Marche successive de tous les corps français sur Leipzig. À l'instant même, c'est-à-dire le 12 entre dix heures et midi, il fit ses calculs et donna ses ordres en conséquence. Murat qui le 11 avait vu recommencer le mouvement offensif de l'armée de Bohême, pouvait bien mettre toute la journée du 12 à se replier sur Leipzig, et s'y défendre le 13, le 14, même le 15, avec les secours qui allaient successivement lui parvenir. Marche de Marmont, et appel d'Augereau à Leipzig. En effet Marmont déjà porté à Dölitzsch n'était séparé de Leipzig que par une marche, et en lui expédiant immédiatement l'ordre de s'y rendre, devait y être le 12 au soir, ou le 13 au matin au plus tard. Ce renfort de près de 25 mille hommes, cavalerie comprise, joint à Augereau dont on annonçait l'arrivée, procurerait à Murat 90 mille hommes environ pour la journée du 13. Marche de la garde et de Latour-Maubourg. La garde et Latour-Maubourg avaient été tenus autour de Düben, et pouvaient s'y replier dans la journée pour franchir la Mulde et s'acheminer sur Leipzig. S'il n'avait pas fallu passer par cet unique pont de Düben avec d'immenses convois d'artillerie et de bagages, la garde et Latour-Maubourg auraient pu être le soir même de l'autre côté de la Mulde, et avoir fait une première marche sur Leipzig, ce qui leur aurait permis d'y être le lendemain 13 au soir. En comptant la garde à 38 mille hommes de toutes armes après les fatigues qu'on venait d'essuyer, Latour-Maubourg à six mille cavaliers (les effectifs sur le papier étaient bien supérieurs), c'étaient encore 44 mille hommes qui, le 13 au soir ou le 14 au matin, allaient renforcer le rassemblement de Murat, le porter à 134 mille hommes, et former entre l'armée de Bohême et celle de Silésie un mur impénétrable. Marche de Bertrand, Macdonald, Reynier et Ney. Restaient Bertrand occupé près de Wartenbourg à ruiner les ouvrages de Blucher, Macdonald envoyé dans les environs de Wittenberg pour appuyer Reynier et Dombrowski. Macdonald et Bertrand ramenés le 13 à Düben, pouvaient être le 14 au soir ou le 15 au plus tard à Leipzig, et porter ainsi à 160 mille hommes la grande armée qui s'y formait. Enfin Dombrowski avec 5 mille hommes, Reynier avec 15 mille, Sébastiani avec 4 mille chevaux, avaient été envoyés au delà de l'Elbe pour détruire tous les ponts de ce fleuve jusqu'à Barby, et Ney avec 15 mille hommes avait été chargé de s'emparer de ceux de la Mulde, pour éloigner définitivement l'armée du Nord, qui semblait décidée à se tenir au delà de l'Elbe. C'étaient encore 38 ou 39 mille hommes qui ramenés sur Leipzig devaient porter la concentration générale de nos forces à un total d'environ 200 mille combattants. Espérance de réunir à temps 200 mille hommes à Leipzig, dans une position centrale, contre l'ennemi qui en aurait 300 mille, mais divisés. Dans la position concentrique où ces 200 mille combattants allaient se trouver au milieu de toutes les armées des coalisés, on avait de quoi livrer une bataille qui serait formidable sans doute, mais qui pourrait être heureuse, les coalisés fussent-ils 300 mille et même davantage, ce qui n'était pas impossible.
Napoléon expédia ses ordres de dix heures à midi aux diverses masses destinées à se réunir sur Leipzig, et devant partir, Marmont de Dölitzsch, la garde et Latour-Maubourg de Düben, Bertrand et Macdonald des environs de Wittenberg. Quant à la dernière portion de 38 mille hommes, engagés les uns au delà de l'Elbe par Wittenberg, les autres au delà de la Mulde par Dessau, Napoléon calcula que même en les ramenant dès le lendemain sur Düben, ils ne pourraient pas y passer le pont de la Mulde à cause de l'encombrement des hommes et du matériel; il leur laissa donc terminer la tâche qu'il leur avait confiée. Ayant des raisons de supposer que l'armée du Nord avait repassé l'Elbe, il voulut la mettre tout à fait hors de cause, en achevant de détruire ses moyens de passage. En conséquence il prescrivit à Reynier, Dombrowski, Sébastiani, de terminer au plus vite l'opération dont ils étaient chargés contre les ponts de Roslau, d'Acken, de Barby, à Ney d'enlever ceux de Dessau, à tous enfin de ne rien négliger pour ôter à Bernadotte, qu'on supposait au delà de l'Elbe, la faculté de le repasser.
