Motifs de Napoléon pour répugner à tout ce qui aurait l'apparence d'une retraite. Aussi fallait-il s'attendre que Napoléon ne prendrait ce parti qu'à la dernière extrémité; et ce n'était pas l'orgueil seul de ce grand homme qui répugnait à un mouvement rétrograde, c'était le sentiment profond de sa situation présente; car il suffisait d'un doute inspiré au monde sur la réalité de ses forces, pour que tout l'édifice de sa grandeur fût exposé à s'écrouler d'un seul coup. Déjà Torrès-Védras avait semblé arrêter sa puissance au Midi; toutefois il y avait une explication, c'était son absence, et la présence en Portugal de l'un de ses lieutenants, qui, quelque grand qu'il fût, n'était pas lui. Mais s'il rencontrait au Nord, là où il commandait en personne, et à la tête de ses principales armées, un nouvel obstacle, on n'allait pas manquer de le regarder comme définitivement arrêté dans le cours de ses victoires; on allait concevoir l'espérance de le vaincre, et une seule espérance rendue à l'Europe esclave pouvait la soulever tout entière sur ses derrières, et submerger le nouveau Pharaon sous les flots d'une insurrection européenne.
Napoléon avait donc raison de se préoccuper gravement de la manière dont il quitterait Moscou, et de ne vouloir en sortir qu'avec l'attitude d'un ennemi qui manœuvre, et non pas avec celle d'un ennemi qui bat en retraite. Dans cette vue plusieurs conduites s'offraient. Ainsi, par exemple, un retour par la route de Kalouga, où l'on trouverait toutes les ressources des riches provinces du midi, sur laquelle on battrait l'armée russe, et d'où l'on pourrait enfin revenir par Jelnia sur Smolensk, devait bien ressembler à une manœuvre autant qu'à une retraite. Mais cette marche, qui serait toujours au fond un mouvement rétrograde, quelque soin qu'on prît de le dissimuler, car il serait impossible d'hiverner à Kalouga à cause de la distance de cette ville à Smolensk, nous condamnerait à un trajet de cent cinquante lieues au moins, et à toutes les pertes inséparables d'un pareil trajet; elle nous procurerait à la vérité l'avantage de rencontrer et de battre l'armée russe, mais en nous obligeant de porter avec nous cinq ou six mille blessés, à moins qu'on ne les livrât à l'exaspération de l'ennemi, et tout en nous ramenant vers nos quartiers, ramènerait aussi les Russes vers leurs provinces les plus riches, et surtout vers les renforts qui leur arrivaient de Turquie. Aussi Napoléon n'avait-il que très-peu de penchant pour cette opération, et, à battre en retraite, il aimait mieux purement et simplement refaire la route, à nous connue, de Mojaïsk, Wiasma, Dorogobouge, Smolensk, moins longue que celle de Kalouga d'une cinquantaine de lieues, ruinée il est vrai, mais sur laquelle les convois de vivres sortis de Smolensk pouvaient venir à notre rencontre jusqu'à mi-chemin, et sur laquelle d'ailleurs devaient nous suivre dix jours de vivres tirés de Moscou; sur laquelle enfin nous protégerions toutes nos évacuations par notre seule présence, et ne serions que très-peu exposés à livrer bataille, et à nous charger de nouveaux blessés.
Belle opération imaginée par Napoléon, consistant dans un mouvement combiné qui le rapprocherait de la Pologne, en menaçant Saint-Pétersbourg. Mais ni l'un ni l'autre de ces projets, qui tous deux étaient une renonciation évidente à l'offensive, ne convenait à Napoléon. Le plan le seul bon à ses yeux, était celui qui réunirait les quatre conditions suivantes: 1o de le replacer dans des communications certaines et quotidiennes avec Paris; 2o de rapprocher l'armée de ses ressources en vivres, équipements et recrues; 3o de conserver entier le prestige de nos armes; 4o enfin d'appuyer fortement les négociations de paix récemment essayées. Ces quatre conditions, il les avait trouvées dans un plan que son génie inépuisable, et fortement excité par le danger de la situation, avait conçu, et qui était digne de tout ce qu'il avait jamais imaginé de plus profond et de plus grand. Ce plan consistait dans une retraite oblique vers le nord, qui, se combinant avec un mouvement offensif du duc de Bellune sur Saint-Pétersbourg, aurait le double avantage de nous ramener en Pologne, en nous laissant aussi menaçants que jamais, dès lors tout aussi puissants pour négocier. Voici le détail de ce plan que Napoléon voulut rédiger, et rédigea en effet, comme il avait coutume de faire quand il cherchait à se bien rendre compte de ses propres idées.
