Susanne mit à profit ce temps précieux, et instruisit son amie de tous les préceptes de la religion chrétienne, et de toutes les vérités dont la jeune Bretonne se sentait de plus en plus pénétrée. Enfin, dans toute l'ardeur de sa foi nouvelle, Alda dit un jour à Susanne: "Je crois! qui est-ce qui peut m'empêcher d'être reçue par le baptême dans le sein de l'Eglise de Jésus-Christ?

—Alda, ma chère Alda, dit Susanne, prenant ses deux mains dans les siennes et la regardant avec une expression pénétrante, jusqu'ici je ne t'ai parlé que de joie, de paix, de la rémission des péchés, d'un bonheur éternel et de toutes les autres bénédictions promises par notre Père céleste aux fidèles qui croient en lui et qui sont disposés à le suivre. Mais il est maintenant nécessaire de t'apprendre que ces bienfaits sont conditionnels, et ne peuvent être acquis qu'au prix de terribles périls, périls auxquels sont exposés, dans ces jours malheureux, tous ceux qui confessent le nom de Jésus-Christ, périls faits pour épouvanter tout autre qu'un chrétien ardent et sincère. Nul ne peut espérer de participer à sa gloire s'il refuse de boire la coupe amère que lui-même a bue le premier, ou de porter la couronne d'épines qui a ensanglanté sa tête; s'il recule devant la prison et la mort, une mort de honte et de tortures.

—Tout cela, je suis prête à le faire, s'écria la jeune prosélyte avec des yeux étincelants.

—Ah! Alda, crains un présomptueux orgueil; Pierre parlait ainsi quand il croyait l'épreuve éloignée; mais quand elle se présenta, il ne put la soutenir, et il tomba.

—Pierre redoutait les tortures et la mort, reprit Alda; je les envisagerai sans effroi.

—Ainsi pensa Pierre jusqu'au moment qui montra en lui la faiblesse de la nature abandonnée à elle-même. Supposes-tu que ta foi, nouvelle, et qui n'a pas subi d'épreuve, soit plus ferme que celle de l'apôtre qui avait marché dans une humble intimité à côté du Dieu incarné, qui avait été témoin de ses miracles, avait écouté les paroles de sa divine sagesse et contemplé l'éclat de sa gloire, révélée au mont Thabor? Ne te repose donc pas sur tes propres forces; car tu ne connais pas encore les épreuves auxquelles tu peux être appelée.

—Je ne puis imaginer aucune épreuve devant laquelle je reculerais, dit encore Alda.

—Viens avec moi," dit Susanne. Car, à l'époque où cette conversation eut lieu, la convalescence d'Alda était assez avancée pour qu'elle pût, avec le secours du bras de son amie, aller quelquefois prendre l'air sur le balcon qui était au sommet de la maison, et ce fut là qu'elles portèrent leur pas.

C'était le soir d'un des plus beaux jours de la fin de l'automne, dont la sérénité égalait presque celle d'une soirée d'été; à l'heure où la nature paraît assoupie dans ce profond repos dont elle aime quelquefois à jouir avant que les tempêtes de l'hiver viennent la dépouiller de ses charmes languissants. Tout était profondément tranquille; pas le moindre son lointain ne se faisait entendre, pas une haleine du zéphyr n'agitait les feuilles jaunes, qui tombaient sans secousse du haut des arbres des jardins impériaux, contigus à la maison de Marcus Lélius.

Le crépuscule avait jeté ses ombres paisibles sur l'orgueilleuse cité des sept collines, qui, avec ses rues et ses palais, ses colonnes brillantes et ses temples majestueux, semblait, comme le phénix de la Fable, s'élever avec une nouvelle splendeur, une plus fraîche beauté, de la cendre de ses flammes funéraires.