Ainsi, dans ces ordres si profondément calculés, il était pourvu à tout, autant qu'il est permis à la prévoyance humaine de le faire. Le lendemain 13 octobre Murat allait avoir près de 90 mille hommes à Leipzig, le 14, 134 mille, avec la personne de Napoléon, ce qui rendait impossible toute jonction des masses ennemies. Enfin les 15 et 16, la grande armée successivement portée à 200 mille hommes, devait être placée avec toutes ses forces entre les armées coalisées. Il ne restait plus qu'à se battre vaillamment et heureusement; vaillamment, Napoléon l'espérait avec raison de ses soldats, heureusement, il l'espérait encore de son génie et de la fortune!
Napoléon attend de sa personne à Düben que ses corps aient achevé leur mouvement. Il résolut d'attendre à Düben même l'exécution des ordres qu'il avait donnés. Effectivement il importait peu qu'il fût à Leipzig tant que ses troupes n'y seraient pas réunies, et à Düben au contraire, il veillait au défilé de ses corps d'armée, et aux mesures prescrites pour se débarrasser de Bernadotte, qui paraissait toujours revenu sur la rive droite de l'Elbe. Pendant cette journée du 12, Dombrowski et Reynier, précédés par la cavalerie de Sébastiani, ayant traversé l'Elbe à Wittenberg, chassèrent devant eux les Prussiens, et enlevèrent même quelques prisonniers à la division Thumen, laquelle avait toujours fait partie du corps de Bernadotte. C'était une nouvelle raison de croire au retour de l'armée du Nord sur la rive droite de l'Elbe. Opérations de Reynier et Dombrowski, chargés de détruire les ponts de l'Elbe. Dombrowski et Reynier se rabattirent ensuite à gauche pour détruire le pont de Roslau, et s'y heurtèrent aux troupes du général Hirschfeld appartenant également à l'armée du Nord. Ils ne descendirent point au delà, des forces considérables semblant y être réunies. Dans le même temps Ney opérant sur la Mulde, emporta les ponts de Dessau, situés tout près du confluent de la Mulde dans l'Elbe. Un peu avant d'être à Dessau et à droite, c'est-à-dire à Worlitz, se trouvait un détachement ennemi. Beau combat de Ney, enlevant Dessau pour en détruire les ponts. Ney dirigea sur Worlitz la cavalerie du général Fournier avec quelques troupes d'infanterie du 3e corps, et avec le reste de ce corps se précipita sur Dessau même. L'ennemi fut brusquement refoulé sur le pont de Dessau, où cavalerie et infanterie se réfugièrent dans une affreuse confusion. On y ramassa un millier de prisonniers et plusieurs pièces de canon. Sur ces entrefaites le détachement prussien qui occupait Worlitz, abordé aussi vivement, fut rejeté sur Dessau, où nous étions déjà, pris entre deux feux, et enlevé ou sabré par la cavalerie du général Fournier. Ces affaires coûtèrent à l'ennemi près de trois mille hommes et bon nombre de bouches à feu. Les troupes qu'on avait rencontrées là étaient celles du corps de Tauenzien, lequel, sans appartenir à Bernadotte, avait habituellement servi avec lui. Il parut se replier sur l'Elbe. Le maréchal Ney ne s'engagea pas davantage, ayant pour instruction de se tenir prêt à rebrousser chemin.
