Napoléon avait entendu de Lindenau où il était, une violente explosion; il en connut bientôt la cause et les conséquences, se montra fort courroucé contre tous ceux auxquels on pouvait imputer ce funeste accident, et affecta de vouloir trouver des coupables, quand il n'y en avait point, et quand, s'il y en avait un, c'était lui, l'auteur de cette horrible guerre!

Caractère de la campagne de Saxe, et causes véritables de nos revers. Telle fut cette longue et tragique bataille de Leipzig, l'une des plus sanglantes et certainement la plus grande de tous les siècles, et qui termina si désastreusement la campagne de Saxe, commencée d'une manière si heureuse à Lutzen et à Bautzen. Sans doute on se demandera comment après de si profonds calculs, de si savantes manœuvres, de si hautes espérances, Napoléon put être conduit à une pareille catastrophe, et on ne le comprendra en effet qu'en se rendant un compte exact de tous les mobiles qui le firent agir, et tournèrent en affreux revers des conceptions qui étaient au nombre des plus belles de sa vie. Qu'on suppose un général moins grand, mais placé dans une situation simple, n'ayant ni toute une fortune prodigieuse à refaire d'un seul coup, ni cent motifs d'orgueil pour se dissimuler la vérité, n'étant pas non plus habitué à chercher dans des combinaisons hardies et compliquées des résultats extraordinaires, il eût certainement agi autrement, et très-probablement s'il n'avait pas obtenu d'éclatants succès, il aurait au moins évité un désastre. À la première menace d'un mouvement sur ses derrières, ou par l'Elbe inférieur ou par la Bohême, il aurait, sans perdre un instant, décampé de Dresde, en n'y laissant que les malades impossibles à transporter. Il aurait pu amener ainsi, outre les 200 mille nommes qui lui restaient à cette époque, les 30 mille laissés dans Dresde, vraisemblablement aussi les 30 mille de Meissen, Torgau, Wittenberg, et rejoindre la Saale en une masse compacte, que les marches excessives ni les détachements obligés sur l'Elbe n'auraient point affaiblie. Si, dans cette situation, l'une des deux armées ennemies, celle de Bohême ou celle de l'Elbe, avait commis la faute de devancer l'autre d'un jour à Leipzig, il l'eût accablée, et se serait ensuite rabattu sur la seconde. Supposez que l'occasion d'un tel triomphe ne lui eût pas été offerte, il aurait au moins regagné sain et sauf les bords de la Saale, et si cette ligne qui est courte, facile à déborder de tous les côtés, n'avait pu être défendue, il aurait sagement repris le chemin du Rhin, et par des instructions adressées à temps à toutes les garnisons des places de l'Elbe inférieur, il leur aurait prescrit de se replier les unes sur les autres jusqu'à Hambourg, où certainement elles auraient pu parvenir sans accident, l'ennemi étant attiré tout entier à la suite de la grande armée. Elles auraient formé ainsi avec le maréchal Davout une belle armée de 80 mille hommes, qui aurait rejoint le Rhin par Wesel, et dès lors près de 300 mille soldats en bon état se seraient retrouvés sur la frontière de l'Empire, et y auraient opposé à l'invasion une barrière invincible! Mais Napoléon, par caractère, par orgueil, par habitude et besoin de résultats extraordinaires, s'était rendu impossible une conduite aussi simple.

