Après avoir donné ces ordres dans la soirée même du 22, Napoléon voulut que le 23 au matin les corps de Lauriston, Macdonald et Ney, qui avec la cavalerie du général Sébastiani composaient une masse de 80 mille hommes au moins, poussassent encore une fois l'ennemi devant eux, et le rejetassent fort au delà de la Katzbach. Au point du jour le corps de Lauriston à droite, celui de Macdonald au centre, la cavalerie de Latour-Maubourg à gauche, se déployèrent le long de la Katzbach, pendant que Ney à trois lieues au-dessous, se portait avec son corps et la cavalerie de Sébastiani devant Liegnitz. Blucher avait rangé les troupes russes de Langeron et les troupes prussiennes d'York, derrière la Katzbach et sur les hauteurs du Wolfsberg. La division Girard attaqua les bords de la rivière vers Niederau, et eut un engagement très-vif avec la division prussienne du prince de Mecklembourg. Le général Girard, après avoir démonté l'artillerie de l'ennemi et ébranlé son infanterie à coups de canon, l'aborda brusquement à la baïonnette. Blucher est forcé de se replier sur Jauer après une perte de 8 mille hommes en quelques jours. Les Prussiens culbutés et acculés sur la Katzbach se couvrirent de leur cavalerie, qui fut bientôt repoussée par celle du général Latour-Maubourg, et repassèrent enfin la Katzbach, que le général Girard franchit à leur suite. À droite, le général Lauriston ayant opéré son passage vers Seyfnau, assaillit les hauteurs du Wolfsberg, les enleva trois fois aux Russes, et trois fois les reperdit. Mais le 135e, de la division Rochambeau, s'en rendit maître par un dernier effort, et l'action se trouva dès lors décidée en notre faveur. Blucher se voyant en même temps débordé à deux ou trois lieues sur sa droite, par le mouvement du maréchal Ney sur Liegnitz, se replia en toute hâte vers Jauer.
Napoléon emmène avec lui le maréchal Ney, et confie au maréchal Macdonald le commandement des corps laissés sur le Bober. Cette inutile violation du droit des gens avait coûté environ 8 mille hommes au général prussien, et à nous la moitié tout au plus. Malheureusement elle n'avait pas ébranlé le moral d'un ennemi combattant avec l'acharnement du désespoir. Napoléon, qui avait éprouvé l'inconvénient de laisser plusieurs maréchaux ensemble quand sa présence ne les dominait point, et qui prévoyait de rudes batailles pour lesquelles il lui convenait d'avoir le maréchal Ney sous sa main, résolut de l'emmener avec lui, et de confier le 3e corps au général Souham. De la sorte il n'allait rester sur ce point qu'un maréchal et deux lieutenants généraux. Le maréchal était Macdonald, chef du 11e corps, et les lieutenants généraux étaient Lauriston et Souham, chefs des 5e et 3e corps. Napoléon en remettant le commandement supérieur à Macdonald, lui donna pour instruction de tenir ses troupes légères en observation entre le Bober et la Katzbach, mais de camper avec le gros de ses forces derrière le Bober même, entre Lowenberg et Buntzlau, et d'avoir des postes de correspondance à droite dans les montagnes de Bohême, à gauche dans les plaines de la Lusace, afin d'être constamment averti des moindres mouvements de l'ennemi. Rôle assigné au maréchal Macdonald. Sa mission principale était d'abord de défendre le Bober contre Blucher, et ensuite d'intercepter les routes qui vont de la Bohême en Prusse, afin d'empêcher les détachements que l'ennemi pourrait diriger vers Berlin, contre le corps du maréchal Oudinot. Toujours occupé, comme on le voit, de la marche de ce maréchal sur la capitale de la Prusse, pour laquelle il avait déjà trop étendu le cercle de ses opérations, Napoléon continuait à faire à cet objet des sacrifices regrettables, car Macdonald laissé à quarante lieues de Dresde, pouvait, quoique débarrassé de l'ennemi en ce moment, être assailli de nouveau avec plus de vigueur, et courir de grands dangers en attendant qu'on vînt à son secours.