Napoléon, ainsi qu'on l'a vu, s'était ménagé, outre l'armée du prince de Schwarzenberg sur le Dniéper, et l'armée des maréchaux Saint-Cyr et Macdonald sur la Dwina, le corps du duc de Bellune au centre, lequel attendait à Smolensk des ordres ultérieurs. Le corps de ce maréchal, fort de 30 mille hommes, pouvait être élevé à 40 mille par la réunion d'une partie des troupes westphaliennes, saxonnes, polonaises, qui n'avaient pas eu le temps de rejoindre, et des bataillons de marche destinés au recrutement de l'armée. Il était facile de le porter au nord de la Dwina, sur la route de Saint-Pétersbourg par Witebsk et Veliki-Luki. (Voir la carte no 54.) Réuni là au maréchal Saint-Cyr et à une division du maréchal Macdonald, il devait compter 70 mille hommes au moins, prêts à se diriger sur la seconde capitale de la Russie, siége actuel du gouvernement. Devant ce corps le comte de Wittgenstein n'aurait autre chose à faire qu'à se retirer promptement sur Saint-Pétersbourg. Au moment où le duc de Bellune commencerait son mouvement, Napoléon avec la garde, le prince Eugène, le maréchal Davout, pouvait se retirer obliquement au nord, dans la direction de Veliki-Luki, en marchant presque parallèlement à la route de Smolensk, et à une distance de douze ou quinze lieues de cette route, par Woskresensk, Wolokolamsk, Zubkow, Bieloi, tandis que le maréchal Ney suivant avec son corps la route directe de Moscou à Smolensk, couvrirait toutes nos évacuations, et que Murat se dérobant à Kutusof, par un mouvement sur sa droite, se porterait à Mojaïsk, et viendrait avec le maréchal Ney s'établir entre Smolensk et Witebsk. Après dix ou douze jours de cette marche si profondément combinée, l'armée serait ainsi placée: le duc de Bellune avec 70 mille hommes à Veliki-Luki, menaçant Saint-Pétersbourg, Napoléon avec 70 à Wielij, prêt à l'appuyer, ou à se réunir aux 30 mille hommes de Ney et de Murat pour tenir tête à Kutusof, par quelque route que celui-ci vînt nous chercher. D'après toutes les probabilités, on devait achever ce trajet sans être rejoint par l'ennemi, sans être talonné, sans perdre tout ce qu'on perd quand on est suivi de trop près, sans souffrir de la disette, car la route de Woskresensk, Wolokolamsk, Bieloi, que Napoléon se proposait de prendre, était toute neuve, par conséquent assez bien approvisionnée, et Ney et Murat, sur la route de Smolensk, qui était la nôtre, pouvaient bien amener des vivres pour 30 mille hommes. De plus nous aurions attiré les Russes en sens inverse de leurs renforts, ce qui les exposerait à en perdre la moitié pour nous rejoindre, et tout en nous retirant en Pologne, nous aurions pris une position offensive, nécessaire à la paix; nous serions ainsi, sans avoir rien perdu, ni moralement ni physiquement, sortis du mauvais pas de Moscou par une marche des plus hardies et des plus belles qu'on eût jamais exécutées. Quant à l'hivernage, tout annonçait que dans ces conditions il serait facile. Nos magasins étant réunis à Wilna, pouvaient par le traînage, si commode en hiver, être prochainement transportés à Polotsk et à Witebsk, d'où l'armée tirerait ses vivres. L'immense quantité de bœufs réunis à Grodno, n'ayant qu'à traverser un pays ami, arriveraient à Witebsk sans difficulté. Puis, le printemps venu, Napoléon ayant employé l'hiver à rassembler de nouvelles forces, serait en mesure de marcher avec 300 mille hommes sur Saint-Pétersbourg. Il est probable que devant la simple menace d'une telle marche, la paix, si nous n'étions pas trop difficiles sur les conditions, serait signée, ou qu'en tout cas nous occuperions Saint-Pétersbourg comme nous avions occupé Moscou, sans danger de trouver cette seconde capitale incendiée, car le bois y était moins employé dans les constructions qu'à Moscou, car les Russes ne feraient pas deux fois un pareil sacrifice, car enfin le fanatisme moscovite y était beaucoup moins ardent.