À la nouvelle d'une double marche de ses ennemis sur Leipzig, les uns descendant de la Bohême, les autres remontant de l'Elbe le long de la Mulde, il ne songea pas un instant à sa sûreté. Habitué à les voir se dérober sans cesse, il n'eut qu'une crainte, c'est qu'ils pussent lui échapper encore, et au lieu d'aller droit à Leipzig, par le chemin direct, ce qui lui aurait sauvé douze ou quinze mille soldats laissés au milieu des boues de l'automne, il descendit l'Elbe dans la direction de Düben, pour saisir à coup sûr Blucher et Bernadotte, toujours convaincu dans son orgueil qu'on était beaucoup plus disposé à le fuir qu'à le combattre. À peine en marche, et toujours en quête de combinaisons qui pussent procurer de vastes résultats, il imagina de se jeter sur les traces de Blucher et de Bernadotte, de les suivre à outrance au delà de l'Elbe, de les refouler sur la roule de Berlin, puis de remonter par la rive droite l'Elbe jusqu'à Torgau ou Dresde, de passer ce fleuve de nouveau sur ces points, et de tomber à l'improviste sur les derrières de l'armée descendue de Bohême. Certes la combinaison était aussi profonde qu'audacieuse, et avec les soldats, l'ardeur et la fortune d'Austerlitz, elle devait amener des résultats prodigieux. Mais pour cette espérance chimérique, il fallait se résigner à laisser 30 mille hommes à Dresde, et Napoléon les y laissa. Arrivé à Düben, sur la basse Mulde, il put bientôt s'apercevoir que loin de vouloir fuir, Blucher et Bernadotte cherchaient à le gagner de vitesse sur Leipzig, pour s'y réunir à Schwarzenberg, et l'accabler. Il prit son parti sur-le-champ, rebroussa chemin vers cette ville, et avec la sûreté ordinaire de son coup d'œil se plaça de la seule manière propre à empêcher la réunion de ses ennemis. Mais il revenait à Leipzig après une marche inutile de cinquante lieues, qui avait épuisé ses soldats et fort diminué leur nombre; il revenait privé de trente mille combattants laissés à Dresde, d'une quantité égale laissée à Wittenberg, Torgau, Meissen, et il marchait en une longue colonne, dont un tiers au moins ne pouvait pas assister à la première et à la plus décisive bataille. Obligé de faire face à tous ses ennemis, non pas présents mais pouvant l'être, il lui fut impossible le 16 d'amener Bertrand et Ney à lui, de les jeter avec Macdonald sur le flanc droit de Schwarzenberg pour accabler ce dernier, et dès lors n'étant pas vainqueur d'une manière foudroyante le premier jour, il se vit tout à coup dans une position affreuse, où il était condamné à succomber les jours suivants sous une écrasante réunion de forces. Prendre sur-le-champ le parti de la retraite, l'exécuter sinon le 17, puisqu'il attendait encore Reynier, du moins dans la nuit du 17 au 18, regagner au plus tôt par Lindenau, Lutzen et Weissenfels, ses communications menacées, établir pour cela les ponts nécessaires sur la Pleisse et l'Elster, était la seule conduite à tenir, la conduite simple du capitaine sage, plus occupé de sauver son armée que de conserver son prestige. Mais faire une retraite fière, imposante, en plein jour, en se ruant sur l'ennemi qui oserait être pressant, afin non pas de se sauver, mais de garder l'attitude du victorieux, fut, et devait être la pensée du conquérant longtemps gâté par la fortune, du conquérant qui ne sut pas sortir de Moscou à temps, et il s'ensuivit la funeste bataille du 18, et la retraite plus funeste encore du 19, exécutée avec un seul pont. La confusion inévitable qui s'introduisit au dernier moment dans les choses ainsi conduites, amena l'explosion du pont de l'Elster, qui marqua du sceau de la fatalité cette effroyable bataille de quatre jours.

Ce résumé des faits montre donc la vraie cause de tous les malheurs que nous venons de raconter. Ce n'est pas plus ici qu'à Moscou dans l'affaiblissement des talents du capitaine qu'il faut chercher la cause de si déplorables résultats, car le capitaine ne fut jamais ni plus fécond, ni plus audacieux, ni plus tenace, ni plus soldat, mais dans les illusions de l'orgueil, dans le besoin de regagner d'un coup une immense fortune perdue, dans la difficulté de s'avouer assez vite sa défaite, dans tous les vices, en un mot, qu'on aperçoit en petit et en laid chez le joueur ordinaire, risquant follement des richesses follement acquises, et qu'on retrouve en grand et en horrible chez ce joueur gigantesque qui joue avec le sang des hommes, comme d'autres avec leur argent. De même que les joueurs perdent leur fortune en deux fois, une première pour ne pas savoir la borner, une seconde pour vouloir la rétablir d'un seul coup, de même Napoléon compromit la sienne à Moscou pour la vouloir faire trop grande, et dans la campagne de Dresde pour la vouloir refaire tout entière. C'était toujours l'action des mêmes causes, l'altération non du génie, mais du caractère gâté par la toute-puissance et le succès.