Napoléon, arrivé à Gorlitz, y trouve une multitude de nouvelles venues de Dresde. Ces dispositions prises, Napoléon ayant vu Blucher en retraite sur Jauer, partit pour Gorlitz, vers le milieu du jour, tandis que la garde, le corps de Marmont et la cavalerie de Latour-Maubourg y marchaient au pas des troupes. Les nouvelles se multipliaient à mesure qu'il approchait, et lui peignaient la ville de Dresde comme fort émue. Effroi causé à Dresde par l'apparition de la grande armée des coalisés. Le roi de Saxe, la population, les généraux mêmes préposés à la défense de ce poste important, étaient frappés de la masse immense d'ennemis qui venant de la Bohême, descendaient des montagnes sur les derrières de cette capitale. Les rapports s'accordaient unanimement à dire que les hauteurs qui entourent Dresde sur la rive gauche de l'Elbe, étaient couvertes de soldats de toutes nations. On y voyait poindre au sommet des coteaux la lance des Cosaques tant redoutée des habitants paisibles.
Route qu'avait suivie cette armée. La grande armée de la coalition, celle qui, composée de Prussiens, de Russes, d'Autrichiens, au nombre de 250 mille hommes, devait profiter de la Bohême pour tourner la position de l'Elbe, avait en effet exécuté le plan arrêté à Trachenberg, et après avoir opéré sa concentration, entre Tetschen et Commotau (voir la carte no 58), venait de déboucher en Saxe par tous les défilés de l'Erz-Gebirge. Elle avait marché sur quatre colonnes, formées d'après l'emplacement des troupes. Après avoir passé l'Elbe en Bohême, les coalisés étaient entrés en Saxe par les divers défilés des montagnes. Les Russes venant du fond de la Bohême, puisqu'ils partaient de la Silésie, n'avaient guère pu dépasser l'Elbe, et avaient pris la chaussée de Péterswalde, qui longe le camp de Pirna, et descend sur Dresde en ayant toujours l'Elbe en vue. Le corps prussien de Kleist marchant en avant des Russes, avait suivi la route qui se trouvait un peu plus à gauche (gauche des coalisés débouchant en Saxe), laquelle était moins bien frayée, mais encore fort praticable, et passait par Tœplitz, Zinnwald, Altenberg, Dippoldiswalde. Les Autrichiens, les plus avancés parce qu'ils partaient de chez eux, avaient pris la chaussée de Commotau à Marienberg et Chemnitz, qui est à la gauche des précédentes, et forme la grande route de Prague à Leipzig. Les nouvelles levées autrichiennes composant sous le général Klenau une quatrième colonne, devaient par Carlsbad et Zwickau s'abattre sur Leipzig.
Décidés d'abord à se porter sur Leipzig, les coalisés sont incertains sur la marche à suivre. Mais à peine était-on en marche que le plan arrêté par les coalisés à Trachenberg avait été modifié, grâce à l'instabilité des conseils militaires de la coalition, où personne ne commandait, parce que personne n'en était tout à fait capable. Arrivée du général Moreau au quartier général de l'empereur Alexandre. Le commandement nominal avait bien été déféré au prince de Schwarzenberg pour flatter l'Autriche, mais au fond l'empereur Alexandre regrettait de ne pas l'avoir pris lui-même, aurait bien voulu le ressaisir, surtout depuis l'arrivée à son camp du général Moreau et du général Jomini, avec le secours desquels il croyait pouvoir conduire glorieusement les affaires de la coalition.
