[9]: Ces plans existent, et j'en ai vu le manuscrit dans les archives secrètes de la secrétairerie d'État.

[10]: Nous citons ici une dépêche de Napoléon qui prouve son état d'exaspération, mais dont il ne faut pas prendre toutes les expressions au pied de la lettre, car dans ses colères, sincères à un certain degré et au delà calculées, il menaçait de plus de mal qu'il n'en voulait faire.

«Au ministre de la police.

»Paris, le 3 mars 1810.

»Je vous prie de lire cette lettre (lettre de M. de Larochefoucauld annonçant l'intention des habitants d'Amsterdam de se défendre contre les Français) et de vous rendre chez le roi de Hollande, auquel vous en donnerez connaissance. Ce prince est-il devenu tout à fait fou? S'il n'y avait que la lettre de M. Larochefoucauld j'en rirais, et je me contenterais de trouver la chose absurde; mais je n'en puis dire autant après la réponse du ministre hollandais. Vous lui direz qu'il a voulu perdre son royaume, et que je ne ferai jamais d'arrangements qui feraient croire à ces gens-là qu'ils m'ont imposé. Vous lui demanderez si c'est par son ordre que ses ministres ont agi, ou si c'est de leur chef, et vous lui déclarerez que si c'est de leur chef, je les ferai arrêter et leur ferai couper la tête à tous. S'ils ont agi par ordre du roi, que dois-je penser de ce prince? et comment après cela peut-il vouloir commander mes troupes, puisqu'il parjure ses serments? Vous appellerez MM. Roell et Verhuel, afin qu'ils soient présents à ce que vous direz au roi. Vous aurez soin de ne pas vous dessaisir de ces pièces, et de vous rendre chez moi à l'issue de cette conférence.»

[11]: Je raconte ces affaires si compliquées de la Hollande, de la négociation avec l'Angleterre, de l'intervention de M. Fouché dans cette négociation, d'après des documents authentiques, qui me permettront, je l'espère, d'éclaircir des événements restés jusqu'ici fort obscurs. Ces documents sont les lettres de Napoléon, du roi Louis, du ministre Champagny, de M. de Labouchère, de M. Fouché, et enfin les interrogatoires qu'on fit subir depuis à tous les personnages compromis dans la négociation. J'ai lu et relu tous ces originaux, et je n'avance pas un fait sans en avoir eu sous les yeux la preuve matérielle.

[12]: Il est peu de sujets sur lesquels les auteurs de mémoires aient débité plus de fables que sur celui-ci. On a prétendu notamment que M. Fouché fut disgracié pour avoir refusé de rendre les lettres de Napoléon, et des lettres fort compromettantes. Il n'y a rien de vrai dans cette assertion. Les lettres de Napoléon à M. Fouché étaient peu nombreuses, et pas plus compromettantes que celles qu'il écrivait à tous ses agents, et dans lesquelles, se livrant à son impétuosité naturelle, il disait souvent: Je ferai couper la tête à tel ou tel, sans songer à le faire. Il se souciait d'ailleurs fort peu de ce qu'il avait écrit, et ne songeait guère à en rougir, étant déjà si peu embarrassé de ce qu'il avait fait, même de la mort du duc d'Enghien. La vérité est qu'il s'était fort échauffé l'esprit sur l'envoi de M. Fagan à Londres, et qu'il croyait avoir été plus compromis qu'il ne l'était véritablement. Ses ordres et sa correspondance prouvent que la seconde et la plus éclatante disgrâce de M. Fouché fut motivée par le refus de livrer des pièces que celui-ci n'avait plus, relativement à la mission de M. Fagan. Mais le public aimant les mystères, surtout les mystères sinistres, crut, et beaucoup d'écrivains aussi puérils que le public répétèrent qu'il y avait là d'affreuses lettres, dont Napoléon voulait obtenir la restitution, et dont le refus provoqua un nouvel éclat de sa part. Il n'en est rien, et il n'y a de vrai dans toutes ces suppositions que ce que nous venons de rapporter.

[13]: Ce rapport existe aux archives des affaires étrangères, avec la date du 6 juillet, jour même où M. de Caraman, porteur de la nouvelle de l'abdication, arrivait à Paris. Il avait donc été ordonné, et avait dû être rédigé avant que l'on connût l'abdication de Louis. Une phrase de ce rapport, d'ailleurs, prouve qu'il est antérieur à la connaissance de l'abdication; elle dit que S. M. I. est résolue à rappeler auprès d'Elle le prince auguste qu'Elle avait pris dans sa famille pour le donner à la Hollande. Il est donc certain que, décidé par ce qui se passait, Napoléon allait réunir la Hollande à la France, lorsque son frère prit la résolution d'abdiquer. Le fait n'a pas grande importance, assurément; il faut cependant le constater dans l'intérêt de la vérité, qu'on doit chercher avant tout en histoire, indépendamment de toutes les conclusions qu'on peut en tirer.

[14]: Cette tolérance, dans laquelle consistait toute la combinaison, fut formellement autorisée par la correspondance des douanes, laquelle existe encore aujourd'hui dans les archives de cette administration.

[15]: C'est après avoir lu toute la correspondance des douanes, du ministre de l'intérieur, des ministres des finances et du trésor, enfin de nos consuls à l'étranger, que je suis parvenu à tracer ce tableau des combinaisons et des effets du blocus continental. Je crois donc pouvoir affirmer la parfaite exactitude de tous les détails dans lesquels je suis entré, et qui m'ont semblé utiles à la connaissance des temps dont je raconte l'histoire.