PARIS
PAULIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR
60, RUE RICHELIEU
1855

HISTOIRE
DU CONSULAT
ET
DE L'EMPIRE.

LIVRE QUARANTE-SIXIÈME.
WASHINGTON ET SALAMANQUE.

Événements qui se passaient en Europe pendant l'expédition de Russie. — Situation difficile de l'Angleterre; détresse croissante du commerce et des classes ouvrières; désir général de la paix. — Assassinat de M. Perceval, principal membre du cabinet britannique. — Sans la guerre de Russie, cette mort, quoique purement accidentelle, aurait pu devenir l'occasion d'un changement politique. — À tous les maux qui résultent pour l'Angleterre du blocus continental s'ajoute le danger d'une guerre imminente avec l'Union américaine. — Où en étaient restées les questions de droit maritime entre l'Europe et l'Amérique. — Renonciation de la part des Américains au système de non-intercourse, en faveur des puissances qui leur restitueront les légitimes droits de la neutralité. — Saisissant cette occasion, Napoléon promet de révoquer les décrets de Berlin et de Milan, si l'Amérique obtient le rappel des ordres du conseil, ou si à défaut elle fait respecter son pavillon. — L'Amérique accepte cette proposition avec empressement. — Négociation qui dure plus d'une année pour obtenir de l'Angleterre la révocation des ordres du conseil. — Entêtement de l'Angleterre dans son système, et refus des propositions américaines, fondé sur ce que la révocation des décrets de Berlin et de Milan n'est pas sincère. — Puériles contestations de la diplomatie britannique sur ce sujet. — Napoléon ne se bornant plus à une simple promesse de révocation, rend le décret du 28 avril 1811, par lequel les décrets de Berlin et de Milan sont, par rapport à l'Amérique, révoqués purement et simplement. — L'Angleterre contestant encore un fait devenu évident, les Américains sont disposés à lui déclarer la guerre. — Dernières hésitations de leur part dues aux procédés malentendus de Napoléon, et aux dispositions des divers partis en Amérique. — État de ces partis. — Fédéralistes et républicains. — Le président Maddisson. — La guerre résolue d'abord pour 1811 est remise à 1812. — Les violences redoublées de l'Angleterre, et surtout la presse exercée sur les matelots américains, décident enfin le gouvernement de l'Union. — Le président Maddisson propose une suite de mesures militaires. — Vive agitation dans le congrès, et déclaration de guerre à l'Angleterre. — Importance de cet événement, et conséquences qu'il aurait pu avoir sans le désastre de Russie et sans les événements d'Espagne. — État de la guerre dans la Péninsule. — Dégoût croissant de Napoléon pour cette guerre. — Situation dans laquelle il avait laissé les choses en partant pour la Russie, et résolution qu'il avait prise de déférer le commandement en chef au roi Joseph. — Comment ce commandement avait été accepté dans les diverses armées qui occupaient la Péninsule. — État des armées du Nord, de Portugal, du Centre, d'Andalousie et d'Aragon. — Résistance à l'autorité de Joseph dans tous les états-majors, excepté dans celui de l'armée de Portugal, qui avait besoin de lui. — Projets de lord Wellington, évidemment dirigés contre l'armée de Portugal. — Joseph, éclairé par le maréchal Jourdan, son major général, discerne parfaitement le danger dont on est menacé, et le signale aux deux armées du Nord et d'Andalousie, qui sont seules en mesure de secourir efficacement l'armée de Portugal. — Refus des généraux Dorsenne et Caffarelli, qui sont successivement appelés à commander l'armée du Nord. — Refus du maréchal Soult, commandant en Andalousie, et ses longues contestations avec Joseph. — Situation