Après les tragiques événements de Leipzig, une prompte retraite sur le Rhin était le seul parti à prendre. À la suite de tels revers, retourner immédiatement sur le Rhin était la seule ressource qui restât à Napoléon. Après avoir eu 360 mille hommes de troupes actives à la reprise des hostilités, sans compter les garnisons, après en avoir eu 250 mille encore deux semaines auparavant, et en avoir laissé 30 mille à Dresde, un nombre peut-être égal sur la route de Dresde à Düben, de Düben à Leipzig, après en avoir perdu 60 à 70 mille dans les diverses batailles de Leipzig et un nombre qu'on ne peut guère préciser par la défection des alliés, il en conservait 100 à 110 mille tout au plus, dans l'état le plus déplorable. La seule chose qu'il eût encore en quantité considérable et en excellente qualité, mais malheureusement difficile à ramener, c'était l'artillerie. Il en avait une très-belle, très-bien servie, qui avait toujours mis son honneur à sauver ses canons, et n'avait perdu que ceux que la destruction du pont de l'Elster avait empêché de transporter à temps d'une rive à l'autre. Ce qui restait d'artillerie était le double en proportion de ce qui restait de soldats. Si c'était un embarras, c'était au moins une ressource et des plus précieuses dans un jour de combat.

Marche de l'armée sur la Saale. Napoléon passa autour de Lutzen la nuit du 19 au 20 octobre avec les débris de son armée. Bertrand et Mortier avaient culbuté Giulay, et parvenus à Weissenfels s'étaient assuré la possession de la Saale. Le 20 au matin Napoléon courut à Weissenfels pour diriger lui-même la retraite, et devancer tous les corps ennemis aux passages essentiels. Si on suivait à gauche (gauche en retournant vers le Rhin) la grande route de Weissenfels à Naumbourg et Iéna, on rencontrait le fameux défilé de Kosen, où le maréchal Davout s'était couvert de gloire en défendant la plaine d'Awerstaedt, et où l'on était exposé à trouver Giulay qui, repoussé par Bertrand et Mortier, pouvait bien aller y chercher une revanche. Napoléon, dont le malheur n'avait pas troublé la prévoyance, imagina de faire un détour à droite, et au lieu de passer la Saale à Naumbourg, de la traverser à Weissenfels, dont on possédait les ponts, de gagner ensuite Freybourg pour y franchir l'Unstrutt, de déboucher de là dans la plaine de Weimar et d'Erfurt, tandis que Bertrand porté rapidement par un mouvement à gauche sur le défilé de Kosen, tâcherait d'y prévenir l'ennemi, et de s'y défendre le plus longtemps possible contre la grande armée de Schwarzenberg. Ce plan de marche à peine conçu, Napoléon en ordonna l'exécution. Bertrand dont le 4e corps avait été augmenté comme on l'a vu de la division Guilleminot, fut acheminé tout de suite sur Freybourg, avec Mortier qui commandait deux divisions de la jeune garde, avec la cavalerie légère de Lefebvre-Desnoëttes, avec le 2e de cavalerie du général Sébastiani. Cette nombreuse cavalerie, battant partout l'estrade et sabrant les Cosaques, devait précéder et flanquer l'avant-garde, puis, lorsqu'on serait rendu à Freybourg, et qu'on aurait occupé la ville et les ponts sur l'Unstrutt, Bertrand devait courir à Kosen, et Mortier rester à Freybourg pour protéger le passage de l'armée.