Avec quelles idées il y était venu, et comment on l'avait peu à peu entraîné à donner des conseils aux ennemis de son pays. Le général Moreau, comme nous l'avons déjà dit, revenu d'Amérique au bruit du désastre de Napoléon en Russie, sans autre but qu'une espérance vague de rentrer dans son pays par des voies honnêtes, avait formé un projet qui n'était pas dépourvu de chances de succès. Ayant appris que l'empereur Alexandre avait plus de cent mille prisonniers français, tous exaspérés contre l'auteur de l'expédition de Moscou, il avait imaginé qu'on pourrait bien armer quarante ou cinquante mille d'entre eux, les transporter au moyen de la marine anglaise en Picardie, et il répondait en marchant avec eux sur Paris de renverser le trône impérial, pourvu que les souverains alliés le munissent d'un traité de paix dans lequel la France, laissée libre de se choisir un gouvernement, conserverait ses limites naturelles, les Alpes et le Rhin. Moreau, aimant la liberté, ayant en haine le gouvernement despotique qui pesait alors sur la France, se croyant supérieur aux lieutenants de Napoléon, prétendait qu'il leur passerait sur le corps à tous, moyennant qu'il se présentât à la tête de soldats français, qu'il annonçât une paix honorable, une liberté sage, et la fin de l'épouvantable carnage auquel Napoléon obligeait l'Europe par son ambition démesurée. Sans liaisons avec les Bourbons, n'étant aucunement porté vers eux, il admettait cependant que l'on cherchât à concilier cette antique famille avec la Révolution française, et qu'on la rappelât pour établir un gouvernement à la fois stable et libéral, qui mît fin aux longs troubles de la France[8]. C'est avec ces idées qu'il était venu à Stockholm, et là son ancien camarade Bernadotte, feignant d'écouter ses scrupules, mais réchauffant ses haines, lui promettant qu'il trouverait auprès de l'empereur Alexandre satisfaction pour tous ses désirs, l'avait envoyé au quartier général russe. Alexandre avait accueilli ce proscrit avec des honneurs infinis, l'avait traité en ami, et avait calmé ses scrupules en lui affirmant qu'on n'en voulait ni à la France ni à sa grandeur, qu'on était prêt à lui laisser les belles conditions du traité de Lunéville, qu'on n'entendait lui imposer aucune forme de gouvernement, et qu'on s'empresserait au contraire de reconnaître celui qu'elle aurait elle-même choisi, ce gouvernement fût-il celui de la république. Repoussant comme impraticable le projet d'armer les prisonniers français, il avait par une pente insensible, d'où toutes les apparences coupables étaient soigneusement écartées, amené l'infortuné Moreau à la déplorable résolution, non pas de servir contre la France, mais de rester auprès des souverains qui la combattaient, différence qui pouvait lui faire illusion, mais qui n'en était pas une, car il était impossible qu'il résidât auprès d'eux pendant cette cruelle guerre sans les éclairer au moins de ses conseils. Pour achever cette séduction, Alexandre avait employé sa sœur, la grande-duchesse Catherine, veuve du duc d'Oldenbourg, princesse remarquable par l'esprit, le caractère, les agréments extérieurs, et tous deux, traitant Moreau comme un ami, l'avaient ainsi aveuglé, étourdi par les plus adroites flatteries, et l'avaient entraîné définitivement sur la voie où il allait rencontrer la plus cruelle des morts, celle qui avec sa vie devait emporter sinon sa gloire, du moins son innocence. C'est depuis qu'il avait Moreau à ses côtés qu'Alexandre regrettait le commandement général. Il aurait voulu le prendre pour chef d'état-major, et avec lui diriger la guerre. Mais il n'était pas possible d'imposer Moreau au prince de Schwarzenberg, ni comme supérieur ni comme subordonné, et de lui ménager un rôle même séant, soit pour lui, soit pour les généraux de la coalition. Son attitude et sa situation au camp des coalisés. Moreau se trouvait ainsi dans le camp des coalisés à titre d'ami privé de l'empereur Alexandre, vivant tantôt près de lui, tantôt près de la grande-duchesse Catherine qui était établie à Tœplitz, n'aimant point à figurer dans ces conseils militaires où l'on parlait si longuement, où l'on était à la fois bouillant d'un patriotisme qui était pour lui un reproche, et plein d'idées théoriques qui n'allaient pas à son génie simple et pratique, se bornant à donner directement ses avis à Alexandre, réussissant rarement à les faire prévaloir à travers le chaos des avis contraires, et déjà cruellement puni de sa faute par la position fausse, gênée, presque humiliante, qu'il avait au milieu des ennemis de sa patrie.