grave et difficile de l'armée de Portugal, placée sous l'autorité du maréchal Marmont. — Opérations préliminaires de lord Wellington au printemps de 1812. — Voulant empêcher les armées d'Andalousie et de Portugal de se porter secours l'une à l'autre, il exécute une surprise contre les ouvrages du pont d'Almaraz sur le Tage. — Enlèvement et destruction de ces ouvrages par le général Hill les 18 et 19 mai. — Après ce coup hardi, lord Wellington passe l'Aguéda dans les premiers jours de juin. — Sa marche vers Salamanque. — Retraite du maréchal Marmont sur la Tormès. — Attaque et prise des forts de Salamanque. — Retraite du maréchal Marmont derrière le Douro. — Situation et force des deux armées en présence. — Le maréchal Marmont, après avoir appelé à lui la division des Asturies, et réuni environ quarante mille hommes, n'attendant plus de secours ni de l'armée du Nord, ni de celle d'Andalousie, ni même de celle du Centre, se décide à repasser le Douro, afin de forcer les Anglais à rétrograder. — Il espère les éloigner par ses manœuvres, sans être exposé à leur livrer bataille. — Passage du Douro, marche heureuse sur la Tormès, et retraite des Anglais sous Salamanque, à la position des Arapiles. — Le maréchal Marmont essaye de manœuvrer encore autour de la position des Arapiles, afin d'obliger lord Wellington à rentrer en Portugal. — Au milieu de ces mouvements hasardés, les deux armées s'abordent, et en viennent aux mains. — Bataille de Salamanque, livrée et perdue le 22 juillet. — Le maréchal Marmont, gravement blessé, est remplacé par le général Clausel. — Funestes conséquences de cette bataille. — Pendant qu'on la livrait, le roi Joseph, qui n'avait pu décider les diverses armées à secourir celle de Portugal, avait pris le parti de la secourir lui-même, mais sans l'en avertir à temps. — Inutile marche de Joseph sur Salamanque à la tête d'une force de treize à quatorze mille hommes. — Il passe quelques jours au delà du Guadarrama, afin de ralentir les progrès de lord Wellington, et de dégager l'armée de Portugal vivement poursuivie. — Grâce à sa présence et à la vigueur du général Clausel, on sauve les débris de l'armée de Portugal qu'on recueille aux environs de Valladolid. — État moral et matériel de cette armée, toujours malheureuse malgré sa vaillance. — Profond chagrin de Joseph menacé d'avoir bientôt les Anglais dans sa capitale. — N'ayant plus d'autre ressource, il ordonne, d'après le conseil du maréchal Jourdan, l'évacuation de l'Andalousie. — Ses ordres impératifs au maréchal Soult. — Après avoir poursuivi quelques jours l'armée de Portugal, lord Wellington, ne résistant pas au désir de faire à Madrid une entrée triomphale, abandonne la poursuite de cette armée, et pénètre dans Madrid le 12 août. — Joseph, obligé d'évacuer sa capitale, se retire vers la Manche, et, désespérant d'être rejoint à temps par l'armée d'Andalousie, se réfugie à Valence. — Horribles souffrances de l'armée du Centre et des familles fugitives qu'elle traîne à sa suite. — Elle trouve heureusement bon accueil et abondance de toutes choses auprès du maréchal Suchet. — Le maréchal Soult, averti par Joseph de sa retraite sur Valence, se décide enfin à évacuer l'Andalousie, et prend la route de Murcie pour se rendre à Valence. — Dépêches qu'il adresse à Napoléon afin d'expliquer sa conduite. — Hasard qui fait tomber ces dépêches dans les mains de Joseph. — Irritation de Joseph. — Son entrevue avec le maréchal Soult à Fuente de Higuera le 3 octobre. — Conférence avec les trois maréchaux Jourdan, Soult et Suchet sur le plan de campagne à suivre pour reconquérir Madrid, et rejeter les Anglais en Portugal. — Avis