[16]: Je parle ici d'après la correspondance authentique des généraux et du ministre de la guerre, et je n'ajoute rien aux tristes couleurs de ce tableau.
[17]: On possède en Angleterre une partie de la correspondance privée de Joseph, particulièrement avec la reine son épouse, qui était restée à Paris, et lui racontait avec le plus grand détail tout ce qui l'intéressait, en cherchant du reste à le calmer plutôt qu'à l'irriter. Il existe aussi à nos archives la correspondance autographe de Joseph avec Napoléon, celle de l'ambassadeur de France, M. de Laforest, celle d'un chef de la police française en Espagne, homme spirituel et modéré, M. de Lagarde, celle enfin du général Belliard, gouverneur de Madrid, et c'est dans ces documents authentiques, souvent contradictoires, mais faciles à mettre d'accord quand on sait démêler la vérité à travers les passions contemporaines, que je puise les détails rapportés ici, et dont je garantis la rigoureuse exactitude. Suivant ma coutume, j'adoucis les couleurs pour être plus vrai, car les couleurs du temps sont toujours exagérées, et je ne veux fonder mes récits que sur la partie incontestable des documents que j'emploie.
[18]: Je rapporte ici le récit du maréchal Jourdan dans ses mémoires manuscrits. Le maréchal s'appuie sur le témoignage de plusieurs généraux qui étaient présents, et sur une lettre fort précise du roi Joseph, qui expose lui-même avec détail les circonstances du conseil de guerre tenu à Carmona.
[19]: On est souvent exposé, lorsqu'on veut entrer dans de pareilles particularités, à ne donner que des détails imaginaires. Heureusement on peut ici rendre avec exactitude les scènes qui se sont passées entre le général en chef et ses lieutenants, parce qu'indépendamment de la correspondance de plusieurs officiers, il y a celle de l'intendant général de la police de Portugal, dont j'ai déjà parlé, lequel était un homme spirituel, bienveillant, étranger à tous les partis qui divisaient l'armée, très-intéressé au succès de l'expédition, n'en voulant qu'à ceux qui le compromettaient, et mettant un prix infini à dire la vérité à Napoléon, sous les yeux duquel sa correspondance était placée directement par le duc de Rovigo. Cette correspondance très-détaillée peint toutes les phases de la campagne avec une vérité frappante, et une sincérité qui saisit à la première lecture. Grâce à cette correspondance, j'ai pu reproduire certaines particularités précieuses, sans prêter à l'histoire des couleurs de fantaisie, comme on est exposé à en employer lorsqu'on veut faire agir ou parler avec trop de détail des personnages qui ne sont plus, et qui ont emporté dans la tombe le souvenir de ce qui s'est fait ou dit en leur présence.
[20]: La pensée du duc de Wellington à l'égard de la guerre de la Péninsule est parfaitement connue depuis la publication de sa correspondance. On la trouve consignée à toutes les pages de cette correspondance, et elle fait le plus grand honneur à sa sagacité et à la sûreté de son esprit.
[21]: Le duc de Wellington, dans sa correspondance si sensée et en général si impartiale, blâme beaucoup le maréchal Masséna d'avoir adopté la route de Viseu. Il prétend que c'est la plus mauvaise que le maréchal pût choisir, et il n'en donne aucune raison valable. Puisqu'on ne partait point de la Galice, ainsi qu'on l'avait fait sans succès dans la campagne précédente, puisqu'on ne descendait pas jusqu'en Estrémadure, ce qui eût entraîné un long détour pour gagner l'Alentejo, il ne restait à suivre que la vallée du Mondego, située au nord de l'Estrella; et, dans la vallée du Mondego, la rive droite comme plus fertile était évidemment préférable, et n'offrait pas plus que la gauche des positions favorables au génie défensif des Anglais. Il est vrai qu'on aurait pu passer par le versant sud de l'Estrella, au lieu de passer par le versant nord; mais on y aurait trouvé la route de Castel-Branco, sur laquelle Junot avait failli périr trois années auparavant. Masséna n'avait donc pas une autre route à suivre que celle de Viseu, et on a droit de s'étonner d'une critique qui est souvent répétée dans la correspondance imprimée du duc de Wellington, sans l'appui d'aucune bonne raison. On peut dire qu'elle n'est pas digne de la justesse et de la justice ordinaire de ses jugements, et on regrette que l'illustre général britannique n'ait pas été plus équitable envers un rival non moins illustre que lui. Il est vrai que les dépêches du noble duc étaient destinées à son gouvernement, dictées pour le moment présent, et que plus tard, jugeant son rival avec l'élévation qui convenait à sa gloire, il rendait une éclatante justice au maréchal Masséna, particulièrement pour cette campagne.
[22]: J'ai reproduit ici avec une exactitude scrupuleuse les conversations d'Alexandre contenues en cent dépêches, et je dois dire qu'on est frappé, en les lisant, de la connaissance des affaires que ce prince avait acquise à cette époque. Le plus habile des conseillers d'État français ou russes n'aurait pas mieux exposé les raisons que le czar tirait des traités et de la législation pour soutenir la thèse qu'il avait adoptée, et qui était de son point de vue finement et solidement raisonnée.
[23]: Cette célèbre campagne de Portugal a donné lieu naturellement à de vives controverses. Les écrivains militaires se sont partagés en sens divers. Récemment un habile défenseur du maréchal Masséna, M. le général Koch, dans un ouvrage remarquable, a reproché au général Drouet, d'ailleurs avec vérité, d'avoir fort accru les embarras de tout genre qui vinrent assaillir le maréchal Masséna pendant cette déplorable campagne. Si le général Koch avait connu la correspondance de Napoléon, il aurait vu que le tort n'était pas au général Drouet, mais bien à Napoléon lui-même, qui, tout rempli d'illusions, se figurant que le soin des communications pouvait et devait être en Portugal ce qu'il était en Allemagne, lui donnait l'ordre étrange de secourir Masséna sur le Tage, et de conserver en même temps ses communications vers Alméida. Nous citons les propres lettres de Napoléon, lesquelles, sans détruire les allégations du général Koch relativement aux embarras causés à Masséna par le général Drouet, font voir cependant à qui doit remonter le reproche adressé au général Drouet. Ce n'est pas du reste au génie de Napoléon qu'il faut s'en prendre ici, car si quelqu'un au monde était capable de donner des instructions, c'était lui, mais à sa politique, qui le réduisait, pour suffire à toutes ses entreprises, à donner des ordres indignes de lui, indignes de sa haute prévoyance. Voici, au surplus, le texte même des lettres dont il s'agit.
«Au major général.
»Fontainebleau, 3 novembre 1810.