mises en rapport avec les mesures militaires. Napoléon ne s'en tint pas à ces précautions militaires, il donna à sa diplomatie une direction conforme à ses projets, particulièrement en ce qui concernait la Turquie et l'Autriche.
Tentative secrète d'alliance avec les Turcs. En Turquie, il avait été fidèle aux engagements pris envers l'empereur Alexandre soit à Tilsit, soit à Erfurt, et n'avait jamais rien fait qui pût détourner la Porte d'abandonner à la Russie les provinces danubiennes. Toutefois, par son chargé d'affaires, M. de Latour-Maubourg, il avait fait dire secrètement aux Turcs qu'il ne les croyait pas en état de disputer longtemps la Moldavie et la Valachie à la Russie, qu'il leur conseillait donc de céder ces provinces, mais rien au delà, et que si la Russie poussait ses prétentions plus loin, il était prêt à appuyer leur résistance. En effet, lorsqu'il avait été question, à propos des limites de la Bessarabie et de la Moldavie, de porter la frontière russe jusqu'au vieux Danube, dont le lit se retrouve de Rassova à Kustendjé, il avait conseillé aux Turcs de refuser cette concession, et leur avait même offert un traité de garantie, par lequel la frontière du Danube étant une fois stipulée avec les Russes, il s'engageait à défendre l'indépendance et l'intégrité de l'empire ottoman en deçà de cette frontière.
Défiance des Turcs envers la France depuis les entrevues de Tilsit et d'Erfurt. Mais en donnant ces conseils et ces témoignages d'intérêt, la diplomatie française avait trouvé les Turcs on ne peut pas plus mal disposés pour elle. Depuis les entrevues de Tilsit et d'Erfurt, dont les Anglais avaient communiqué tous les détails à la Porte, en les exagérant beaucoup, les Turcs s'étaient considérés comme absolument livrés par la France à la Russie, et trahis, suivant eux, dans une amitié qui datait de plusieurs siècles. Ils en étaient arrivés à une telle défiance, qu'ils ne voulaient rien croire de ce que leur disait la légation française, réduite alors à un simple chargé d'affaires. Ils étaient non-seulement profondément atteints dans leur plus pressant intérêt, celui des provinces danubiennes, mais offensés dans leur orgueil, parce que Napoléon, soit négligence, soit première ferveur pour l'alliance russe, avait laissé sans réponse la lettre de notification par laquelle le sultan Mahmoud, en succédant au malheureux Sélim, lui avait fait part de son avénement au trône. Les Turcs supportaient donc à peine le représentant de la France à Constantinople, ne lui parlaient que pour se plaindre de ce qu'ils appelaient notre trahison, ne l'écoutaient que pour lui témoigner une méfiance presque outrageante. Au conseil de céder les provinces danubiennes, ils n'avaient répondu qu'avec indignation, déclarant qu'ils n'abandonneraient jamais un pouce de leur territoire, et à l'offre de les appuyer si on exigeait au delà de la ligne du nouveau Danube, ils avaient répondu avec une indifférence qui prouvait qu'ils ne comptaient dans aucun cas sur notre appui.
Napoléon s'était flatté qu'aux premiers soupçons de notre brouille avec la Russie cette situation changerait tout à coup, que l'Angleterre, voulant faire cesser la guerre entre les Turcs et les Russes pour procurer à ces derniers le libre usage de leurs forces, serait amenée elle-même à conseiller au divan l'abandon des provinces danubiennes, qu'à partir de ce moment les Turcs seraient aussi mal disposés pour l'Angleterre qu'ils l'étaient actuellement pour la France, que bientôt même voyant en nous des ennemis des Russes, ils recommenceraient à nous regarder comme des amis, et qu'on réussirait alors à leur faire écouter des propositions d'alliance. Manière de s'y prendre pour ramener les Turcs. Il ordonna donc à M. de Latour-Maubourg, en lui recommandant la plus grande réserve envers la légation russe, de ne rien négliger pour se rapprocher des Turcs, de leur avouer à demi-mot le refroidissement de la France avec la Russie, de leur faire comprendre que la Russie serait bientôt obligée de porter ses forces ailleurs que sur le Danube, qu'ils devaient donc se garder de conclure une paix désavantageuse avec elle, et au contraire continuer la guerre en contractant avec la France une solide alliance. Il chargea M. de Latour-Maubourg de leur expliquer le passé par leurs propres fautes à eux, par la mort de Sélim, le meilleur ami de la France, qu'ils avaient cruellement égorgé, par la faiblesse, la mobilité avec laquelle ils s'étaient abandonnés à l'Angleterre, ce qui avait forcé la France à s'allier à la Russie. Mais c'était là, devait dire M. de Latour-Maubourg, un passé qu'il fallait oublier, un passé désormais évanoui, et ne pouvant avoir aucune fâcheuse conséquence pour les Turcs s'ils revenaient à la France, s'ils s'unissaient franchement à elle, car ils sauveraient ainsi les provinces danubiennes, qu'une paix inopportune avec la Russie menaçait de leur faire perdre.