des trois maréchaux. — Sagesse du plan proposé par le maréchal Jourdan, et adoption de ce plan. — Les deux armées d'Andalousie et du Centre réunies marchent sur Madrid vers la fin d'octobre. — Temps perdu par lord Wellington à Madrid; sa tardive apparition devant Burgos. — Belle résistance de la garnison de Burgos. — L'armée de Portugal renforcée oblige lord Wellington à lever le siége de Burgos. — Alarmé de la concentration de forces dont il est menacé, lord Wellington se retire de nouveau sous les murs de Salamanque, et y prend position. — Pendant ce temps Joseph, arrivé sur le Tage avec les armées du Centre et d'Andalousie réunies, chasse devant lui le général Hill, l'expulse de Madrid, rentre dans cette capitale le 2 novembre, et en part immédiatement pour se mettre à la poursuite des Anglais. — Son arrivée le 6 novembre au delà du Guadarrama. — L'armée de Portugal, qui s'était arrêtée sur les bords du Douro, se joint à lui. — Réunion de plus de quatre-vingt mille Français, les meilleurs soldats de l'Europe, devant lord Wellington à Salamanque. — Heureuse occasion de venger nos malheurs. — Plan d'attaque proposé par le maréchal Jourdan, approuvé par tous les généraux et refusé par le maréchal Soult. — Joseph, craignant qu'un plan désapprouvé par le général de la principale armée ne soit mal exécuté, renonce au plan du maréchal Jourdan, et laisse au maréchal Soult le choix et la responsabilité de la conduite à tenir. — Le maréchal Soult passe la Tormès à un autre point que celui qu'indiquait le maréchal Jourdan, et voit s'échapper l'armée anglaise. — Lord Wellington n'ayant que quarante mille Anglais et tout au plus vingt mille Portugais et Espagnols, enveloppé par plus de quatre-vingt mille Français, réussit à se retirer sain et sauf en Portugal. — Juste mécontentement des trois armées françaises contre leurs chefs, et leur entrée en cantonnements. — Retour de Joseph à Madrid. — Fâcheuses conséquences de cette campagne, qui, s'ajoutant au désastre de Moscou, aggravent la situation de la France. — Joie en Europe, surtout en Allemagne, et soulèvement inouï des esprits à l'aspect des malheurs imprévus de Napoléon.

Mai 1812. Événements qui se passaient en Angleterre, en Amérique et en Espagne pendant la campagne de Russie. Pendant que s'accomplissait au nord de l'Europe la catastrophe sans exemple que nous venons de retracer, les rivages lointains de l'Atlantique, les plages brûlantes de l'Espagne étaient le théâtre d'événements moins extraordinaires sans doute, mais extrêmement graves, comme tous ceux qui découlaient de la politique exorbitante de Napoléon, et prouvant tout aussi évidemment la folie de cette politique. On y pouvait voir démontrée clairement cette vérité que nous avons déjà énoncée, que si au lieu d'aller chercher à vaincre l'Europe au fond de la Russie, Napoléon avait persévéré à la combattre sur le théâtre difficile, mais choisi par lui, de la Péninsule et de l'Atlantique, en conduisant à terme la guerre d'Espagne et le blocus continental, il eût probablement contraint l'Angleterre à céder, désarmé du même coup l'Europe entière, sinon pour toujours, du moins pour bien des années, et se serait ainsi ménagé le temps (la raison venant l'éclairer) de faire du faîte même de sa grandeur les sacrifices qui auraient rendu sa domination durable en la rendant supportable. Il faut donc avant de reprendre les suites de la fatale expédition de Russie, retracer les événements de l'Espagne et de l'Amérique pendant l'année 1812, les uns funestes, les autres inutilement heureux, tous effets de la même cause, la volonté mobile et désordonnée d'un génie immense mais sans frein.