Ces ordres furent ponctuellement exécutés. Bertrand arriva le 21 au soir à Freybourg avec les divers corps qui escortaient sa marche. Il n'y avait dans cette ville que quelques troupes légères ennemies que l'on expulsa. On s'empara d'un pont de pierre sur l'Unstrutt, solide mais étroit. On en jeta un en charpente dans la nuit, pour faciliter le passage de l'armée, et tandis que Mortier se livrait à ces soins, Bertrand gravissant les hauteurs à gauche alla prendre position à Kosen. Il y parvint avant l'ennemi.

Le 21, l'armée passe la Saale à Weissenfels. Ces mesures résolues à temps et exécutées avec vigueur, eurent le résultat qu'on devait en attendre. L'armée après s'être écoulée à travers les plaines de Lutzen, arriva le 21 au soir à Weissenfels, où elle franchit la Saale sans être poursuivie par d'autres troupes que les coureurs de l'ennemi. Schwarzenberg et Bernadotte étaient restés dans Leipzig, l'un à refaire son armée épuisée par trois batailles, l'autre à passer des revues. Giulay seul avait marché par la route de Naumbourg et de Kosen. De l'infatigable armée de Silésie, il n'y avait que le corps du général d'York qui eût pu nous suivre, et les moyens de passage sur la Pleisse et l'Elster ayant été détruits à Leipzig, Blucher lui-même avait été obligé de faire un détour, et de descendre fort au-dessous de Leipzig pour traverser ces rivières. Nous l'avions à notre droite, mais en arrière, tandis qu'à notre gauche nous n'avions que Giulay, lequel pour nous atteindre était réduit à forcer le défilé de Kosen.

Le 21 au soir l'armée arrive à Freybourg, et commence à y passer l'Unstrutt. La Saale franchie le 21, l'armée alla coucher à Freybourg, où, comme on vient de le voir, les moyens de passer l'Unstrutt avaient été préparés. Les quelques mille prisonniers que Napoléon avait voulu mener avec lui, avaient été délivrés par la cavalerie ennemie. C'était un désagrément d'amour-propre bien plus qu'une perte véritable, mais qui prouvait par quelles masses de troupes à cheval nous étions poursuivis, car nous avions subi cet affront entre Bertrand, Mortier, Sébastiani, Lefebvre-Desnoëttes. Cette cavalerie avait peu d'inconvénients contre les corps organisés, mais la débandade qu'on avait vue recommencer dans les corps de Macdonald, d'Oudinot et de Ney, à la suite des revers de la Katzbach, de Gross-Beeren, de Dennewitz, était devenue très-générale dans l'armée après l'épouvantable bataille de Leipzig. Le premier prétexte à la sortie des rangs, c'étaient les blessures légères qui obligeaient de marcher sans armes à la queue des colonnes; le second c'était la faim qui autorisait à courir çà et là pour trouver des vivres. La débandade s'introduit de nouveau parmi nos troupes, ainsi qu'il était arrivé dans la retraite de Russie. Sorti des rangs, on n'y rentrait plus. Les habitudes militaires étaient en effet trop récentes chez nos jeunes soldats pour qu'ils pussent s'éloigner du drapeau impunément. Une fois le cadre quitté, le dépit, la souffrance, le goût de la maraude, le penchant naturel à s'épargner de nouveaux dangers, empêchaient d'y revenir. Sur les 100 à 110 mille hommes que Napoléon possédait encore, il y en avait plus de 20 mille qui, les uns portant le bras en écharpe, les autres boitant, la plupart se disant blessés sans l'être, ou alléguant la perte de leurs armes qu'ils avaient jetées, marchaient entre les colonnes armées, ou à leur suite, se répandaient le soir dans les villages qu'ils pillaient, et sans rendre aucun service dévoraient les ressources dont auraient pu vivre les corps organisés. Ce qu'il y avait de pis encore, c'était l'exemple qui menaçait de devenir contagieux, et contre lequel les répressions de la cavalerie étaient impuissantes. La bravoure n'avait pas fléchi un moment chez ces jeunes gens, mais les habitudes militaires trop peu enracinées, n'avaient pas tenu contre une grande défaite, et ils avaient presque oublié qu'ils étaient soldats. La cavalerie qui ordinairement poursuit ce genre de vice, et le réprime, en était atteinte elle-même, et on voyait dans la masse débandée des cavaliers à pied, quelques-uns même à cheval. C'est sur cette portion de l'armée que les coureurs de l'ennemi avaient surtout prise. Ils dispersaient ces maraudeurs comme de timides bandes d'oiseaux, et les ramassaient en grand nombre, ce qui fournissait à la coalition l'occasion de dire qu'elle avait fait des milliers de prisonniers. Des canons abandonnés faute de chevaux, ou des maraudeurs enlevés dans les villages, lui procuraient de prétendus trophées, bien plus dommageables pour nous que véritablement glorieux pour elle. Il fallut employer toute la nuit du 21 et la journée du 22 pour faire écouler cette masse d'hommes, armés et désarmés, par les deux ponts de Freybourg. On y réussit pourtant, moyennant la résistance énergique que le maréchal Oudinot opposa sur les bords de l'Unstrutt aux Prussiens du corps d'York. Oudinot défend énergiquement l'Unstrutt le 22, et donne à toute l'armée le temps de défiler. Ce maréchal depuis Leipzig avait protégé la retraite avec deux divisions de la jeune garde, tandis que Mortier avec les deux autres et Bertrand avec le 4e corps étaient chargés d'ouvrir la route. Oudinot perdit quelques centaines d'hommes dans ce combat opiniâtre, mais en tua beaucoup plus au corps prussien d'York. Il ne quitta ce poste que lorsque toute l'armée eut défilé. Le général Bertrand, de son côté, défend vaillamment les défilés de Kosen. Sur ces entrefaites, le général Bertrand arrivé à temps à Kosen pour y prévenir Giulay, lui avait livré un combat violent, le dos tourné vers Awerstaedt, et le front vers la Saale. Pendant une journée entière il fut assailli par les Autrichiens, et autant de fois il fut attaqué par eux, autant de fois il les repoussa avec la vaillante division Guilleminot, et les précipita des hauteurs de Kosen dans les gorges profondes de la Saale. Lorsque Bertrand sut qu'Oudinot avait évacué Freybourg, et que toutes nos colonnes avaient défilé sur Erfurt, il abandonna son poste, craignant que l'ennemi ne le devançât, et ne le coupât du reste de l'armée en allant passer la Saale à Iéna. Le 22 au soir on campa dans divers villages entre Apolda, Buttelstedt et Weimar. Le 23 toute l'armée fut réunie aux environs d'Erfurt, la cavalerie battant le pays autour d'elle pour la protéger contre les Cosaques.