Arrivée du général Jomini au quartier général de la coalition. Le général Jomini, Suisse de naissance, écrivain militaire supérieur, et dans la pratique de la guerre officier d'état-major d'un jugement aussi sûr qu'élevé, avait rendu à l'armée française, soit à Ulm, soit à la Bérézina, soit à Bautzen, des services dont il avait été mal récompensé. Comment il y avait été amené. À Bautzen notamment, après avoir signalé au maréchal Ney le vrai point où il aurait fallu marcher, il avait reçu une punition au lieu d'une récompense, ce qu'il devait aux mauvais offices du prince major général, dont il avait souvent blessé la susceptibilité. Vif, irritable, ayant voulu plusieurs fois donner sa démission et entrer au service de la Russie qui s'était empressée de répondre favorablement à ses désirs, il n'avait pas su se contenir en éprouvant le dernier désagrément qu'on venait de lui infliger, et pendant l'armistice il avait passé aux Russes, sans emporter, comme on l'a dit, des plans qu'il ignorait, sans manquer à sa patrie puisqu'il était originaire de la Suisse, mais ayant le tort de ne pas sacrifier des griefs même fondés à une vieille confraternité d'armes, et se préparant ainsi des regrets qui devaient attrister sa vie. Il était arrivé auprès d'Alexandre, qui, connaissant son mérite, lui avait fait le plus brillant accueil. Là il parlait haut, avec la chaleur d'un esprit ardent et convaincu, déplaisait aux généraux alliés en vantant Napoléon et les Français qu'il était presque fâché d'avoir quittés, et censurait sans ménagement tous les projets militaires formés à Trachenberg. Les généraux Jomini et Moreau improuvent le plan de marcher sur Leipzig. Il n'avait pas eu de peine à prouver à l'empereur Alexandre que marcher sur Leipzig était une insigne folie, que se porter sur les communications de l'ennemi lorsqu'on était sûr de ne pas compromettre les siennes, et qu'on ne craignait pas une rencontre décisive, pouvait être une bonne manière d'opérer, mais que ce n'était pas le cas ici, car, une fois à Leipzig, on serait exposé à être coupé de la Bohême, on aurait Napoléon derrière soi à la tête de trois cent mille hommes toujours victorieux jusqu'alors, et si dans cette position on perdait une bataille, on n'en reviendrait pas, les montagnes de la Bohême étant occupées par lui, et l'Elbe étant jusqu'à Hambourg dans ses terribles mains. Le général Moreau, consulté, avait trouvé cet avis parfaitement juste, et on avait renoncé à se diriger sur Leipzig. D'après ce conseil on se replie en se rapprochant de Dresde. On avait résolu, au lieu d'appuyer à gauche, d'appuyer à droite, et de se rapprocher des bords de l'Elbe. Les deux premières colonnes, celle qui avait passé par Péterswalde, et celle qui avait passé par Zinnwald et Altenberg, avaient cheminé tout près de Dresde; mais il avait fallu ramener la troisième par Marienberg et Sayda sur Dippoldiswalde, la quatrième par Zwickau et Chemnitz sur Tharandt. (Voir la carte no 58.) On s'était ainsi reporté sur Dresde sans savoir précisément ce qu'on y ferait; mais on avait l'avantage, en restant adossé aux montagnes de Bohême, de conserver toujours ses communications, d'être comme une épée de Damoclès suspendue sur la tête de Napoléon, et de pouvoir au besoin, si l'occasion était favorable, se jeter sur Dresde pour enlever cette ville, ce qui était le plus grand dommage qu'on pût causer aux Français. Tandis qu'on exécutait ce mouvement transversal de gauche à droite, en suivant le pied de l'Erz-Gebirge, on avait appris l'apparition de Napoléon en Bohême, circonstance qui avait fait craindre de sa part une marche sur Prague, et rendu plus évidente la convenance de rebrousser chemin vers l'Elbe. Puis à Dippoldiswalde même on avait connu la marche de Napoléon sur le Bober, et la situation périlleuse de Blucher. C'était le cas de tenter quelque chose, et de profiter de l'absence de Napoléon pour frapper un grand coup, pour enlever Dresde par exemple, ce que conseillaient les esprits hardis, ce que craignaient les esprits timides, ce que les esprits sages comme Moreau faisaient dépendre de l'état dans lequel on trouverait les défenses de cette ville.