Lorsque Napoléon dégoûté de la guerre d'Espagne, au moment même où la persévérance aurait pu en corriger le vice, avait songé à porter ses forces au nord, la Grande-Bretagne était, comme on l'a vu, dans une situation des plus difficiles. Les succès obtenus par lord Wellington grâce à nos fautes avaient sans doute rendu en Angleterre quelque sérénité aux esprits, mais on y sentait tous les jours davantage les cruelles gênes imposées au commerce, on entrevoyait avec effroi le terme d'une puissance financière trop peu ménagée, et on pensait sans cesse au danger qui menacerait l'armée britannique, si jamais Napoléon dirigeait contre elle un effort décisif. Continuation des embarras commerciaux de l'Angleterre. La situation commerciale ne s'était point améliorée. D'énormes quantités de denrées coloniales en sucres, cafés, cotons, accumulées ou dans des docks, ou sur des vaisseaux qui obstruaient la Tamise; des quantités non moins considérables d'objets manufacturés ne sortant pas de chez les fabricants qui les avaient produits, ou de chez les spéculateurs qui les avaient achetés; les unes et les autres servant de motif à une vaste émission de papier de commerce, que la banque escomptait, et dont elle fournissait la valeur en papier-monnaie qui perdait 20 à 25 pour cent; une baisse continue du change résultant de cet état de choses, laquelle ne pouvait être arrêtée qu'au moyen d'une exportation illégale et continue de numéraire, à ce point qu'à Gravelines et Dunkerque seulement les smogleurs apportaient par mois plusieurs millions de guinées en or: telle était, avons-nous dit, la situation commerciale de l'Angleterre depuis quelques années. Des dépenses publiques qui commençaient à être de cent millions sterling par an (2 milliards 500 millions de francs) contre 90 millions sterling de ressources, dans lesquelles figurait un emprunt annuel de 20 millions sterling, constituaient la situation financière. La disette qui nous avait tourmentés cette année, n'avait pas moins sévi en Angleterre, et des bandes d'ouvriers brisant les métiers, égorgeant quelquefois les manufacturiers, demandant du pain avec des cris qui auraient fait trembler un gouvernement moins habitué aux clameurs d'un peuple libre, mais qui devaient émouvoir tout gouvernement sage et humain, ajoutaient le dernier trait à cette détresse, causée par une longue guerre au sein de la plus prodigieuse richesse qui eût encore paru sur notre globe.

Il est vrai que cent vaisseaux de guerre, deux cents frégates, portant sur toutes les mers un pavillon victorieux, qu'une armée de terre peu nombreuse, mais vaillante et sagement conduite, et enfin un cabinet qui seul en Europe n'avait pas subi les volontés despotiques de Napoléon, dédommageaient la glorieuse Angleterre de ses souffrances. Désir général de la paix. Mais tous les gens sages reconnaissaient que cette situation cachait de grands périls, que si le génie redoutable auquel on avait affaire mettait quelque prudence et quelque suite dans ses desseins, il pouvait en continuant son blocus continental un an ou deux encore, réduire le commerce et les finances de l'Angleterre aux dernières extrémités, et terminer même l'interminable guerre d'Espagne, en jetant à la mer lord Wellington et sa brave armée. Cent mille des six cent mille hommes perdus en Russie, et la personne de Napoléon, auraient dans la Péninsule rendu ce résultat infaillible. Voilà ce que tout le monde sentait confusément, et ce que chacun exprimait avec le langage qui lui était propre. Les opposants du parlement britannique le disaient en langage de parti; le peuple le vociférait dans les rues de Londres à la façon de la populace; des ministres éclairés le disaient eux-mêmes dans le sein du cabinet anglais, et le marquis de Wellesley, frère du célèbre lord Wellington, personnage aussi clairvoyant qu'éloquent, partageant cet avis, était sorti du ministère par antipathie pour le caractère de M. Perceval et pour sa politique inflexible. Mais il y a une ornière de la guerre, ornière aussi profonde que celle de la paix quand on s'y est traîné longtemps, et dont alors on ne savait pas plus sortir en Angleterre qu'en France. On y était, on y restait, bien qu'on eût songé plus d'une fois à s'en tirer. Le résultat, il est vrai, devait donner raison à ceux qui s'obstinaient à rester dans cette ornière, mais avec un peu de sagesse de la part de Napoléon, il en eût été tout autrement.

