»Dans cette hypothèse, les règles du métier lui faisaient une loi d'ouvrir la première parallèle à 5 ou 600 mètres des fronts (1, 2, 2, 3) et du fort Pardaleras, en appuyant fortement, par de bonnes redoutes, la gauche de la parallèle à la Guadiana, et la droite au Calamon.
»On conçoit que ce plan d'attaque eût été préférable à celui qui fut adopté, et qu'on aurait vraisemblablement épargné beaucoup de temps et de pertes en hommes et en munitions de guerre, si l'on eût su profiter des avantages qu'il présentait.
»Bien que la défense des Espagnols ait été courageuse, que la rigueur de la saison, les pluies continuelles, les inondations qui submergeaient nos tranchées, le manque de vivres, les sorties multipliées, l'arrivée de Mendizabal, la bataille de la Gevora, et le petit nombre de travailleurs, aient contrarié et retardé les opérations du siége, nous devons cependant dire qu'outre les fautes commises dans la direction des attaques, soit de la part du génie, soit de la part de l'artillerie, le siége de Badajoz a été mené avec lenteur, et que l'armée a perdu au moins huit jours devant cette place; temps précieux qui aurait peut-être permis au duc de Dalmatie d'approcher des rives du Tage, et de changer la série des malheurs qui suivirent la retraite de l'armée de Portugal.»
(Relation des siéges et défenses de Badajoz, d'Olivença et de Campo-Mayor, en 1811 et 1812, par les troupes françaises de l'armée du Midi en Espagne, sous les ordres de M. le maréchal duc de Dalmatie, par le général Lamare. Paris, 1837. Pages 82 et 83.)
L'opinion de Napoléon est différente, quoique dans le même sens, et il croyait qu'on aurait pu s'emparer de Badajoz dès le mois de janvier. Il est vrai que c'était en prenant les opérations de plus haut, et en supposant que le maréchal Soult serait parti beaucoup plus tôt de Séville pour se porter en Estrémadure.
Voici la lettre qu'il écrivait à ce sujet:
«Au major général.
»Paris, 5 février 1811.
»..... Écrivez au duc d'Istrie pour lui annoncer, en lui envoyant le Moniteur, qu'il trouvera là les dernières nouvelles que nous avons du Portugal, qui paraissent être du 13; que tout paraît prendre une couleur avantageuse: que si Badajoz a été pris dans le courant de janvier, le duc de Dalmatie a pu se porter sur le Tage, et faciliter la construction du pont au prince d'Essling.
»Il devient donc très-important de faire les dispositions que j'ai ordonnées afin que le général Drouet, avec ses deux divisions, puisse être tout entier à la disposition du prince d'Essling.