Conséquences nombreuses et promptes de la faute commise. Les conséquences de cette faute furent immédiates, et se précipitèrent, on peut le dire, les unes sur les autres. À peine l'Autriche avait-elle pris la position de médiateur armé par sa déclaration du 12 avril, qu'elle profita du terrain acquis pour s'avancer dans la voie qu'elle venait de s'ouvrir. Le roi de Saxe était toujours à Ratisbonne, assailli des conseils, des menaces, des sollicitations de tout le monde. La Prusse l'avait sommé de se joindre à la coalition, lui promettant toutes sortes de dédommagements s'il se joignait à elle, lui adressant toute espèce de menaces s'il s'y refusait. Il avait décliné avec beaucoup de ménagement les offres de la Prusse, en se fondant sur les engagements qu'il avait contractés avec la France, et il avait adhéré aux vues de l'Autriche. Les pourparlers de celle-ci pour l'amener à renoncer au grand-duché de Varsovie n'avaient pas cessé. Cette fois elle avait un argument nouveau à produire.—La France et l'Autriche venaient, disait-elle, de se mettre d'accord. La France avait demandé la médiation de l'Autriche, l'Autriche y avait consenti. On ne faisait donc rien que de conforme aux vues de Napoléon, et on ôterait à celui-ci un grave embarras en lui apportant la renonciation de la Saxe au grand-duché de Varsovie. On rendrait ainsi la paix non-seulement facile, mais certaine. D'ailleurs il fallait sauver le solide, c'est-à-dire la Saxe, en sacrifiant le chimérique, c'est-à-dire la Pologne, et renoncer à un rêve qui n'était plus de mise dans le temps actuel.—Vaincu par ces raisons, Frédéric-Auguste, qui sentait lui-même que les conquêtes n'étaient pas sa vocation, et qu'en s'associant à un conquérant sorti de l'enfer des révolutions, il avait accepté une association autant au-dessus de son génie que de sa conscience, souscrivit à la renonciation qui lui était demandée, et la signa le 15 avril, trois jours après la déclaration de médiation armée faite par l'Autriche sur notre imprudente provocation.

Mais ce n'était pas tout ce que l'Autriche souhaitait du roi de Saxe. On savait que Napoléon allait arriver à Mayence, puis à Erfurt, pour se mettre à la tête de ses armées, et qu'il pourrait d'un mouvement de sa main reprendre le pauvre roi, retiré en Bavière, et lui faire encore perdre l'esprit, la mémoire, le sentiment du vrai, en lui promettant qu'il serait roi de Pologne. Cet enchanteur, à la fois séduisant et terrible, devait passer trop près de Ratisbonne pour qu'on y laissât le faible Frédéric-Auguste exposé à sa redoutable influence. On insista de nouveau auprès de celui-ci pour qu'il se rendît à Prague.—Les coalisés, lui disait-on, étaient entrés dans Dresde, et là ils s'apprêtaient à gouverner le royaume de Saxe à la façon du baron de Stein, à peu près comme on avait gouverné la Vieille-Prusse, en persuadant aux peuples qu'ils étaient les maîtres de leur sort, et qu'ils pouvaient se donner à qui ils voulaient, quand leurs princes désertaient les intérêts de la commune patrie. Il fallait donc qu'il se hâtât de venir à Prague, en lieu sûr, à une petite journée de Dresde, d'où il administrerait son royaume comme s'il y était, et sans courir aucune espèce de danger, ni de la part des coalisés ni de la part des Français.—