Ce plan réunissait donc toutes les conditions que Napoléon s'était proposées, de rétablir ses communications quotidiennes avec le centre de son empire, de ramener l'armée vers la Pologne, de conserver intact le prestige de ses armes, et d'appuyer par un mouvement sérieusement offensif les négociations pacifiques qu'il avait le projet d'entamer. Son génie n'avait jamais rien imaginé de plus habile, de plus profond, de plus admirable. Conçu dans les derniers jours de septembre, arrêté et rédigé[31] dans les deux ou trois premiers jours d'octobre, ce projet pouvait, en partant immédiatement, être complétement exécuté au 15 octobre, époque où le temps devait être beau encore, et où il fut en effet superbe. La disposition des esprits dans l'armée rend impraticable le beau plan que Napoléon avait conçu. Tout se prêtait donc parfaitement à l'exécution du nouveau plan, qui était en quelque sorte une inspiration d'en haut venue à Napoléon pour son salut. Mais tout ce qu'il imaginait de meilleur était destiné à échouer, par le vice même de la situation qu'il s'était créée, en s'aventurant à une pareille distance. Ayant déjà tant demandé à ses soldats et à ses lieutenants, les ayant menés si loin, et n'ayant à leur offrir à Moscou que des ruines, il était obligé de les ménager infiniment, de les consulter plus que de coutume, de chercher à les concilier à ses projets, au lieu de commander impérieusement, brièvement, comme il avait fait à toutes les époques de sa carrière, où chaque jour amenait un résultat prodigieux, et accroissait son ascendant. Or, il commençait à régner dans l'armée, outre une immense lassitude, une tristesse profonde, qui naissait de la vue seule de cette ville en cendres, et du secret effroi qu'on éprouvait en songeant à la longueur du retour, et à ce terrible hiver de Russie, duquel on était séparé par un mois tout au plus. À des esprits ainsi disposés il fallait parler non plus en maître impérieux qui commande sans explication parce que le succès quotidien suffit à tout expliquer, mais en maître doux, presque caressant, qui consulte, et persuade plutôt qu'il n'ordonne. Napoléon entretint donc successivement chacun de ses lieutenants de son projet, mais à peine avait-il dit les premiers mots qu'ils se récrièrent tous contre une nouvelle course au nord, contre une nouvelle conquête de capitale. Le mouvement sur Moscou, auquel, dans l'espoir d'un grand résultat, on avait sacrifié toutes les considérations de prudence, avait trop mal réussi, pour qu'on fût tenté de recommencer, en s'engageant plus loin, au milieu d'une saison plus avancée, dans une marche sur Saint-Pétersbourg.
