[Note 12:
Combien sont-ils? Combien sont-ils?
Quel homme ennemi de sa gloire
Peut demander: Combien sont-ils?
Eh! demande où sont les périls,
C'est là qu'est aussi la victoire!

Tel est le texte exact du troisième couplet de Roland à Roncevaux, chanson (paroles et musique) de Rouget de L'Isle.]

Cinq minutes après, ils marchaient à la baïonnette sur la colonne des
Russes, qui fut forcée de rentrer en ville.

En revenant à notre camp, nous faillîmes être tués par un obus. Un autre alla tomber sur une grange où était logé le maréchal Mortier, et y mit le feu; parmi les hommes qui portaient de l'eau pour l'éteindre, je rencontrai un jeune soldat de mon endroit; il faisait partie d'un régiment de la Jeune Garde[13].

[Note 13: Dumoulin, mort de la fièvre à Moscou. (Note de l'auteur.)]

Pendant notre séjour autour de cette ville, je fus visiter la cathédrale, où une grande partie des habitants s'étaient retirés, les maisons ayant été toutes écrasées.

Le 21, nous partîmes de cette position. Le même jour, nous traversâmes le plateau de Valoutina où, deux jours avant, une affaire sanglante venait d'avoir lieu, et où le brave général Gudin avait été tué.

Nous continuâmes notre route et nous arrivâmes à marches forcées, à une ville nommée Dorogobouï; nous en partîmes le 24, en poursuivant les Russes jusqu'à Viasma, qui, déjà, était toute en feu. Nous y trouvâmes de l'eau-de-vie et un peu de vivres. Nous continuâmes de marcher jusqu'à Ghjat, où nous arrivâmes le 1er de septembre. Nous y fîmes séjour. Ensuite, on fit, dans toute l'armée, la récapitulation des coups de canon et de fusil qu'il y avait à tirer pour le jour où une grande bataille aurait lieu. Le 4, nous nous remettions en marche; le 5, nous rencontrâmes l'armée russe en position. Le 61e de ligne lui enleva la première redoute.

Le 6, nous nous préparâmes pour la grande bataille qui devait se donner le lendemain: l'un prépare ses armes, d'autres du linge en cas de blessure, d'autres font leur testament, et d'autres, insouciants, chantent ou dorment. Toute la Garde impériale eut l'ordre de se mettre en grande tenue.

Le lendemain, à cinq heures du matin, nous étions sous les armes, en colonne serrée par bataillons. L'Empereur passa près de nous en parcourant toute la ligne, car déjà, depuis plus d'une demi-heure, il était à cheval.