L'Autriche attire définitivement le roi de Saxe à Prague. Dans le moment même où l'on disait ces choses, le roi de Saxe avait reçu la sommation envoyée de Paris, et reproduite par le maréchal Ney, d'avoir à livrer sa belle cavalerie à ce maréchal qui en avait besoin pour ouvrir la campagne. C'était demander à cet excellent roi presque la vie. Il ressentait plus que personne la crainte des Cosaques, qui faisaient peur à ceux qu'ils venaient secourir plus qu'à ceux qu'ils venaient combattre. Trois mille cavaliers et artilleurs superbes, escortant un trésor avec lequel on payait comptant de quoi les nourrir chaque jour, étaient une sorte de garde au sein de laquelle ce roi fugitif dormait en repos. En outre les chefs de ses troupes avaient déclaré ne plus vouloir servir avec les Français. En présence de ces circonstances, le comte de Marcolini, vieillard complaisant, de même humeur que son maître, ayant un peu plus d'esprit mais beaucoup moins d'honneur, et gouvernant ce maître par habitude, lui persuada que la retraite à Prague était la seule résolution à prendre. Presque en même temps le ministre de France, M. de Serra, insistant pour avoir une réponse relativement à la cavalerie, Frédéric-Auguste saisi d'épouvante, et plein de regrets de s'être mis dans de tels embarras pour la chimère de ses ancêtres, se décida brusquement à partir. Il avait auprès de lui un ministre éclairé, M. de Senft, qui l'avait jusque-là maintenu dans l'alliance de la France, et qui avait joué à Dresde le même rôle que M. de Metternich à Vienne, M. de Hardenberg à Berlin, M. de Cetto à Munich. Il fut vaincu comme tous ces partisans de l'alliance française, et céda. Départ du roi de Saxe, et sa sortie de Ratisbonne. Sans avertir le ministre de France, dans la nuit du 19 au 20 avril, la cour de Saxe partit pour Prague dans une longue suite de voitures, au milieu de trois mille cavaliers et artilleurs sortant de Ratisbonne le sabre au poing, la mèche allumée, dans la crainte de rencontrer les Français, et prenant la route de Lintz, afin de les éviter. M. de Serra reçut au dernier moment une lettre pour l'Empereur, dans laquelle le bon Frédéric-Auguste disait que sur l'invitation de l'Autriche, dont il connaissait la parfaite entente avec la France, il se rendait à Prague, mais toujours en restant l'allié fidèle du grand monarque qui l'avait comblé de tant de bienfaits.

Lorsque cette nouvelle parvint à Vienne, l'empereur François et son ministre M. de Metternich ne cachèrent guère leur joie de tenir enfin un si précieux instrument de leurs desseins. L'Autriche ramène son corps auxiliaire en Gallicie, et décide que le corps polonais sera désarmé pour être conduit auprès de l'armée française. Au même instant, croyant n'avoir plus autant à se cacher, relativement au corps auxiliaire, ils écrivirent au prince Poniatowski qu'il fallait évacuer Cracovie, et rentrer dans les États autrichiens, car les hostilités allaient recommencer, et on ne voulait pas attirer les Russes en Bohême en se battant contre eux. On l'avertit de plus que pendant le trajet, les armes des Polonais, des Saxons et des Français, seraient déposées sur des chariots pour leur être ensuite restituées. Cet avis fut donné au prince Poniatowski au moment même où lui arrivait de Paris l'ordre de se préparer à rentrer en campagne, et à coopérer avec le corps autrichien, qui allait recevoir de son côté les instructions de Napoléon. Le prince Poniatowski s'était hâté de mander le tout à M. de Narbonne, pour que cet ambassadeur lui expliquât ces énigmes auxquelles il ne comprenait plus rien.

M. de Narbonne apprenant la brusque fuite du roi de Saxe à Prague, la retraite forcée du corps polonais, le projet de désarmer ce corps, et l'espèce de défection du corps autrichien auxiliaire, reconnut dans cet ensemble de faits le développement des desseins de l'Autriche, qui moins gênée depuis qu'elle s'était hardiment constituée médiatrice, d'un côté attirait le roi de Saxe à Prague pour apporter à son plan de pacification l'adhésion si importante de ce prince, de l'autre ramenait les troupes autrichiennes en arrière pour mettre un terme à son rôle de puissance belligérante, et enfin faisait disparaître avec le corps polonais les restes du gouvernement du grand-duché, retirés sur la frontière de la Gallicie. En effet, depuis l'évacuation de Varsovie, les ministres du grand-duché s'étaient réfugiés avec le prince Poniatowski à Cracovie, où ils présentaient un dernier semblant de gouvernement de Pologne.

