Les cadres du 4e corps (prince Eugène) étant originaires d'Italie, furent acheminés sur Augsbourg, pour, y recevoir les recrues qui devaient venir des bords du Pô à travers le Tyrol et la Bavière. Il était impossible, on le voit, de combiner ses ressources avec plus d'art, d'après les lieux et d'après le temps dont on pouvait disposer.
Nouveaux corps créés par Napoléon. La réorganisation des anciens corps étant ainsi assurée, Napoléon s'occupa des corps nouveaux qu'il était obligé de créer en toute hâte, car la nécessité d'arrêter les Russes dans leur marche offensive pouvait l'appeler sur l'Elbe dès le mois de mars. Composition des cohortes. La ressource la plus disponible était celle des cohortes, consistant en cent bataillons, qui grâce à la prévoyance de Napoléon, étaient organisés depuis environ neuf mois, et à toute la consistance désirable joignaient une instruction à peu près achevée. C'étaient des soldats de vingt-deux à vingt-sept ans, pris dans le premier ban de la garde nationale, parmi les hommes non mariés, gens robustes, un peu raisonneurs, mais destinés à former une infanterie solide et intrépide. Ils devaient leurs qualités comme leurs défauts à leur âge, à un peu de mécontentement, et à leurs officiers. En général ces officiers avaient été, lors de l'institution de l'Empire, réformés pour cause d'âge, de blessures ou d'attachement à la République. Il y en avait beaucoup qui étaient infirmes, grands parleurs, enclins à l'opposition. Il fallait en changer la moitié. On pardonna leur esprit indocile à ceux qui étaient valides, parce qu'on avait besoin d'eux, et qu'on ne doutait pas de leur bravoure devant l'ennemi. On remplaça les autres, qui n'avaient été bons que pour instruire leurs troupes, mais qui ne pouvaient les commander dans une guerre aussi active que celle qu'on prévoyait. On chercha pour cela des sujets dans la garde impériale, dans les cadres qui rentraient, et surtout dans l'armée d'Espagne, où il commençait à y avoir trop d'officiers pour ce qui restait de soldats, et où d'ailleurs les officiers étaient tous bons, car cette affreuse guerre était une école excellente. Appelés d'urgence et transportés en poste, ces officiers durent remplacer immédiatement ceux qu'on excluait des cohortes.
Le corps dit de l'Elbe composé avec des cohortes, et envoyé au prince Eugène sous le général Lauriston. Napoléon distribua ensuite les cohortes en vingt-deux régiments à quatre bataillons, chaque bataillon ayant une compagnie destinée à servir de dépôt. On leur donna de bons colonels, et on les achemina sur le Rhin vers Wesel et Mayence. Les douze premiers, formés en quatre divisions de trois régiments chacune, composèrent le corps dit de l'Elbe, et partirent immédiatement pour Hambourg, afin de se joindre au prince Eugène, et de lui apporter un renfort de 40 mille hommes de la meilleure infanterie. Le prince Eugène avec un tel renfort pouvant opposer 80 mille hommes aux Russes, n'avait plus rien à craindre, car ces derniers n'avaient encore nulle part un pareil rassemblement. La présence de ces quarante mille hommes, longeant la Hollande, traversant le Hanovre, les provinces anséatiques, devait, en attendant que les vingt-huit bataillons des maréchaux Davout et Victor fussent arrivés, contenir ces provinces si agitées et si mal disposées à notre égard. Napoléon donna à ce corps le général Lauriston pour commandant en chef. Les maréchaux, ou fatigués, ou hors de combat, commençaient à ne plus suffire. Le général Lauriston, homme sensé et ferme, qui comme ambassadeur en Russie avait cherché à prévenir la guerre, et pendant la guerre s'était conduit avec beaucoup de courage, méritait ce commandement. Napoléon l'expédia sur-le-champ pour qu'il allât consacrer tous ses soins à son corps d'armée.