Toutes les apparences portent à croire que l'armée du Nord s'est séparée de celle de Silésie pour rester sur la droite de l'Elbe. Ces diverses rencontres confirmaient tout à fait la supposition que l'armée du Nord était restée sur la droite de l'Elbe, car la division Thumen, le corps du général Hirschfeld, celui de Tauenzien, n'avaient cessé de marcher avec elle. Ce qui était le plus vraisemblable, c'est qu'elle se tenait sur l'Elbe pour couvrir Berlin, tandis que l'armée de Silésie, s'étant reportée de la Mulde à la Saale pour accomplir son mouvement sous la protection de deux rivières, remontait vers Halle et Leipzig afin de se joindre à l'armée de Bohême. Il y avait certainement bien des contradictions à expliquer dans une pareille hypothèse, car on ne comprenait pas pourquoi les armées de Silésie et du Nord avaient, au prix des plus grands périls, opéré leur jonction et le passage de l'Elbe pour se séparer ensuite, et pourquoi Blucher n'était pas allé tout simplement se réunir au prince de Schwarzenberg à travers la Bohême, au lieu de parcourir l'immense circuit de Bautzen à Dessau, de Dessau à Leipzig. Mais ce n'était pas la première fois qu'on avait vu les généraux coalisés exécuter des manœuvres étranges, et toutes les reconnaissances constatant la séparation des deux armées du Nord et de Silésie, il fallait bien se rendre devant des témoignages unanimes. Il parut donc établi qu'on aurait affaire à Schwarzenberg renforcé de Blucher seul, si toutefois ce dernier parvenait à rejoindre le généralissime à travers les masses de l'armée française.
Confirmation réitérée de ces apparences. Le 13 ces apparences furent de nouveau confirmées par les reconnaissances opérées dans toutes les directions, et en conséquence Napoléon persista dans l'opinion qu'il s'était faite, et qui du reste n'importait pas relativement aux mesures à prendre, car dans tous les cas il fallait se concentrer le plus tôt et le plus complétement possible autour de Leipzig. Marmont avec la cavalerie du général Deforge ayant remonté la Mulde, entre le bras principal et le petit bras qui passe à Dölitzsch, côtoya sans cesse les troupes de Blucher qui effectuaient le même mouvement le long de la Saale, et se dirigeaient sur Halle comme nous sur Leipzig. Arrivée de Marmont le 13 au soir à Leipzig. Le 13 au soir le maréchal Marmont vint s'établir en arrière de Leipzig, dans la position de Breitenfeld, laquelle fait face à la route de Halle. Il était ainsi en mesure d'empêcher Blucher d'entrer à Leipzig. Le même jour Murat se repliait en ordre sur le côté opposé de Leipzig, et y contenait la grande armée du prince de Schwarzenberg. Augereau après avoir rencontré au delà de Weissenfels, non loin des plaines de Lutzen, les troupes légères de Lichtenstein et de Thielmann, leur avait passé sur le corps, et leur avait enlevé 2 mille hommes. Les dragons d'Espagne, habitués à manier le sabre droit, avaient fait un grand carnage de la cavalerie ennemie. Arrivée d'Augereau dans cette ville, après un brillant combat contre les coureurs de Thielmann et de Platow. Augereau était à l'entrée même de Leipzig vers Lindenau, ce qui apportait un nouvel obstacle à la jonction de Blucher avec Schwarzenberg. Ainsi le 13 au soir 90 mille hommes étaient déjà réunis à Leipzig, de manière à s'interposer entre les masses ennemies.