Vives explications de M. de Narbonne avec M. de Metternich au sujet du roi de Saxe et du corps polonais. M. de Narbonne qui s'était constitué le surveillant assidu de la politique autrichienne, courut de nouveau chez M. de Metternich, pour lui demander compte de tant de singularités, qui venaient de se produire presque en même temps. Il trouva M. de Metternich embarrassé d'avoir à répondre à tant de questions, et presque fâché de ce que les résultats qu'il désirait se fussent accomplis si vite. Commençant par le roi de Saxe, M. de Metternich se hâta de dire à M. de Narbonne qu'il leur était tombé en Bohême comme la foudre, et que personne n'était plus surpris que l'empereur et lui de cette soudaine arrivée à Prague.—Comme la foudre, soit, lui répondit M. de Narbonne, mais je vous crois aussi habile que Franklin à la diriger.—Du reste l'ambassadeur de France ne s'arrêta pas davantage à un sujet sur lequel il n'aurait eu que des démentis à donner, ce qui n'était ni séant ni politique, et il en vint tout de suite au point le plus important, c'est-à-dire à la prétention qu'on avait de ramener le corps polonais en Bohême, et de l'y désarmer, ce qui exigeait une explication immédiate, car il pouvait survenir à Cracovie un conflit entre le prince Poniatowski et le comte de Frimont, chargé du désarmement, et même un éclat direct avec l'Autriche, si les ordres de Napoléon au corps auxiliaire autrichien ne rencontraient que la désobéissance. M. de Metternich ne voulant pas avouer l'arrangement secret signé avec les Russes, s'excusa le plus adroitement qu'il put, en disant que l'avis donné au prince Poniatowski était un avis tout amical, qui ne l'obligeait à rien; qu'ayant rempli loyalement les devoirs de compagnons d'armes envers les Polonais depuis la retraite commencée en commun, on les prévenait de l'impossibilité où l'on allait être de les soutenir; que les Russes approchaient en force, qu'on ne voulait pas les attirer sur le territoire autrichien en les combattant de nouveau, et se mettre d'ailleurs en contradiction avec le rôle de médiateur qu'on venait de prendre à l'instigation de la France; qu'on était donc résolu à rentrer en Gallicie où l'on espérait n'être pas suivi, si on s'abstenait de toute hostilité, et que par suite on avait offert au prince Poniatowski de s'y retirer avec les Autrichiens, pour n'être pas fait prisonnier, ce qui entraînait l'obligation de déposer momentanément les armes, car il n'était pas d'usage de traverser en armes un territoire neutre.

Embarras de M. de Metternich, naissant de son rôle complexe d'allié et de médiateur. Telles furent les explications de M. de Metternich. Il y avait bien des réponses à lui opposer, car s'il avait pris une position simple et vraie, en nous conseillant ouvertement la paix, et en se chargeant sur notre provocation du rôle de médiateur pour y travailler, il s'en fallait qu'il eût osé prendre une position aussi franche à l'égard du traité d'alliance. En effet, tout en le disant insuffisant dans quelques-unes de ses dispositions, il ne contestait pas le principe de l'alliance, et dès lors le concours des forces demeurait obligatoire, au moins pour le corps auxiliaire autrichien. Il restait donc bien des moyens de répondre à M. de Metternich, mais il eût été beaucoup plus habile de le laisser dans l'idée qu'il pouvait remplir à la fois les deux rôles de médiateur et d'allié, afin de lui imposer le plus longtemps possible les obligations du rôle d'allié. Malheureusement M. de Narbonne n'avait pas été envoyé dans cette intention, et il persista à embarrasser son antagoniste.—Le traité d'alliance, lui dit-il, existait encore; M. de Metternich en convenait, et mettait même beaucoup de soins à le soutenir. À la vérité, on considérait ce traité comme n'étant plus entièrement applicable aux circonstances, mais en ce point seulement qu'un secours de trente mille hommes ne paraissait plus proportionné à la gravité de la situation. Il n'en résultait pourtant pas que le secours de trente mille hommes serait lui-même refusé. Ces trente mille Autrichiens joints aux Polonais pouvaient présenter une force de quarante-cinq mille hommes, qui placés sur le flanc gauche des coalisés, leur porterait des coups sensibles, ou du moins paralyserait par sa seule présence cinquante mille de leurs soldats. Enfin Napoléon partant pour l'armée avait annoncé qu'il donnerait bientôt des ordres au corps autrichien, en vertu du traité du 14 mars 1812. Allait-on désobéir, déclarer que le traité n'existait plus, le déclarer à l'Europe, à Napoléon lui-même? Et puis ne songeait-on pas à l'honneur des armes? Allait-on se retirer devant quelques mille Russes, car le corps de Sacken n'était pas de plus de vingt mille hommes, et après être rentré ainsi timidement dans ses frontières, irait-on s'y cacher, et désarmer ses propres alliés? Était-ce là une conduite digne de l'Autriche? Ces alliés eux-mêmes consentiraient-ils à remettre leurs armes, quand parmi eux surtout se trouvaient des Français? Et s'ils refusaient de les remettre, les désarmerait-on de vive force, ou bien les livrerait-on aux Russes?...—