Napoléon s'arrête à Erfurt et y donne trois jours de repos à l'armée. Napoléon à Erfurt voulut, appuyé sur cette place qui contenait de grandes ressources, donner deux ou trois jours de répit à l'armée. Elle en avait un extrême besoin, soit pour se reposer, soit pour remettre un peu d'ordre dans ses rangs. Il y avait à Erfurt beaucoup de détachements venus en bataillons et escadrons de marche; il y avait en abondance des vêtements, des souliers, des vivres et des munitions de guerre. Réorganisation de quelques-uns des corps de l'armée. On répartit entre les différents corps les détachements qui se trouvaient à Erfurt, et que la difficulté des communications avait empêché de diriger sur l'Elbe. Le corps d'Augereau réduit à la seule division Semelé et à 1600 hommes d'infanterie, au lieu de 8 mille qu'il comptait la veille de la bataille de Leipzig, fut par ce moyen reporté à 4 mille. Il dut marcher avec la division Durutte, seul reste du 7e corps. Les autres corps ne gagnèrent pas dans cette proportion, bien entendu, car c'était neuf à dix mille hommes tout au plus que pouvait fournir le dépôt d'Erfurt. On distribua les vêtements, les souliers, les vivres, on réapprovisionna les parcs de l'artillerie, et on essaya par l'appât des distributions de faire reprendre des fusils aux maraudeurs. Le succès sous ce rapport ne fut pas grand, car le vice de la maraude favorisé par la saison, le mauvais temps, l'âge de nos soldats, était déjà fort répandu.