Il ne s'agissait pourtant pas d'aller conquérir la seconde capitale de la Russie, mais de rétrograder obliquement sur la Pologne, et de se placer, à titre d'appui seulement, derrière un corps qui lui-même était appelé non pas à se porter sur Saint-Pétersbourg, mais à le menacer, ce qui était bien différent, et ce qui a donné lieu depuis à la fausse version d'un projet de marcher de Moscou sur Saint-Pétersbourg, que Napoléon aurait, dit-on, formé à cette époque. La différence était essentielle, mais les esprits, inquiets et rebutés, ne s'arrêtaient pas à toutes ces distinctions. Les uns alléguaient les bruyères, les marécages, la stérilité des provinces du nord, qu'il s'agissait de traverser; les autres faisaient valoir, malheureusement avec trop de raison, l'état de l'armée, l'épuisement de la cavalerie, la ruine des charrois de l'artillerie, l'indispensable nécessité de laisser reposer hommes et chevaux, afin qu'ils pussent refaire la route si longue qui nous séparait de Smolensk, la nécessité aussi de se retirer avant la mauvaise saison, et d'entamer en attendant quelques négociations qui pussent conduire à la paix, moyen toujours le plus assuré de sortir sains et saufs du mauvais pas où l'on s'était engagé.
Napoléon, contrarié dans l'exécution du plan le meilleur, flotte entre divers projets, et songe à des ouvertures de paix. Napoléon s'aperçut bien vite qu'il ne fallait actuellement rien demander à des esprits rebutés, et assombris par le spectacle qu'ils avaient sous les yeux, et se laissa surtout détourner de son projet par l'état de l'armée, qui exigeait impérieusement quelque repos. Obligé d'abandonner, ou d'ajourner au moins le seul plan capable de le tirer d'embarras, il laissa flotter son esprit entre plusieurs projets, qui d'abord lui avaient paru inadmissibles, comme celui de s'établir à Moscou même, et d'y passer l'hiver en étendant ses cantonnements pour se procurer des fourrages, comme celui de placer une garnison à Moscou, et d'aller ensuite se fixer dans la riche province de Kalouga, d'où il étendrait sa main gauche sur Toula, sa main droite sur Smolensk. Mais à tous ces projets il y avait de graves objections, et leur difficulté le ramenait sans cesse vers le désir de cette paix qu'il avait follement sacrifiée à ses prétentions de domination universelle, et qu'il souhaitait maintenant, quoique victorieux, aussi ardemment qu'aucun vaincu ait jamais pu la désirer.
Dans ces continuelles perplexités, il imagina d'envoyer M. de Caulaincourt à Saint-Pétersbourg, afin d'y ouvrir franchement une négociation avec l'empereur Alexandre. Quels que fussent ses embarras, son attitude de vainqueur, traitant de Moscou même, avait assez de grandeur pour qu'il pût hasarder une pareille démarche. Mais M. de Caulaincourt, qui craignait que sous cette grandeur apparente ne perçât la difficulté de la situation, qui craignait aussi de ne plus trouver à Saint-Pétersbourg la faveur dont il avait joui autrefois, refusa une telle mission, en affirmant, du reste avec raison, qu'elle ne réussirait pas. Mission de M. de Lauriston auprès du général Kutusof. Napoléon s'adressant alors à M. de Lauriston, dont il avait trop dédaigné le modeste bon sens, le chargea de se rendre au camp du général Kutusof, non point pour y offrir la paix, mais pour aller y exprimer au généralissime russe le désir de donner à la guerre un caractère moins féroce. Ce qu'il doit dire au généralissime russe. Le général Lauriston devait prendre prétexte de l'incendie de Moscou, pour dire que les Français, habitués à ménager les populations vaincues, à leur épargner les maux inutiles, avaient le cœur contristé de ne rencontrer partout que des villes incendiées, des populations désolées, des blessés expirant au milieu des flammes, et qu'il était cruel pour leur humanité, fâcheux pour l'honneur de tous, mais particulièrement dommageable pour la prospérité de la Russie, de continuer un pareil genre de guerre; que s'il venait faire une telle démarche, ce n'est pas que ce genre de guerre eût embarrassé les Français, car jusqu'ici on n'avait pas réussi à les empêcher de vivre, témoin l'abondance dont ils jouissaient sur les ruines fumantes de Moscou; mais parce qu'ils voyaient avec regret qu'on imprimât à une guerre toute politique, terminable par un traité facile à conclure, un caractère révoltant de barbarie et de haine irréconciliable.