Sur la route de Düben le mouvement de concentration fut le même pendant cette journée du 13. La garde et Latour-Maubourg ayant franchi la veille le pont de la Mulde, malgré un fâcheux encombrement, suivirent les traces du maréchal Marmont, et marchèrent dans le même ordre, ayant soin de se garder avec leur cavalerie légère du côté du général Blucher. La garde, Latour-Maubourg, Bertrand, Macdonald, Reynier et Ney reployés sur Düben et Leipzig. Bertrand et Macdonald se rapprochèrent de Düben pour y traverser la Mulde le soir ou le lendemain. Ney rebroussa chemin de Dessau sur Düben pour passer après eux. Reynier, Dombrowski, Sébastiani revinrent sur Wittenberg. La pluie ne cessant pas, les chemins étaient dans l'état le plus affreux, et malheureusement beaucoup de soldats, trop jeunes pour de telles fatigues, restaient en arrière et encombraient les routes. Le grand quartier général, composé de la cour de Saxe, des parcs du génie et de l'artillerie, et des équipages de pont, ce qui comprenait au moins deux mille voitures, avait suivi Napoléon jusqu'à Eilenbourg sur la Mulde. Ce quartier général était gardé par quatre mille hommes, et formait un immense convoi. Il était à mi-chemin, sur la route de Leipzig à Torgau. Napoléon avait ordonné que tout ce qui appartenait à l'artillerie fût dirigé sur Leipzig, et que tout le reste fût renfermé dans Torgau. La cour de Saxe avait été laissée libre de choisir entre Torgau ou Leipzig. À Torgau elle avait un siége et d'affreuses maladies à craindre, à Leipzig une bataille. Mais guidée par une confiance instinctive en Napoléon, elle avait pensé qu'il y avait plus de sûreté auprès de lui, et elle avait opté pour Leipzig, au risque d'assister au plus horrible conflit qui se fût jamais vu entre les nations civilisées. C'était donc un nouvel embarras ajouté à tous les autres, sur ces routes encombrées et défoncées. Au pont d'Eilenbourg les soldats du parc d'artillerie et ceux de l'équipage de pont faillirent en venir aux mains.
Départ de Napoléon pour Leipzig le 14 au matin. Le 14 au matin, après avoir veillé toute la nuit à l'exécution de ses ordres, Napoléon se prépara lui-même à partir pour Leipzig. Les apparences changées à l'égard de l'armée du Nord, qui semble se porter aussi sur Leipzig. Au moment de son départ un rapport du maréchal Ney, recueilli très-près de l'ennemi, le mit en doute relativement à la position prise par l'armée du Nord. Elle ne paraissait plus sur la droite de l'Elbe, mais sur la gauche et derrière la basse Saale, toujours extrêmement soigneuse d'éviter une rencontre avec nous. Elle était ainsi fort au-dessous de Blucher sur la Saale, et beaucoup plus loin que lui de Leipzig; mais tandis qu'il remonterait vers Halle, c'est-à-dire vers Leipzig, elle pouvait suivre son mouvement, ne fût-ce que de loin, et dans ce cas il était possible que nous l'eussions elle aussi sur les bras, ce qui ferait trois armées à combattre au lieu de deux. Il est vrai que Leipzig occupé par nous, restait toujours entre elles un obstacle fort difficile à surmonter. En recevant ce dernier renseignement Napoléon expédia de nouveaux ordres à Ney, Reynier, Dombrowski, Sébastiani, qui avaient le plus de chemin à faire, et leur recommanda de se hâter, car plus on prévoyait d'ennemis sur son chemin, plus il fallait être concentrés pour leur tenir tête. Arrivée de Napoléon à Leipzig le 14 au soir. Il partit ensuite de Düben, afin d'être le soir même du 14 à Leipzig. En route il rencontra le roi de Saxe, déjà très-ému de tout ce qu'il voyait, le rassura et le charma comme il faisait toujours par son énergie et sa bonne grâce, et alla descendre dans le faubourg de Reudnitz, à une demi-lieue en dehors de Leipzig du côté de Murat. Il prit gîte dans une habitation particulière qu'on avait préparée pour lui.