Nouveaux régiments formés avec des cadres tirés d'Espagne. Napoléon songea ensuite à former deux corps sur le Rhin. Il lui restait dix régiments de cohortes, et il avait en outre un nombre assez considérable de cadres, les uns laissés dans l'intérieur au moment du départ pour la Russie, les autres successivement tirés d'Espagne. Ces derniers avaient versé leurs soldats dans les bataillons qui devaient continuer à servir au delà des Pyrénées, et étaient ensuite revenus en France réduits aux officiers, aux sous-officiers et à quelques hommes d'élite. Il y avait de quoi former avec ces divers cadres trente et quelques régiments à deux ou trois bataillons. On se hâta de les recruter avec la conscription de 1813, qui était à moitié instruite, et dont on se proposait d'achever l'éducation pendant les marches. Malheureusement ces bataillons, pris çà et là, se trouvaient rarement deux à la fois du même régiment. Dès qu'il y en avait deux dans ce cas, on avait soin de les réunir pour figurer sous le numéro du régiment lui-même, avec ses officiers supérieurs et son drapeau. On s'étudia à tirer des autres parties de l'Empire les bataillons des mêmes régiments qui étaient disponibles, afin de les faire servir ensemble. Cette fâcheuse dislocation des corps était, nous l'avons déjà dit, la suite de la politique déréglée qui, dispersant les forces de la France dans toute l'Europe, portait quelquefois les divers bataillons d'un même régiment en Illyrie, en Portugal, en Pologne.
Quant aux bataillons isolés, on les réunit au nombre de deux ou de trois sous la forme peu consistante de régiments provisoires, avec l'intention de mettre le terme le plus prochain à cette organisation temporaire.
Avec les cohortes restantes et les nouveaux régiments, Napoléon forme le premier corps dit du Rhin, et le confie au maréchal Ney. Avec huit des dix cohortes restantes, et une partie des trente et quelques régiments dont nous venons d'exposer la formation, Napoléon composa le premier corps du Rhin, le distribua en quatre belles divisions, et le confia au héros de la retraite de Russie, au maréchal Ney, qui s'était livré lui aussi à un mouvement passager de dépit lorsqu'il avait vu l'armée abandonnée par son chef, mais qui en apprenant sur l'Oder l'éclatante et juste récompense accordée à ses services (il venait d'être créé prince de la Moskowa), avait retrouvé son ardeur, et ne demandait qu'à rencontrer les Russes pour leur faire expier les succès de la dernière campagne. Une cinquième division, comprenant les Allemands des princes alliés, devait porter son corps à 50 mille hommes, et même à 60 mille en comptant l'artillerie et la cavalerie. Ce corps était destiné à frapper les premiers et les plus rudes coups. Il allait se former à Mayence d'abord, puis à Francfort, Hanau, Wurzbourg, et se mettre en marche un mois après celui de l'Elbe, c'est-à-dire au 15 mars. Le maréchal Ney revenu à Paris depuis quelques jours, moins pour y prendre un repos dont sa constitution de fer n'avait pas besoin, que pour y recevoir l'investiture de son nouveau titre, eut ordre de repartir immédiatement, et de se rendre sur les bords du Rhin, afin de veiller à l'organisation des troupes qu'il devait commander.
Napoléon compose le second corps du Rhin avec quelques-uns des nouveaux régiments, et avec l'infanterie de marine. Le second corps du Rhin fut composé de quelques-uns des régiments provisoires, et de l'infanterie de marine, dont la création déjà ancienne était due à cette active prévoyance de Napoléon qui, sachant bien que jamais il n'aurait trop de ressources pour les affaires qu'il s'attirait, enfantait une organisation nouvelle, dès qu'il en avait l'occasion, le temps et les moyens. À l'époque en effet où il rêvait de vastes expéditions maritimes, portées sur cent vaisseaux de ligne, et partant des magnifiques ports de l'Empire depuis le Texel jusqu'à Trieste, il avait formé une troupe habituée au double service de l'artillerie et de l'infanterie, et propre à combattre sur terre comme sur mer. Il avait environ 20 mille de ces artilleurs fantassins, pouvant fournir 16 mille hommes au drapeau, soldats instruits, vigoureux, et ayant le fier esprit de la marine. Napoléon ordonna leur départ immédiat pour les bords du Rhin, ce qui devait leur plaire beaucoup plus que de rester oisifs dans les arsenaux, ou d'être envoyés au delà des mers dans les climats meurtriers de nos colonies.
LE GÉNÉRAL BERTRAND.