De ces insinuations à des paroles de paix il n'y avait pas loin, et on était sur une pente qui ne pouvait manquer d'y conduire assez rapidement. Si on l'écoutait, M. de Lauriston avait mission de s'avancer davantage; il devait dire qu'il y avait dans la dernière brouille bien plus de malentendu que de causes véritables d'inimitiés, surtout d'inimitiés implacables, et que c'étaient les ennemis des deux pays qui s'étaient interposés entre les deux souverains pour les brouiller au profit de l'Angleterre. Il devait insinuer que la paix serait facile, et que, si la Russie la désirait, les conditions n'en seraient pas rigoureuses. Il devait enfin mettre tous ses soins à obtenir au moins un armistice provisoire, qui épargnât l'effusion du sang, effusion inutile quant à présent, puisque aucune des deux armées ne semblait disposée à tenter quelque chose de sérieux. Certes, à descendre à de telles démarches, tout victorieux qu'on était, il eût bien mieux valu ne pas commencer une guerre aussi fatale, et on peut dire que M. de Lauriston était bien vengé en ce moment du peu d'accueil que ses conseils avaient reçu à Paris six mois auparavant. Mais pour un bon citoyen la vengeance qui sort des malheurs de son pays n'est qu'un malheur de plus.
Départ de M. de Lauriston pour le camp russe. M. de Lauriston partit le 4 octobre, après s'être fait précéder auprès du général Kutusof par un billet qui annonçait son désir d'un entretien direct avec le chef de l'armée russe. Il arriva au camp ennemi le jour même. Kutusof de peur de se compromettre refuse d'abord de voir M. de Lauriston. Le prudent Kutusof, entouré par les partisans les plus exaltés de la guerre, et notamment par les agents anglais accourus pour le surveiller, hésita d'abord à recevoir personnellement M. de Lauriston, dans la crainte d'être compromis, et appelé un traître, comme Barclay de Tolly. Il envoya donc l'aide de camp de l'empereur, prince Wolkonsky, pour recevoir et entretenir le général Lauriston au quartier de Benningsen. Fierté de celui-ci. M. de Lauriston, offensé de ce procédé, refusa de s'aboucher avec le prince Wolkonsky, et rentra au quartier général de Murat, disant qu'il n'entendait traiter qu'avec le généralissime lui-même. Cette brusque rupture de relations à peine commencées inquiéta cependant l'état-major russe. Si dans les rangs inférieurs de l'armée la passion contre les Français était toujours ardente, dans les rangs plus élevés on commençait à se diviser, à trouver cette guerre bien atroce et bien ruineuse, et à ne plus regarder les Français comme les auteurs de l'incendie de Moscou; on sentait en un mot sa colère diminuer avec son sang si abondamment répandu. On n'aurait donc pas voulu qu'on rendît toute paix absolument impossible[32]. On court après lui pour le ramener. Les ennemis eux-mêmes de la paix regrettaient la conduite tenue envers le général Lauriston, par un tout autre motif. Comprenant très-bien la situation des Français, sentant l'intérêt qu'on avait à les retenir à Moscou, dans cette Capoue bien attrayante encore quoique incendiée, craignant qu'une rupture aussi offensante ne les attirât pleins de colère et de résolution sur l'armée russe, qui n'était ni renforcée ni remise, ils regrettaient qu'on eût si mal accueilli l'envoyé de Napoléon, et voulurent qu'on courût en quelque sorte après lui. Le rusé Benningsen, qui joignait la finesse à l'audace, tâcha de voir Murat, s'entretint avec lui, profita de sa facilité pour lui arracher bien des aveux regrettables, et en lui exprimant un désir de la paix qui était feint, l'amena à en exprimer un qui ne l'était pas, et qui n'était que trop visible. Des rapprochements semblables eurent lieu presque spontanément aux avant-postes, entre des officiers de divers grades, et il s'établit une espèce d'armistice de fait, à la suite duquel il fut convenu qu'on recevrait le général Lauriston au quartier même du généralissime.