Il s'y trouvait avec Berthier, Murat, Marmont et divers officiers de sa maison, et leur montra une extrême confiance à tous. Pourtant la situation n'était pas rassurante. Par suite des dernières marches, Napoléon ne pourra pas avoir plus de 190 mille hommes, contre l'ennemi qui peut en avoir de 320 à 350 mille. C'est tout au plus si, en comptant bien, il pouvait réunir 190 mille soldats autour de Leipzig, tandis que huit jours auparavant il en avait environ 210 mille, et 360 mille deux mois auparavant. Les marches et diverses rencontres lui avaient déjà fait perdre 20 mille hommes en huit jours, et 30 mille étaient paralysés à Dresde. Il pouvait avoir, si Bernadotte se joignait à Blucher, de 320 à 350 mille hommes à combattre, et c'était une terrible lutte à soutenir contre des ennemis remplis d'exaltation. Il allait se voir entouré, cerné en quelque sorte au sud et à l'est de Leipzig par l'armée du prince de Schwarzenberg, au nord par les armées de Blucher et de Bernadotte, peut-être même enveloppé à l'ouest et coupé de Mayence, si Blucher au moyen des troupes légères de Thielmann, réussissait à donner la main à Schwarzenberg à travers la plaine de Lutzen. (Voir les cartes nos 58 et 60.) Gravité de la situation. Cette situation était donc infiniment grave, bien qu'il eût de grandes ressources dans l'indomptable bravoure de ses soldats, dans son génie, et dans la position concentrique qui lui permettrait de contenir les uns pendant qu'il combattrait les autres, et de les vaincre ainsi successivement. Du reste il n'avait pas cessé de l'espérer.
Concours de nouvelles politiques fâcheuses. Les événements politiques qu'il apprenait étaient assez tristes, et de nature à mettre son caractère à une nouvelle épreuve. Chute du trône de Westphalie. Le royaume de Westphalie venait de s'écrouler soudainement, à la seule apparition d'une troupe de Cosaques. C'était facile à prévoir, mais le coup n'en était pas moins sensible, et d'un sinistre augure. En effet après la bataille de Gross-Beeren et de Dennewitz, Bernadotte, parvenu jusqu'à l'Elbe, dont il avait occupé plusieurs points entre Wittenberg et Magdebourg, se chargeant toujours volontiers des œuvres les plus cruelles pour Napoléon, les moins honorables pour lui, avait pris plaisir à lancer sur la Hesse Czernicheff avec quelque infanterie légère et beaucoup de Cosaques, dans l'intention de renverser le trône de Jérôme. Ces coureurs, tandis que Thielmann et Lichtenstein envahissaient la Saxe et la Thuringe, s'étaient hâtés d'envahir la Hesse, et de se porter sur Cassel, où le renversement de l'une des royautés fondées par Napoléon ne pouvait manquer de produire une grande sensation. Partout favorisés par la population, bien accueillis, bien informés, bien nourris, ils étaient parvenus sans difficulté jusqu'aux portes de Cassel. Le roi Jérôme n'avait pour se défendre qu'un bataillon de grenadiers et deux régiments de cuirassiers westphaliens, plus quelques hussards français. Ces derniers avaient été récemment formés pour lui procurer une garde sûre, et devaient être portés à douze cents hommes. Mais ils étaient à peine sept à huit cents, arrivaient depuis quelques jours de France, et beaucoup d'entre eux étaient encore incapables de se tenir à cheval. À l'approche des partisans de Czernicheff tous les esprits avaient été vivement émus, et l'espérance de se débarrasser d'une royauté étrangère les avait presque soulevés. Les troupes peu nombreuses et la plupart westphaliennes, contenues par la discipline militaire, s'étaient abstenues de manifester leurs sentiments, mais en les laissant facilement deviner. Jérôme s'était donc trouvé dans une affreuse position; néanmoins il avait bravé l'orage, s'était adressé au duc de Valmy à Mayence pour obtenir le secours de trois à quatre mille Français, et en attendant avait essayé de faire une sortie à la tête de son bataillon de grenadiers, et de quatre cents hussards français pris parmi ceux qui savaient monter à cheval. Cette sortie avait été d'abord heureuse, et les hussards français avaient bravement chargé l'ennemi, qui s'était un moment replié. Mais bientôt l'agitation des esprits croissant à Cassel, la plupart des troupes westphaliennes désertant, et le duc de Valmy ne pouvant dans la grave situation des choses déplacer trois à quatre mille Français sans un ordre formel de Napoléon, Jérôme avait été obligé d'évacuer sa capitale, et de se retirer sur Coblentz. Le 30 septembre Czernicheff était entré dans Cassel, et le royaume de Westphalie avait été aboli.