M. de Metternich échappe à son embarras en considérant la question du point de vue de la prudence. Il n'y avait rien à répondre à ces observations, M. de Metternich n'ayant eu encore que la hardiesse de se déclarer médiateur, et n'ayant pas eu celle de dépouiller entièrement la qualité d'allié. Aussi, évitant des questions trop embarrassantes, M. de Metternich se porta sur un terrain où il lui était plus facile de se défendre, celui de la prudence.—Qu'importaient à Napoléon, qui allait pousser de front avec sa redoutable épée les maladroits coalisés venus au-devant de lui, qu'importaient, dit M. de Metternich, quelques mille Autrichiens et Polonais de plus à Cracovie? Pour une satisfaction assez vaine, celle de compromettre l'Autriche (car au fond on ne voulait pas autre chose), on allait la placer dans une position fausse à l'égard des puissances belligérantes, auxquelles elle avait à se présenter comme arbitre, rendre impossible son rôle de médiatrice, l'exposer à un soulèvement de l'opinion publique si elle tirait un coup de fusil contre les coalisés, lui faire peut-être perdre le timon des affaires allemandes, qu'elle tenait déjà d'une main tremblante et tourmentée. Si elle refusait ces trente mille hommes aujourd'hui, c'était pour en offrir cent cinquante mille plus tard, lorsqu'on serait convenu de conditions de paix acceptables, ce qui dépendait de la France seule, et ce qu'elle pouvait même rendre instantané. Il fallait d'ailleurs être raisonnable, et ne pas demander à l'Autriche de se battre contre les Allemands pour les Polonais. Ce n'était pas là une situation soutenable, dans l'état des opinions à Vienne, à Dresde, à Berlin. Quant à l'honneur, on y avait songé, et si on voulait se retirer, c'était parce qu'on était sûr d'avoir devant soi des forces considérables. Quant aux Polonais, on offrait de les recevoir, de les nourrir, et on ne le ferait que pour plaire à la France, car les admettre en Gallicie c'était accepter déjà la plus incommode visite, et ce serait s'exposer à la plus dangereuse que de les y laisser armés. De plus leur souverain, le roi de Saxe, avait consenti à leur désarmement momentané. Restait le bataillon français: eh bien, quant à celui-là, on comprenait sa susceptibilité justifiée par tant d'exploits! on ferait à Napoléon le sacrifice de respecter dans ces quelques centaines d'hommes, sa gloire, celle de l'armée française, et on violerait les principes en autorisant ce bataillon à demeurer en armes sur un territoire neutre, car effectivement on avait, au su de Napoléon, déclaré neutre le territoire de la Bohême pour empêcher les Russes d'y pénétrer.