Apparition de la grande armée de Bohême sur les derrières de Dresde. C'est ainsi que la grande armée des coalisés était arrivée à déployer ses masses imposantes autour de la belle capitale de la Saxe. La colonne qu'on avait aperçue la première était la colonne russe de Wittgenstein, qui descendant le plus près de l'Elbe par la route de Péterswalde, avait rencontré le maréchal Saint-Cyr devant le camp de Pirna. Ce qu'on appelle le camp de Pirna consiste dans un plateau très-élevé, adossé à l'Elbe, taillé à pic presque de tous les côtés, appuyé à gauche au fort de Kœnigstein, à droite au château de Sonnenstein et à la ville de Pirna. La grande route de Bohême par Péterswalde, après avoir franchi les montagnes, s'enfonce vers Hollendorf dans des terrains creux, puis remonte à Berg-Gieshübel sur un autre plateau situé au-dessous de celui de Pirna, passe presque sous son feu, mais à une distance qui rend le passage possible, de manière que la position de Pirna, quoique invincible en elle-même, ne donne cependant pas le moyen de barrer absolument la route de Péterswalde. Seulement une armée établie dans cette position, outre qu'elle a dans le camp de Pirna un asile assuré, y trouve aussi un poste d'où elle peut gêner, arrêter même en opérant bien l'ennemi qui veut suivre la route de Péterswalde, soit pour descendre en Saxe, soit pour remonter en Bohême.
Retraite du maréchal Saint-Cyr sur Dresde. Le maréchal Saint-Cyr, après avoir occupé par sa première division les forts de Kœnigstein et de Lilienstein, entre lesquels était jeté un pont sur l'Elbe, avait placé la seconde sur la route de Péterswalde, de manière à ralentir la marche de l'ennemi, et à pouvoir se replier sur Dresde comme il en avait l'ordre. Celle-ci avait défendu pied à pied le plateau de Berg-Gieshübel, avec un aplomb remarquable chez des soldats à peine formés. Pendant ce temps la troisième des divisions du maréchal Saint-Cyr observait le second débouché, celui qui de Tœplitz vient aboutir sur Zinnwald, Altenberg, Dippoldiswalde, et la quatrième enfin placée à la droite de Dippoldiswalde, et veillant sur la grande route de Freyberg, servait de soutien au général Pajol, qui faisait le coup de sabre avec les avant-gardes de la cavalerie autrichienne arrivant par les débouchés les plus éloignés.
Distribution des divisions du maréchal Saint-Cyr autour de Dresde. Le 23 août le maréchal Saint-Cyr ayant confié, comme nous venons de le dire, à sa première division (42e de l'armée) la garde des deux forts de Kœnigstein et de Lilienstein, et tous les postes des bords de l'Elbe afin d'empêcher l'ennemi de passer d'une rive à l'autre, s'était replié en ordre sur Dresde, où il avait ainsi, outre la garnison, trois divisions d'infanterie avec les cavaleries Lhéritier et Pajol. Ces forces appuyées sur des ouvrages de campagne, et sur les défenses de la ville, étaient capables d'opposer une résistance sérieuse à l'ennemi, quoiqu'il comptât dès les premiers jours 150 mille hommes, et 200 mille les jours suivants. Les trois divisions d'infanterie du maréchal Saint-Cyr[9] ne devaient pas comprendre moins de 21 ou 22 mille hommes. Véritable chiffre de ses forces. On pouvait tirer de la garnison 5 à 6 mille hommes, quelques-uns Allemands il est vrai, pour les porter sur la rive gauche, et les généraux Lhéritier et Pajol avaient bien 4 mille chevaux. Le maréchal Saint-Cyr disposait ainsi de 31 à 32 mille hommes avec beaucoup d'artillerie attelée pour aider l'artillerie de position. Il avait donc les moyens de disputer la place à l'ennemi, et de donner à Napoléon le temps de manœuvrer autour d'elle comme il le jugerait utile au plus grand bien des opérations.