Un sentiment honorable, mêlé à un sentiment intéressé, y retenait, il faut le reconnaître, le gros de la nation, c'était la sympathie qu'on avait conçue pour les insurgés espagnols, et le désir aussi d'empêcher Napoléon d'établir son influence dans la Péninsule. Si Napoléon avait fait un sacrifice à cet égard, ou bien si par une victoire décisive il eût dégagé l'honneur de l'Angleterre envers les Espagnols, la paix eût été immédiatement acceptée, avec de prodigieux agrandissements pour la France. Deux hommes seulement manifestaient en Angleterre une résolution inébranlable, c'étaient M. Perceval et lord Wellington. Le premier, avocat habile, cœur honnête, mais esprit étroit et indomptable, désagréable même à ses collègues par son entêtement, et devenu par ce défaut, ou cette qualité, le véritable chef du cabinet, ne voulait pas céder, uniquement par opiniâtreté de caractère. Lord Wellington, par l'intérêt de sa gloire qui grandissait tous les jours dans la Péninsule, et par une sagacité profonde qui lui faisait démêler dans la conduite des affaires d'Espagne un commencement de déraison, signe ordinaire de la fin des dominations exorbitantes, lord Wellington voulait persévérer, et disait que sans être assuré de se maintenir toujours dans la Péninsule, il croyait entrevoir cependant que le vaste empire de Napoléon approchait de sa ruine. Longues hésitations du régent. Le prince régent, arrivé depuis une année au gouvernement de l'État, hésitait entre les chefs de l'opposition, ses anciens amis, et les ministres, anciens dépositaires de la confiance de son père. Peu à peu il s'était habitué à ceux-ci, et s'était refroidi pour ceux-là; mais il sentait le danger de s'obstiner dans le système d'une guerre sans terme, et le danger aussi de remettre soudainement le pouvoir aux mains d'hommes qui n'avaient jamais dirigé cette guerre, qui la condamnaient même, dans un moment où pour la bien finir il fallait peut-être savoir y persévérer quelque temps encore. Au milieu de ces perplexités, il avait essayé au commencement de 1812, comme nous l'avons dit ailleurs, de ménager entre les ministres et les lords Grey et Grenville un rapprochement qu'il désirait beaucoup, et qu'il n'était point parvenu à opérer. Mort de M. Perceval. Tout à coup un événement imprévu, qui dans toute autre situation aurait certainement amené un changement de pouvoir en Angleterre, avait fait disparaître de la scène le principal ministre, par un crime étrange, auquel on ne put découvrir d'autre cause que la folie d'un individu. Le nommé Bellingham, espèce de maniaque, qui croyait avoir rendu en Russie des services à son pays, qui ne cessait d'en réclamer le prix tantôt auprès de l'ambassadeur, lord Gower, tantôt auprès des membres du cabinet, et qui tous les jours assiégeait les avenues du parlement pour intéresser à sa cause des protecteurs puissants, résolut de tuer l'un des personnages qu'il avait sollicités en vain. Celui qu'il aurait voulu immoler à sa vengeance était lord Gower. Il rencontra M. Perceval, et le tua d'un coup de pistolet. Il se constitua lui-même prisonnier, s'avoua coupable, et mourut avec la tranquillité d'un insensé. On avait cru d'abord à un crime politique; on se convainquit bientôt du contraire; néanmoins quelque chose de politique apparut dans ce crime, ce furent les cris féroces d'une populace exaspérée par la souffrance, et donnant des témoignages d'intérêt au misérable qui avait frappé un homme illustre, justiciable de l'histoire, mais non du poignard des assassins.

Sans la guerre de Russie, qui fit naître de nouvelles espérances, la mort de M. Perceval eût amené un changement de politique. Si un pareil événement avait eu lieu avant qu'on pût prévoir la guerre de Russie, probablement il eût amené un changement de système. Mais M. Perceval avait été frappé le 11 mai, au moment même où Napoléon marchait vers le Niémen, et cette guerre qui ouvrait des perspectives toutes nouvelles à la vieille politique de M. Pitt, ne permettait pas qu'on changeât de direction. En confiant les affaires extérieures à lord Castlereagh, le prince régent avait manifesté sa résolution de persévérer dans la politique de MM. Pitt et Perceval.