M. de Narbonne voyant le danger de pousser l'Autriche trop vivement, s'arrête, et demande de nouvelles instructions à sa cour. En abandonnant le terrain du droit pour se porter sur celui de la prudence, M. de Metternich redevenait plus fort, et on ne pouvait regretter qu'une chose, c'est que la situation ne lui permît pas d'être plus franc, et que M. de Narbonne n'eût pas la permission d'être plus modéré, car nous serions arrivés sur-le-champ à une médiation équitable et acceptée de l'Europe entière. Quoi qu'il en soit, M. de Narbonne reconnut tout de suite qu'on s'abusait en voulant obtenir de l'Autriche un concours efficace avec nos conditions sous-entendues de paix, et que la neutralité était tout ce qu'on pourrait en attendre, et encore au prix de victoires promptes et décisives. Il en fit part à M. de Bassano, en sollicitant des directions nouvelles pour la situation si difficile dans laquelle il se trouvait placé. Un nouveau fait que lui mandait de Munich notre ambassadeur, M. Mercy d'Argenteau, révélait tout le travail de l'Autriche pour amener des adhérents à son système de médiation armée. Elle avait cherché à faire de la Bavière ce qu'elle avait fait de la Saxe, une alliée de la France à double entente, alliée, si la France acceptait une paix allemande, ennemie, si elle persistait à vouloir une paix oppressive pour l'Allemagne. La Bavière, affamée de repos, assaillie des cris du patriotisme germanique, avait prêté l'oreille aux propositions de l'Autriche, et les avait presque admises, jusqu'au moment où celle-ci, songeant à ses propres intérêts, lui avait redemandé la ligne de l'Inn, ce qui entraînait pour la Bavière un sacrifice de territoire, sans compensation possible. Au simple énoncé de cette prétention, la Bavière était redevenue fidèle à la France, et plusieurs indiscrétions calculées de sa part avaient appris à notre légation que l'Autriche avait essayé sans succès de séduire l'un de nos alliés allemands. Ces détails avaient été mandés à M. de Narbonne à Vienne, à M. de Bassano à Paris. Ils confirmaient pleinement les idées qu'on ne pouvait manquer de se faire en voyant agir la cour de Vienne, et en l'entendant parler, c'est qu'elle cherchait à créer un parti intermédiaire, pour parvenir à une paix à son gré, au gré de l'Allemagne, et non au gré de Napoléon! Hélas! que n'acceptions-nous une telle paix, qui ne retranchait rien à notre grandeur véritable, et ne retranchait quelque chose qu'à cette grandeur chimérique et impossible que Napoléon s'obstinait à défendre!

Napoléon apprend à Mayence tout ce qui s'était passé en Autriche. Ces faits si importants et si multipliés de la politique européenne s'étaient passés du 1er au 20 avril, pendant que Napoléon préparait son départ de Paris, en partait, arrivait à Mayence, et y donnait ses premiers ordres. Rendu le 17 avril à Mayence, il s'était mis tout de suite au travail, et pendant qu'il portait sur toutes choses son regard ardent et sa main puissante, il avait arrêté au passage les courriers diplomatiques allant et venant, et avait appris, non pas complétement, car tous les courriers ne traversaient pas Mayence, mais suffisamment, ce que nous venons de rapporter, et avait pu s'en faire une idée au moins approximative. Ce qui l'avait le plus surpris, c'était le brusque départ du roi de Saxe pour Prague, au moment où l'armée française arrivait pour dégager ses États; c'était la politique si compliquée de l'Autriche à l'égard de ce prince, et il avait même supposé, ne sachant pas tout, que l'Autriche voulait entraîner le malheureux Frédéric-Auguste à commettre des fautes, pour le perdre dans l'affection de la France, et ôter à celle-ci tout motif de lui conserver le grand-duché de Varsovie. La retraite du corps autrichien lui avait paru moins obscure, et il avait vu que l'Autriche, sans nier l'alliance, en repoussait les obligations. Son irritation surtout par rapport au désarmement des Polonais. Il défend au prince Poniatowski de livrer ses armes. Mais le désarmement des Polonais l'avait indigné, et il avait expédié un courrier à Cracovie, pour enjoindre au prince Poniatowski de ne se laisser désarmer à aucun prix, de rentrer, s'il le fallait, en Pologne, d'y faire à tout risque la guerre de partisans, et de périr plutôt que de remettre ses armes, ajoutant avec une véhémence et une grandeur de langage qui n'appartenaient qu'à lui: L'Empereur ne tient nullement à conserver des hommes qui se seraient déshonorés.—De plus, il maintenait l'avertissement, donné au comte de Frimont, de se tenir prêt à obéir à ses premiers ordres.